Last week, news broke that James Dean will star in a new movie-64 years after his death. A production company cal’Histoire abonde en prédictions étonnantes sur l’avenir, mais peu d’entre elles égalèrent l’inquiétante précision de celle que formula Jacques Cazotte au début de l’année 1788, à l’occasion d’un dîner parisien. Peu de temps après, l’un des convives, Jean-François de La Harpe, rédigea un compte rendu détaillé des propos qui furent échangés au cours de ce dîner. Selon ses dires, la soirée était très animée. L’hôte, un gentilhomme dont la réputation de brillant causeur n’était pas surfaite, avait réuni autour de sa table une assemblée tout aussi éblouissante : écrivains, courtisans, hommes de loi, membres de l’Académie française et dames de haut rang, tous connus pour leur esprit et leur art de la conversation. Cazotte était lui-même un écrivain célèbre, auteur d’un roman occulte, Le Diable amoureux. Le repas était somptueux, le vin coulait à flots et c’était à qui l’emporterait en audace sur son voisin. Aucun sujet ne semblait proscrit. Les dames écoutaient sans rougir des anecdotes délicieusement osées, on raillait la religion et on chantait les louanges de Voltaire l’iconoclaste. Et tout ce beau monde de tomber d’accord sur la nécessité d’une révolution qui débarrasserait enfin le pays du fanatisme et de la superstition. Et c’est ce moment-là que Cazotte choisit pour déclarer : « Très chers amis, réjouissez-vous. Chacun de vous sera le témoin de cette révolution que vous appelez de vos vœux. Vous savez, je suis une sorte de prophète et je vous promets que vous la verrez tous. » Ces paroles jetèrent un froid, mais leur auteur ne s’arrêta pas là ; sur sa lancée, il dévoila à chacun des convives quel sort la révolution lui réserverait. « Vous, Monsieur le marquis de Condorcet, on vous trouvera gisant sans vie sur le sol de votre cellule. Vous mourrez du poison que vous aurez absorbé pour échapper à l’exécution. Et vous, Monsieur de Chamfort, vous vous tailladerez les veines avec un rasoir, vingt-deux entailles, mais vous n’en mourrez pas : il vous faudra attendre plusieurs mois pour réussir votre suicide. Quant à vous, Monsieur de Nicolaï, vous mourrez sur l’échafaud, et vous, Monsieur Bailly, également. » Pendant qu’il parlait, les convives commencèrent à chuchoter : « Cet homme est fou ! » ; ou encore : « Vous voyez bien qu’il plaisante. Vous savez, ses plaisanteries ont toujours quelque chose de fantastique. » Mais quand La Harpe, un libre-penseur notoire, lui fit remarquer qu’il ne lui avait pas prédit son destin, Cazotte…
Image 2 …lui rétorqua : « En ce qui vous concerne, je vois quelque chose d’encore plus étonnant : vous allez vous convertir au christianisme. » À ces mots, l’assemblée tout entière éclata de rire. Et Chamfort déclara : « Ah, quel soulagement ! S’il nous faut attendre la conversion de La Harpe pour mourir, alors nous sommes pratiquement immortels ! » « Qu’adviendra-t-il des dames ? » demanda la duchesse de Gramont. « Il va de soi que nous serons épargnées par votre révolution. », ce qui lui valut cette réplique de Cazotte : « Votre sexe, mesdames, ne vous protégera pas de ce bain de sang. Vous, Madame la Duchesse, vous serez traînée sur l’échafaud ainsi que bon nombre de vos compagnes, les mains liées dans le dos, à l’instar des criminels de droit commun. » Et comme les convives manifestaient violemment leur incrédulité, il asséna sa dernière prophétie, la plus terrifiante : « Il est de mon devoir de vous dire ceci : nul ne sera épargné, pas même le Roi ni la Reine de France ! » Si cette histoire est véridique, et elle fut confirmée par plusieurs témoins, mais seulement après la Révolution, elle est à ranger parmi les prophéties les plus précises dont on ait gardé la trace. En effet, en l’espace de cinq années, la vision de Cazotte s’était presque entièrement accomplie. Commencée dans l’enthousiasme, sous les auspices d’un très grand idéalisme, la Révolution de 1789 dégénéra bientôt en orgie de violence et en bain de sang. Les amis de Cazotte connurent tous le triste destin qu’il leur avait prédit, mais il s’était oublié dans le lot : sa tête tomba sous le couperet de la guillotine en 1792. En se présentant comme une « sorte de prophète », Cazotte se réclamait d’une tradition fort ancienne. Chaque époque a eu ses visionnaires, ses voyants dotés d’une seconde vue leur permettant d’abolir la muraille du temps. Certains se disaient inspirés de Dieu, d’autres attribuaient leur savoir à des pouvoirs dont le commun des mortels n’a pas la moindre idée.
- Collectif (Time‑Life Books). Les mystères de l’Inconnu – Visions et prophéties. Time Life, 1988, p. 6-7
NOTES::::
Une autre sorte de dernier souper est due à des circonstances un peu plus prévisibles, tel le dernier souper de Jacques Cazotte rapporté par Paul Morand dans une nouvelle publiée en 1959. Morand imagine que le jeune Matthew Gregory Lewis, le futur auteur du plus célèbre des romans gothiques anglais, Le Moine, qu’il publiera en 1796, rencontre lors de son voyage en France Cazotte, l’auteur du Diable amoureux (1772) qui sera guillotiné le 25 septembre 1792. Lewis aime le fantastique et il est particulièrement fasciné par les choses sinistres, l’enfer, la révolution, la mort. Il se souvient que Cazotte au cours d’un souper chez Madame la duchesse de Gramont avait annoncé les événements à venir (« souper désormais aussi célèbre que celui de Balthasar, avec son Mané, Thécel, Pharès) ». Ce souper a bien eu lieu, et si « d’habitude les soupers s’en vont en fumée, celui-là s’est solidifié en légende. »
Le souper réunissait des « duchesses redoutant de manquer le coche littéraire » et des écrivains tels « Condorcet, La Harpe, Malesherbes, Viq d’Azyr, Chamfort et plusieurs autres beaux esprits qui avaient gardé leurs têtes sur leurs épaules et voulaient éblouir des dames de qualité, au cou non coupé et même encore ceint de perles2 ». Lors de ce souper Cazotte avait fait des prédictions et La Harpe s’en était fait l’écho pour avoir assisté début 1788 à cette réunion de libres penseurs au terme duquel Cazotte annonça comme imminente la Révolution que les convives appelaient de leurs vœux. Il les impressionna en décrivant le sort de chacun : Condorcet devant s’empoisonner pour échapper au bourreau, la duchesse de Gramont montant à l’échafaud les mains liées derrière le dos, etc. Le dernier dîner de Cazotte imaginé par Morand est marqué par l’arrivée du commandant de la gendarmerie locale, grand ami de la famille, qui apporte de fait « le mandat d’arrêt contre le sieur Cazotte qui sera écroué à la prison de la Force ». Invité à partager le repas, le commandant a le nez dans son assiette, repousse la fricassée prétextant un manque de faim et très pâle, pris de vertige, s’écroule en s’évanouissant alors que de sa poche s’échappe l’arrêté qui conduira Cazotte à la guillotine.
- Alain Montandon, « Le dernier souper », dans Le souper, dir. Françoise Le Borgne et Alain Montandon (Clermont-Ferrand : Presses universitaires Blaise-Pascal, 2020), 407‑419.



