La Mutinerie du Bounty

L'incroyablement sordide histoire d'une mutinerie et du massacre de l'Île Pitcairn

Île de Pitcairn (Pacifique Sud), 27 décembre 1808.

Le trois-mâts américain Topaz fend avec peine une eau d’un bleu sombre, presque métallique, du Pacifique Sud. À son bord, le capitaine Mayhew Folger ne cherche rien de plus que de la graisse de phoque et un point d’eau douce pour ravitailler ses soutes. La chasse au phoque est une affaire d’affaires, froide et méthodique. Sur les cartes marines de l’époque, ce rocher volcanique isolé dans l’immensité du Pacifique figure à un mauvais emplacement, considéré par tous comme une terre stérile et totalement inhabitée. Pour le monde civilisé, l’île de Pitcairn n’existe presque pas.

Pourtant, à travers la brume de chaleur, une mince colonne de fumée grise s’élève de la canopée. Une anomalie impensable sur ce rocher perdu.

Intrigué par cette présence humaine inexpliquée, Folger fait mettre une chaloupe à la mer. Le clapotis régulier des rames contre la coque est le seul bruit qui rompt la monotonie de l’océan. À mesure que les chasseurs de phoques approchent du rivage, le décor se fait oppressant : des falaises de basalte noir, coupées à pic, et une végétation si dense qu’elle semble vouloir étouffer la grève.

Puis, le silence absolu.

Les oiseaux marins ont cessé leurs cris. La brise s’est tue. La chaloupe racle le sable avec un crissement sec.

Soudain, la jungle s’ouvre.

Un homme sort du sous-bois. Seul.

Il avance avec une lenteur calculée, pieds nus sur la rocaille. Sa peau a la couleur et la texture du cuir tannée par les UV. Il porte des nippes faites d’écorce battue et de toiles de voile rapiécées. Mais ce qui frappe immédiatement les marins américains, c’est son visage : des traits tirés, des yeux enfoncés dans leurs orbites, animés d’une fixité inquiétante. Un regard qui a cessé depuis longtemps de ciller normalement.

L’homme s’arrête net à trois mètres du groupe. Il ne tremble pas. Il observe ces inconnus avec la froideur d’un spectre.

Lorsque sa bouche s’ouvre, sa voix ressemble au frottement de deux pierres sèches. Le ton est plat, dénué de toute émotion humaine :

« Je m’appelle John Adams. Mais dans une autre vie… on m’appelait Alexander Smith. »

Les matelots se figent, déconcertés. Ils s’attendaient à croiser des indigènes ou personne du tout, et voilà qu’un Anglais se tient devant eux, au bout du monde. Autour de Smith, le paysage révèle une anomalie encore plus troublante. L’œil exercé du capitaine Folger repère des cabanes de bois soigneusement assemblées, des parcelles de terre cultivées en terrasses, des outils d’acier rongés par la rouille. Il y a là les traces irréfutables d’une communauté structurée.

Pourtant, il n’y a personne d’autre. Pas un mouvement derrière les volets d’imitation. Pas un souffle. L’endroit a la propreté d’un cimetière fraîchement entretenu.

Smith demeure immobile, les bras le long du corps, dans une posture rigide, presque martiale. Il n’appelle pas à l’aide. Il n’exprime aucune joie. Il attend.

Folger fait un pas vers lui, brisant le vide étouffant qui les sépare. Sa question tombe comme un couperet :

« Où sont les autres ? »

Alexander Smith ne cligne pas des yeux. Son regard glisse lentement vers la jungle dense, puis revient fixer le capitaine américain. Un sourire sans chaleur étire ses lèvres gercées.

« Ils sont sous la terre, Capitaine. Tous. »

Un frisson glisse sur l’échine des marins du Topaz. Sans le vouloir, venus simplement chercher du gibier, ils viennent de trébucher sur l’un des plus sombres mystères maritimes de l’histoire : le repaire secret des mutins du H.M.S. Bounty, disparus sans laisser de trace dix-neuf ans plus tôt. Un huis clos insulaire où neuf marins britanniques, six Hommes polynésiens et douze femmes se sont entre-dévorés dans la paranoïa, la folie et le sang, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un.

