Les sorcières de Castle Street

Une étrange histoire provenant de Liverpool, racontée par Tom Slemen



 

C’est en 1786 que d’importants travaux furent entrepris sur Castle Street, Liverpool, dans le but d’élargir le chemin. Cette route centrale était importante et l’élargissement fit passer la rue de 2 à 4 voies, permettant également aux piétons de profiter de larges trottoirs. Beaucoup de vieilles maisons délabrées furent démolies lors du réaménagement et de nouvelles propriétés furent bâties à leur place. Ces nouveaux espaces étaient très convoités, et certains n’hésitèrent pas à utiliser quelques supercheries pour se les approprier.

C’est dans ces conditions qu’une ancienne locataire, une vieille dame du nom de Mary Gore, fut contrainte de quitter sa petite maison de Castle Street. Le peu d’argent de compensation qui devait lui revenir fut gardé par un contremaître malhonnête chargé des travaux. Lorsqu’elle comprit que son argent avait été détourné, Mary Gore, en colère, se rendit sur le chantier et maudit le contremaître. Elle lui souhaita une mort terrible et mémorable, avant de brusquement faire demi-tour et de disparaître dans une ruelle. Sans le sou, elle devait maintenant aller vivre avec sa sœur Isabel, qui travaillait dans une auberge nommée Golden Lion Inn, à quelques pas de son ancienne demeure.

Le contremaître, dont le nom était Collins, n’en fit pas de cas. Un de ses ouvriers irlandais vint le rencontrer, prétendant que Marie Gore était une sorcière et que cette malédiction devait être levée à tout prix. L’irlandais conseilla à son patron de remettre l’argent qu’il avait volé à la vieille femme afin d’éviter de faire face à cette sorcière et de ses amies. Collins ordonna à son ouvrier de reprendre le travail , tout en ridiculisant ces histoires de sorcières et de mauvais œil. Il n’avait pas l’intention de remettre cet argent à la vieille femme,  il en ferait un meilleur usage qu’elle.
 



Ce que le contremaître ignorait, c’est que Mary Gore était une sorcière, et pas n’importe laquelle. Elle appartenait à un important cénacle de sorcières qui était, à cette époque, craint dans toute l’Angleterre. Plusieurs de ces dames habitaient Liverpool.

Lorsque Collins se rendit au Golden Lion Inn sur sa pause du midi, il entendit quelques propos sur ces sorcières, venant d’un ancien capitaine de la marine qui dinait dans l’établissement. Intrigué, Collins alla à sa rencontre et mangea en sa compagnie. Cet homme semblait en connaître beaucoup sur cette vieille femme et ses malveillantes copines. Il raconta à Collins que les sorcières avaient un grand chaudron de métal noir, dont elles se servaient pour faire bouillir des mixtures profanes faites à partir de cadavres qu’elles volaient dans les cimetières. Il prétendait avoir vu ces étranges femmes voler sur des balais ; la nuit elles entraient et sortaient de leurs demeures par la fenêtre du grenier. Certains marins les avaient même aperçus volants par-dessus leurs navires en pleine mer. On prétendait qu’elles étaient capables de voler jusqu’au Pays de Galles, l’île de Man et même de se rendre en Irlande !


« C’est complètement absurde ! » déclara Collins, qui avait du mal à cacher sa nervosité.


Mary Gore, qui venait de pénétrer dans l’établissement, apparut soudainement près du contremaître et le présenta à sa sœur en disant :


« Regarde Isabel, c’est l’homme qui a volé mon argent. Je l’ai maudit et il va mourir d’une mort lente et douloureuse. »


Sursautant de colère, Collins lança sa cruche de bière en direction de la tête de la vieille femme, qui l’évita de justesse. Isabel s’interposa et demanda à sa sœur de retourner dans ses appartements.


Plus tard ce jour-là, les ouvriers se préparaient à quitter le chantier pour retourner à leurs foyers, lorsqu’un épais brouillard envahit soudainement la rue. Les gens ne pouvaient à peine marcher sans risquer de trébucher, la visibilité était nulle.

