En 1821, l’écrivain Heinrich Heine a déclaré : « Là où l’on brûle des livres, on finit aussi par brûler des hommes. » Un peu plus d’un siècle plus tard, c’est exactement ce que firent les nazis. En remontant des siècles en arrière, l’apôtre Paul supervisa le bûcher de tous les « livres étranges » sur l’occulte à Éphèse et, bien avant cela, en 47 av. J.-C., le général le plus célèbre de l’histoire, Jules César, brûla les rouleaux du savoir ancien à la Grande Bibliothèque d’Alexandrie. Au cours de la longue histoire de la bêtise humaine, des montagnes de livres et de rouleaux de papyrus contenant la sagesse secrète et perdue des anciens ont été brûlés dans des orgies de folie, de fanatisme et de ferveur religieuse. Tout ce qu’il reste de certains de ces manuscrits incinérés d’autrefois, ce sont des légendes transmises par la tradition orale, et le récit suivant est issu de ce folklore.
Après le retrait romain de Grande-Bretagne au Vᵉ siècle, il y eut de nombreuses invasions. Les Scandinaves, les Danois et les Saxons arrivèrent par vagues sur nos côtes et, en ces temps de massacres et de troubles, le roi Vortigern de Grande-Bretagne s’enfuit au pays de Galles pendant les batailles avant d’être assassiné par la suite. Dans les guerres qui suivirent, un homme nommé Arthur émergea pour mener les Bretons au combat contre les pillards saxons, pictes et autres envahisseurs, devenant plus tard le Roi Suprême de Grande-Bretagne. La suite, bien sûr, appartient à l’histoire : l’ascension et la chute de Camelot, la tragique dissolution des 150 Chevaliers de la Table Ronde, et le bannissement de Merlin à Alderley Edge dans le Cheshire. Le « Roi d’Autrefois et de Toujours » mourut vers 537 apr. J.-C. et fut emmené par bateau depuis la péninsule de Wirral jusqu’à l’île de Man, connue sous le nom d’Avalon par les anciens Celtes. À cette époque, le Wirral était en grande partie une forêt, et certaines parcelles appartenaient au neveu d’Arthur, Messire Gauvain.
Lorsque le bateau revint d’Avalon, l’un des porteurs du cercueil, un chevalier mystique de Mercie nommé Jareen, fut appelé dans un village situé près de l’actuelle ville de Runcorn. Selon certains récits, il s’agissait du village de Cuerdley. Un dragon connu sous le nom de Morgawr (prononcé « Morgwah ») terrorisait les villageois et emportait moutons et bétail dans une grotte sur les rives de la Mersey.
Lorsque Messire Jareen et son fidèle Dogue Allemand musclé, Brennos — qui portait une armure à pointes — arrivèrent au village, il trouva une exploitation agricole en flammes et les corps carbonisés des soldats qui avaient tenté de combattre le Morgawr éparpillés sur le sol. Messire Jareen fit creuser une fosse par des fermiers dans un champ près du village et, à proximité du trou, cinq moutons furent attachés à un poteau. Le reste du bétail et des moutons du village fut caché dans un bois voisin. Le trou fut recouvert d’un treillis de lattes de bois et de toile, et Messire Jareen s’y cacha en armure de combat complète, son épée à deux tranchants prête à l’emploi.
Alors que le soleil se couchait, une silhouette de mauvais augure apparut dans le ciel et, bien qu’elle fût encore éloignée, le battement de ses ailes était nettement audible. C’était le Morgawr, et en une minute, il tournoyait au-dessus du village, poussant des cris effroyables et balayant l’air de jets de flammes de méthane nauséabondes. Les habitants se barricadèrent chez eux. Le dragon repéra le troupeau de moutons et fendit l’air pour s’en emparer. Jareen sentit le sol trembler ; il retira la toile et se vit sous le ventre de la bête. Il enfonça à plusieurs reprises son épée dans le Morgawr, dont les gémissements étaient assourdissants. Un sang épais remplit la fosse et Jareen manqua de se noyer, mais il réussit à se faufiler sous le ventre écailleux du dragon. Son Dogue Allemand en armure, Brennos, mordu et agressait la tête du dragon, tandis que des torrents de flammes manquaient de peu les moutons survivants et incinéraient les arbres. Messire Jareen enfonça son épée entre les yeux du Morgawr : les flammes cessèrent et la créature mourut. Une clameur de joie s’éleva chez les villageois, et Messire Jareen ainsi que Brennos reprirent bientôt la route, en quête d’autres aventures.
©Tom Slemen 2006. Traduction française pour Dark Stories.
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Publié pour la première fois dans le Liverpool Echo le 11 février 2006.)