Mission botanique

Tout commence sous les traits d’une bien banale mission botanique : le HMS Bounty doit traverser le globe pour prélever des arbres à pain à Tahiti et les transporter jusqu’aux Indes occidentales, où ils serviront de nourriture bon marché pour les esclaves des plantations. Une idée brillante, si l’on considère que la Royal Navy était prête à traverser la moitié du monde pour nourrir des gens qu’elle ne considérait même pas comme des êtres humains. Une logique administrative d’une froideur exemplaire.

Au commandement, le lieutenant William Bligh incarne la Marine britannique dans ce qu’elle a de plus brillant et de plus brutal. Navigateur d’un génie incontestable, Bligh est aussi un homme acide et dur, gérant ses marins par les hurlements et une mesquinerie maladive. Comme le note James Morrison dans son journal, Bligh pouvait transformer « une noix de coco en affaire d’État ». À bord, la vie tourne rapidement au calvaire. Pour une poignée de fromage ou quelques noix de coco prétendument volées, Bligh humilie son second, le jeune Fletcher Christian, et réduit les rations de l’équipage au strict minimum.

Reconstitution de l'escale du Bounty à Tahiti avec marins et habitants autour du feu
L’acculturation et l’insouciance des marins du Bounty lors de leur escale à Tahiti, mêlant la détente au bord du feu, la découverte des coutumes locales et la réalisation de tatouages traditionnels polynésiens sous le regard distant du navire au mouillage. – Référence / Crédit : Reconstitution artistique romancée s’inspirant des récits d’escale du XVIIIe siècle et du style pictural néoclassique. Illustration générée par IA pour Dark-Stories.com.

Mais le véritable venin de la mutinerie s’est diffusé pendant les cinq mois d’escale à Tahiti. Pour ces hommes issus des taudis de Londres ou des ports crasseux d’Angleterre, habitués au froid mordant, à la faim, au puritanisme frigide et aux coups de fouet, l’île a agi comme un choc psychique. Pour des marins habitués à manger du biscuit moisi et à dormir dans la moisissure, Tahiti ressemblait à une mauvaise blague du destin. Ils y ont découvert la liberté absolue : une nature luxuriante qui offre ses fruits sans effort, une chaleur enveloppante, mais surtout des mœurs d’une douceur inouïe et une sexualité décomplexée où le corps n’était entaché d’aucune honte.

Lorsqu’il a fallu lever l’ancre, le réveil a été d’une violence inouïe. Réintégrer leurs rôles de marins de la Royal Navy, retrouver la moisissure des cales et savoir qu’au bout du voyage les attendait un retour à la misère anonyme des matelots britanniques — pauvres, méprisés et vivant dans leurs taudis sous le ciel pluvieux de Londres — leur paraissait pire que la mort. Poussé à bout par les railleries quotidiennes de son capitaine et hanté par le souvenir de cet Éden perdu, Fletcher Christian n’a pas seulement mené une révolte impulsive : il a donné voix au refus viscéral d’un équipage qui refusait de redevenir des esclaves en uniforme. 1-2-3


La mutinerie du Bounty

Le matin du 28 avril 1789, Fletcher Christian et ses partisans prennent le contrôle du navire en pleine nuit sans verser une goutte de sang. Bligh et 18 marins fidèles sont jetés dans une chaloupe de sept mètres avec une boussole, un sextant et de très rares vivres. Contre toute attente, Bligh réussit un exploit de navigation surprenant en parcourant plus de 6 000 kilomètres jusqu’à Timor sans perdre son sang-froid.

Pendant ce temps, les mutinés cherchent un refuge. Après une tentative manquée d’installation sanglante à Tubuai et un retour stratégique à Tahiti, le groupe se scinde. Le 23 septembre 1789, Fletcher Christian reprend le large sur le Bounty avec huit mutinés britanniques, six hommes polynésiens (quatre Tahitiens et deux hommes de Tubuai), douze femmes tahitiennes et un bébé.

En janvier 1790, le groupe découvre l’île Pitcairn, un rocher volcanique escarpé mal positionné sur les cartes de la Marine britannique. C’est la cachette idéale. Après avoir débarqué tout le matériel, les mutinés brûlent le HMS Bounty pour s’interdire tout retour et empêcher d’être repérés depuis le large. L’isolement est total, le piège parfait est refermé. 4-5-6

L’abandon dramatique du capitaine William Bligh et de ses hommes fidèles
L’abandon dramatique du capitaine William Bligh et de ses hommes fidèles, jetés à la mer dans une frêle chaloupe par Fletcher Christian et les mutinés du Bounty. – Référence / Crédit : Reconstitution artistique fidèlement inspirée du tableau historique The Mutiny on the Bounty de Robert Dodd (1790). Illustration générée par IA pour Dark-Stories.com.