Soudain, brisant le silence de mort qui régnait sur l’endroit, des cris d’horreur d’un homme retentirent. Tous les entendirent et constatèrent qu'ils semblaient s’éloigner vers le ciel. Lorsque le brouillard se dissipa, le contremaître avait disparu. Puis, l’un des hommes remarqua quelque chose d’étrange, il pouvait voir une drôle de silhouette qui se trouvait sur la girouette du Bureau de Change. Ceux qui avaient une bonne vue prétendaient que ça ressemblait à une forme humaine et, lorsqu’ils arrivèrent plus près de l’immeuble, ils constatèrent qu’un homme était bel et bien empalé sur le mat de la girouette de l’immeuble.

Une foule se rassembla rapidement afin d’observer l’homme, qui semblait toujours vivant. L’homme agonisant semblait légèrement bouger les bras, du moins, c’est ce que les gens semblaient croire depuis le trottoir. Ils se questionnaient à savoir qui il était et surtout, comment avait-il pu se retrouver dans une telle situation. Plusieurs pensaient que l'homme aurait pu tomber de l’aéronef de Vincenzo Lunardi, un pionnier de l’aéronautique qui avait récemment survolé la ville avec un ballon à air chaud. Cependant, grâce à un télescope, un homme reconnut M. Collins, le contremaître de Castle Street.  Mais comment diable s’était-il retrouvé là?


Alors que les autorités cherchaient une solution pour aller chercher le corps de Mr. Collins, un grand nombre d’oiseaux noirs firent leur apparition. C’était un rassemblement de corbeaux, qui n’allait pas rater une occasion de s’inviter à un tel repas. Le corps empalé fut alors picoré par des dizaines de corbeaux. Pour eux, le corps n’était qu’une carcasse, ils déchirèrent son corps jusqu’à ce qu’il ne soit qu’un amas de chair sanguinolente.  En soirée, un violent orage frappa la ville, dispersant rapidement les curieux et les corbeaux qui fuyaient les grêlons tombant du ciel. Un éclair frappa soudainement la girouette, faisant exploser le corps du contremaître. Les jambes, la tête, les bras, les intestins et ce qui restait de son torse tombèrent, en pièces détachées, alentour de l’immeuble, tout près de la foule. La grosse tache de sang sur le mur et le toit restera visible pendant plusieurs semaines alors que les restes calcinés de Mr. Collins furent envoyées dans la fosse commune d’un cimetière local.


Les ouvriers poursuivirent l’agrandissement de la Castle Steet et la construction d’une banque, mais chaque jour pendant leur pause déjeuner, il y avait toujours quelqu’un pour parler de Mr Collins et des étranges circonstances de sa mort. Les spéculations allaient bon train et tous se demandaient comment le pauvre homme en était venu à être empalé sur une girouette.


Un jeune ouvrier, un peu lent d’esprit, finit par affirmer qu’il savait ce qui était arrivé à Collins. Le garçon avait un certain mal à s’exprimer, mais dit finalement aux autres ouvriers ce qu’il vu ce jour-là.

« Les femmes sont descendues du ciel et l’ont emmené dans les airs… !  »

« De quelles femmes tu parles, Sam ? » a demandé l’un des hommes du chantier.

« Les femmes en noir sur des balais, elles l’ont emmené.  »

Les gars du chantier avaient bien du mal à croire une histoire pareille, mais ils savaient que Sam, ce pauvre attardé, ne disait jamais de mensonge. La rumeur se répandit rapidement, les sorcières du clan de Mary Gore avaient elles empalé l’homme au sommet de l’immeuble comme punition pour avoir volé l’une de leurs sœurs ?

Quoi qu'il en soit, ce clan de sorcière a vraiment existé, et il est possible de connaître quelques-uns de leurs descendants qui vivaient dans le Merseyside. Si votre nom de famille est Gore, Molloy, Loftus et McGloughlin, peut-être avez-vous du sang de sorcière qui coule dans vos veines. Ces noms sont rattachés à cet énigmatique cénacle qui marqua l'histoire de Liverpool.

 



Copyright © 2004 par Slemen Tom. Tous droits réservés.
Cette histoire reproduite avec la permission de Tom Slemen et traduite de l'anglais par David Magny.

Source: http://www.slemen.com

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