L’Enfer sur l’Île du Paradis

Pitcairn avait tout du sanctuaire oublié des dieux : un roc émeraude dressé au milieu du Pacifique, ceinturé de falaises vertigineuses et baigné par des eaux cristallines. Pourtant, ce lieu paradisiaque se métamorphosa rapidement en un cloaque de ressentiment. La micronation improvisée par les mutinés du Bounty devait désormais cohabiter sur un confin isolé du Sud, coupé de toute relation avec le Vieux Continent. Libérés de la tyrannie du capitaine Bligh, neuf Britanniques croyaient avoir conquis un royaume sans lois. Mais à la rigueur navale succédait déjà le venin de l’arrogance coloniale.

Pour les marins anglais, le monde se divisa rapidement selon les vieux réflexes de la vieille Europe. Les six hommes polynésiens qui les avaient accompagnés ne furent jamais considérés comme des frères d’armes ou des compagnons d’infortune, mais comme des serviteurs corvéables, relégués aux tâches les plus dures, privés de terres et méprisés. Plus toxique encore était le partage des femmes. Dans cet éden trop étroit, les matelots s’étaient attribué les Tahitiennes comme des trophées de conquête. Les insulaires supportaient cette servitude obscure, usant de patience, accumulant les affronts en silence. Mais sous la cendre couvait une braise ardente.

L’étincelle fatale jaillit lorsque l’épouse de John Williams glissa du haut d’une falaise de basalte, se broyant le corps sur les récifs en contrebas. Williams, rongé par un désespoir aveugle et un égoïsme sans borne, refusa la solitude. Exigeant un dédommagement immédiat, il jeta son dévolu sur l’épouse d’un des hommes polynésiens et contraignit ses camarades à lui céder cette femme. Ce fut l’humiliation de trop. Le viol de trop. La spoliation de trop. L’étincelle venait de frapper le magasin à poudre.

Dans l’ombre des forêts de cocotiers et des champs de taro, les voix polynésiennes cessèrent de murmurer pour commencer à comploter. L’alliance insidieuse se scella dans la haine nourrie pendant trois longues années. Le plan était aussi simple que terrifiant : profiter de la dispersion des Anglais dans leurs cultures pour procéder à une élimination méthodique et sanglante. 7-8

Le 20 septembre 1793, l’enfer déferla sur Pitcairn.

Le soleil se levait à peine sur la plantation de Fletcher Christian. L’ancien second du Bounty, l’homme qui avait défié la couronne britannique et condamné son équipage à la traque éternelle, courbait le dos au-dessus de la terre noire, la sueur lui brûlant les yeux. Il n’entendit pas le froissement des feuilles dans son dos. Deux hommes surgirent du sous-bois, armés de haches et de musquets subtilisés dans la réserve. Un coup de feu déchira le silence de l’aube. La balle traversa le dos de Christian de part en part. Le chef de la mutinerie s’écroula dans la poussière, son sang abreuvant cette terre qu’il avait cherchée pour fuir le pendard. Il mourut sans avoir pu prononcer un mot.

Des hommes polynésiens observent en silence Fletcher Christian alors qu'il travaille la terre dans sa plantation, quelques instants avant le déclenchement du massacre méthodique des mutinés britanniques.
L’ombre de la vengeance sur Pitcairn (20 septembre 1793). Des hommes polynésiens observent en silence Fletcher Christian alors qu’il travaille la terre dans sa plantation, quelques instants avant le déclenchement du massacre méthodique des mutinés britanniques. – Référence / Crédit : Reconstitution artistique romancée s’inspirant des récits historiques de Frederick Beechey (1831). Illustration générée par IA pour Dark-Stories.com.

À quelques centaines de mètres de là, la traque ne faisait que commencer. John Mills, William M’Koy, Isaac Martin et William Brown furent surpris un par un dans leurs clairières respectives. L’air de l’île se remplit de cris de terreur, d’interrogations hurlées et du fracas sinistre des haches fendant le bois… et la chair. L’attaque était d’une sauvagerie inouïe. Mills fut abattu alors qu’il tentait de fuir ; Martin et Brown furent achevés à coups de pilon et de hachette sur leurs propres terres. En quelques heures, le sol verdoyant de Pitcairn fut tacheté du sang de la moitié des marins britanniques.

Seuls trois hommes échappèrent au premier massacre. Edward Young, terrifié par la rumeur des tirs, fut promptement caché sous des nattes et des feuillages par des femmes polynésiennes prises de pitié. John Adams, surpris à son tour, reçut une balle qui lui traversa le cou. La chair ouverte, hurlant de douleur, il parvint dans un sursaut d’adrénaline à distancer ses poursuivants et à s’enfoncer dans le maquis impénétrable, où la jungle le dissimula provisoirement. 9-10

L’île appartenait désormais aux quatre Polynésiens révoltés. Mais le triomphe de la vengeance fut de courte durée. Sur cette roche de quelques kilomètres carrés, le carnage avait brisé le peu d’équilibre social qui subsistait. Les femmes tahitiennes, hantées par le massacre de leurs amants britanniques, craintives pour leur propre avenir et dégoûtées par ce nouveau règne de la terreur, décidèrent de reprendre le contrôle de leur destinée. L’alliance bascula à nouveau.

Dans une atmosphère de paranoïa asphyxiante, un contre-complot s’organisa dans la pénombre des huttes. Britanniques survivants et femmes polynésiennes s’unirent dans un pacte d’acier. Les tortionnaires d’hier devinrent les proies. Au cours des semaines qui suivirent, les quatre hommes insulaires furent traqués et exécutés un à un. L’un d’eux fut surpris dans son sommeil : alors qu’il dormait d’un sommeil lourd, une femme s’approcha à pas de loup, leva une hache à deux mains et la laissa retomber de toute sa masse sur son crâne.

En l’espace de quelques mois à peine, la population masculine de Pitcairn avait été pulvérisée. L’île n’était plus peuplée que d’un poignée de marins brisés, de femmes traumatisées et d’enfants en bas âge, errant au milieu des tombes fraîches. 11-12

Pourtant, le cauchemar de Pitcairn n’avait pas encore atteint son paroxysme. Car aux démons de la violence armée vint s’ajouter un fléau plus insidieux : l’addiction.

Avant que la folie meurtrière ne l’emporte, le matelot William M’Koy avait fait une découverte funeste. Ancien ouvrier, esprit bricoleur et alambiqué, il avait réussi à détourner un grand chaudron en cuivre sauvé des cales du Bounty. En faisant fermenter les racines sucrées de la plante ti, il était parvenu à fabriquer un alambic artisanal. De ce serpentin de fortune coulait désormais un alcool de contrebande, un liquide transparent, brut et dévastateur.

William M'Koy et un compagnon d'infortune sombrant dans l'ivresse autour du chaudron de cuivre détourné pour distiller la racine de ti
La folie de l’alcool et l’alambic du Bounty. William M’Koy et un compagnon d’infortune sombrant dans l’ivresse autour du chaudron de cuivre détourné pour distiller la racine de ti, marquant le début des délires éthyliques et de la spirale autodestructrice des derniers survivants. – Référence / Crédit : Reconstitution artistique romancée fondée sur les témoignages recueillis par Walter Brodie (1851). Illustration générée par IA pour Dark-Stories.com.

L’alcool devint le refuge et le poison de Pitcairn. Dans ce huis clos suffocant, la boisson transforma les survivants en spectres hagards. M’Koy sombra le premier dans un delirium tremens d’une violence inouïe. Rongé par des hallucinations terrifiantes, hanté par le visage de ses camarades massacrés, il passa des jours à hurler contre les vagues. Une nuit de désespoir absolu, sous l’empire de cette eau-de-vie toxique, il se ligota de lourdes pierres aux chevilles, traîna son corps jusqu’au bord de la plus haute falaise de l’île, et se jeta dans le vide. Son corps fracassé fut emporté par le surf écumant de l’océan.

Il ne restait plus que Matthew Quintal, Edward Young et John Adams. Mais Quintal, lui aussi ravagé par l’alcoolisme, devint une menace mortelle pour la communauté. Transformé en une brute furieuse, errant armé de sa hachette, il menaçait ouvertement d’égorger les derniers survivants et d’exterminer les enfants s’il n’obtenait pas tout ce qu’il désirait.13-14

Pour Young et Adams, la question n’était plus de savoir s’il fallait pardonner, mais de savoir qui mourrait le premier. Une après-midi de canicule, alors que Quintal gisait prostré dans sa cabane, assommé par la boisson, Adams et Young s’approchèrent. Sans un mot, usant d’une hachette de bord, ils lui fendirent le crâne, liquidant le dernier tyran pour garantir leur propre survie et celle des enfants.15

Le silence retomba enfin sur Pitcairn. Du contingent d’hommes fiers et rebelles qui avaient défié l’Empire britannique en prenant le contrôle du Bounty, il ne restait plus sur cette île paradisiaque que deux survivants affaiblis, John Adams et Edward Young, au milieu des veuves et des orphelins. Le paradis des mers du Sud avait tenu sa promesse d’évasion, mais il en avait exigé le prix fort : le sang, la folie, et l’âme de ses conquérants. 16


Smith, dernier survivant

En 1800, Edward Young meurt de l’asthme. Il ne reste plus sur l’île qu’un seul homme adulte survivant : John Adams (alias Alexander Smith), entouré de neuf femmes polynésiennes et d’une vingtaine d’enfants nés des différentes unions.

Pris de remords ou saisi par la peur du jugement divin, le dernier mutiné se convertit à une piété austère. Il utilise la Bible du Bounty pour alphabétiser la jeune génération et fonde une communauté ultra-religieuse et pacifique sur ce même sol imbibé du sang des pères.

Lorsque le navire américain Topaz aborde Pitcairn en 1808, le capitaine Folger découpe le mystère : il découvre une micro-société anglophone pratiquant un puritanisme strict. La Royal Navy retrouve l’île quelques années plus tard, mais décide de ne pas arrêter le vieil Adams. Considérant qu’il a créé une communauté modèle et que le temps a puni les criminels, l’Angleterre lui accorde un pardon de fait. Adams meurt paisiblement dans son lit en 1829. 17-18

Questions fréquentes

Pourquoi la colonie des mutinés du Bounty sur l’île de Pitcairn a-t-elle tourné au massacre ?

La cohabitation sur Pitcairn a rapidement viré au drame en raison des tensions raciales et sociales. Les marins britanniques traitaient les six hommes polynésiens venus avec eux comme des serviteurs et s’étaient approprié les femmes. L’élément déclencheur fut la demande forcée d’un mutiné, John Williams, de prendre l’épouse d’un Polynésien après la mort de la sienne, déclenchant la révolte armée du 20 septembre 1793.

Comment Fletcher Christian est-il mort sur l’île de Pitcairn ?

Fletcher Christian, le chef de la mutinerie du Bounty, a été assassiné le 20 septembre 1793. Il a été abattu d’un coup de feu dans le dos par des hommes polynésiens alors qu’il travaillait dans sa plantation de taro, au tout début du massacre des mutinés britanniques.

Combien de mutinés du Bounty ont survécu au massacre de 1793 ?

Seuls quatre mutinés britanniques ont survécu à la journée du 20 septembre 1793 : Edward Young (caché par des femmes tahitiennes), John Adams (grièvement blessé au cou), William M’Koy et Matthew Quintal. Cinq autres, dont Fletcher Christian, ont été tués.

Quel a été le rôle des femmes tahitiennes dans les événements de Pitcairn ?

Les femmes polynésiennes ont joué un rôle décisif pour ramener le calme sur l’île. Révoltées par la violence et le carnage causés par les hommes polynésiens, elles se sont alliées aux Britanniques survivants. Au cours des semaines suivant le premier massacre, elles ont participé au complot et à l’exécution méthodique des quatre hommes polynésiens restants.

Qui a fabriqué le premier alambic sur l’île de Pitcairn et avec quoi ?

C’est le mutiné William M’Koy qui a fabriqué le premier alambic artisanal sur Pitcairn. Il a utilisé un grand chaudron en cuivre sauvé des cales du Bounty pour faire fermenter et distiller la racine sucrée de la plante ti (Cordyline fruticosa), produisant un alcool fort et dévastateur.

Comment William M’Koy est-il mort sur l’île de Pitcairn ?

Dévoré par l’alcoolisme et hanté par des hallucinations violentes sous l’effet de l’alcool artisanal qu’il distillait, William M’Koy a sombré dans un delirium tremens. Dans un accès de folie, il s’est attaché de lourdes pierres aux pieds et s’est suicidé en se jetant du haut d’une falaise.

Pourquoi John Adams et Edward Young ont-ils tué Matthew Quintal ?

Matthew Quintal était devenu extrêmement violent sous l’emprise de l’alcool et menaçait ouvertement d’égorger les derniers survivants ainsi que leurs enfants. Pour assurer leur propre sécurité et celle de la communauté, John Adams et Edward Young l’ont exécuté à coups de hachette.

Qui était le dernier survivant des mutinés du Bounty sur Pitcairn ?

John Adams (également connu sous le nom d’Alexander Smith) est le dernier mutiné britannique à avoir survécu sur l’île. Après la mort d’Edward Young d’une maladie pulmonaire en 1800, Adams est resté le seul homme adulte au milieu des femmes tahitiennes et d’une vingtaine d’enfants.

L’histoire du carnage sur Pitcairn est-elle historiquement prouvée ?

Oui. Cette histoire s’appuie sur les témoignages directs de John Adams recueillis par le capitaine Frederick William Beechey en 1825, ainsi que sur les récits transmis par les descendants et rassemblés par des historiens comme Walter Brodie (1851) et Sir John Barrow (1831).

Pourquoi la mutinerie du Bounty a-t-elle eu lieu ?

La mutinerie du Bounty, survenue le 28 avril 1789, a été déclenchée par un mélange de tensions extrêmes : le commandement rigide et tyrannique du capitaine William Bligh, les punitions sévères à bord, mais surtout le désir irrésistible des marins de retourner à la vie libre et insouciante qu’ils avaient découverte lors de leur longue escale à Tahiti.

Est-ce que le capitaine Bligh et les loyalistes abandonnés en mer ont survécu ?

Oui, contre toute attente. Le capitaine William Bligh et 18 marins restés fidèles ont été abandonnés dans une chaloupe de seulement 7 mètres de long avec un sextant et de faibles vivres. Grâce aux talents exceptionnels de navigateur de Bligh, ils ont parcouru plus de 6 700 kilomètres à travers le Pacifique jusqu’à l’île de Timor en 47 jours, sans perdre un seul homme durant la traversée.

L’île de Pitcairn est-elle vraiment une île paradisiaque ?

Pitcairn offre des paysages spectaculaires avec une végétation luxuriante et un climat tropical, mais ce n’est pas une destination de carte postale classique. Entourée de falaises vertigineuses et dépourvue de plages de sable fin ou de port naturel, son accès par la mer reste extrêmement difficile et dangereux, accentuant son sentiment d’isolement absolu.

L’île de Pitcairn était-elle habitée avant l’arrivée des mutinés du Bounty ?

Non, l’île était déserte lors de l’arrivée de Fletcher Christian et de ses compagnons en 1790. Cependant, des vestiges archéologiques (statues de pierre, haches en basalte et pétroglyphes) prouvent qu’une population polynésienne y avait vécu quelques siècles auparavant avant d’abandonner l’île, probablement en raison de la rareté des ressources.

Est-ce que l’île de Pitcairn est toujours habitée aujourd’hui par les descendants des mutinés ?

Oui. Pitcairn est aujourd’hui le plus petit territoire britannique d’outre-mer, avec une population d’environ 40 à 50 habitants. La quasi-totalité de la population locale descend directement des mutinés du Bounty (comme les familles Christian ou Young) et des femmes polynésiennes qui les accompagnaient.

Quel est le statut politique actuel de l’île de Pitcairn ?

Pitcairn est un territoire britannique d’outre-mer. Bien qu’elle soit géographiquement isolée au milieu de l’océan Pacifique, l’île demeure sous la souveraineté du Royaume-Uni et est administrée par un gouverneur britannique (généralement le haut-commissaire britannique en Nouvelle-Zélande) assisté d’un Conseil insulaire local.

Comment les mutinés du Bounty ont-ils réussi à trouver l’île de Pitcairn ?

Fletcher Christian cherchait une île introuvable pour échapper à la pendaison. En consultant les cartes de la Royal Navy, il a repéré Pitcairn, dont la position avait été mal répertoriée par l’explorateur Philip Carteret en 1767 (avec une erreur de plus de 300 kilomètres). Cette erreur cartographique a permis aux mutinés de rester cachés du monde pendant près de 20 ans.

Que sont devenus les descendants des mutinés du Bounty ?

Après la découverte de la communauté en 1808, les descendants des mutinés et des femmes tahitiennes ont continué à vivre sur Pitcairn. En raison de la surpopulation, l’intégralité de la communauté a été déplacée par la couronne britannique vers l’île Norfolk en 1856. Si la majorité y est restée (où leurs descendants vivent encore aujourd’hui), quelques familles sont retournées sur Pitcairn. Actuellement, la plupart des habitants de Pitcairn et une grande partie de la population de l’île Norfolk portent toujours les noms des mutinés, comme Christian, Young, Adams ou Quintal.

Références

  1. Belcher, Lady Diana. The Mutineers of the Bounty and their Descendants in Pitcairn and Norfolk Islands. 1870, p. 25-26
  2. Morrison, James. Journal of James Morrison, Petty Officer of the Bounty.
  3. Bligh, William. A Voyage to the South Sea, 1792.
  4. Sir John Barrow (1831), The Eventful History of the Mutiny and Piratical Seizure of H.M.S. Bounty: Its Cause and Consequences.
  5. Morrison, James. Journal of James Morrison, Petty Officer of the Bounty.
  6. Belcher, Lady Diana. The Mutineers of the Bounty and their Descendants in Pitcairn and Norfolk Islands. 1870, p. 40-71
  7. Edward Christian (1794), A Short Reply to Capt. William Bligh’s Answer.
  8. Sir John Barrow (1831), The Eventful History of the Mutiny and Piratical Seizure of H.M.S. Bounty: Its Cause and Consequences.
  9. Captain Frederick William Beechey (1831), Narrative of a Voyage to the Pacific and Beering’s Strait (Vol. 1).
  10. Walter Brodie (1851), Pitcairn’s Island and the Islanders in 1850.
  11. Belcher, Lady Diana. The Mutineers of the Bounty and their Descendants in Pitcairn and Norfolk Islands. 1870, p. 40-71
  12. Beechey (1831), op. cit.
  13. Walter Brodie (1851), op. cit.
  14. Sir John Barrow (1831), The Eventful History of the Mutiny and Piratical Seizure of H.M.S. Bounty: Its Cause and Consequences.
  15. Captain Frederick William Beechey (1831), op. cit.
  16. Rosalind Amelia Young (1894), Mutiny of the Bounty and Story of Pitcairn Island 1790–1894.
  17. Belcher, Lady Diana. The Mutineers of the Bounty and their Descendants in Pitcairn and Norfolk Islands. 1870
  18. Records of the British Admiralty, Public Record Office, Londres.

Pour plus d’informations sur l’incroyable histoire de la mutinerie du Bounty et des évènements troublants survenus a Pitcairn, n’hésitez pas à consulter l’ouvrage The Mutineers of the Bounty and their Descendants in Pitcairn and Norfolk Islands de Lady Diana Belcher, disponible en PDF sur la Norfolk Island Living library.

N.B. sur les différences avec la version précédante

Le récit publié en 2006 s’inspirait d’un article parut dans Facts & Fallacies en 1988 etproposait une version abrégée et parfois approximative des événements de Pitcairn. Les recherches historiques plus complètes — notamment celles de Beechey, Barrow, Brodie et Morrison — permettent aujourd’hui de préciser plusieurs éléments importants. La composition du groupe était différente de ce qui était alors rapporté : les mutinés étaient accompagnés de six hommes polynésiens et non de trois, et les femmes tahitiennes étaient plus nombreuses que ne le suggérait la version de 1988. Les causes du massacre de 1793 étaient également plus complexes que la simple “tension” évoquée à l’époque, impliquant un système d’esclavage imposé aux Polynésiens, la spoliation des femmes et une série de conflits internes documentés par les survivants.

La mort de Fletcher Christian, présentée de manière vague dans le texte de 1988, est aujourd’hui mieux établie grâce aux témoignages recueillis en 1825 : il aurait été abattu dans sa plantation au début de l’attaque. De même, les circonstances du suicide de William M’Koy et l’exécution de Matthew Quintal sont connues avec davantage de précision que ne le laissait entendre la version romancée du Reader’s Digest. Enfin, la reconstruction de la communauté sous l’autorité de John Adams fut plus rigoureuse et structurée que la simple “vie pieuse” décrite en 1988. Le présent article s’appuie sur des sources plus fiables et plus détaillées que celles disponibles à l’époque, ce qui explique les différences entre les deux versions.

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