L’énigmatique monstre de Flinders Street

Une étrange histoire provenant de Liverpool, racontée par Tom Slemen



 

Si la rue Flinders n’existe plus, disparue au cours des nombreuses modifications qu’à subit la ville de Liverpool, certaines de ses histoires ont longtemps hantées ses vieux quartiers. L’une des plus étonnantes  était racontée par Paddy Turner, un vieil homme que certains croyaient fou et qui est mort dans les années 1950.

Son histoire se déroule en 1897, dans une petite auberge de la Flinders Street, à l’époque que cette rue était une voie bien achalandée.  Un homme plutôt louche vint y louer une chambre. C’était un homme de petite taille, aux vêtements désuets, qui portait un grand chapeau mou et trainait avec lui une lourde valise.

L’auberge de Flinders Street appartenait à un citoyen de Liverpool nommé Joe Turner. Dès que ce dernier vit son nouveau locataire, il eut un étrange sentiment. Ce nouveau venu avait définitivement quelque chose de sinistre. Il n’était en ville que depuis quelques jours que déjà des rumeurs se répandaient à son sujet. L’étranger prétendait se nommé Mr. Jones et être Anglais, mais la rumeur courait qu’il était Lithuanien, car un ouvrier russe de l’épicerie locale l’avait entendu parler cette langue. Mr. Jones avait un long nez étroit, une petite tête presque chauve avec seulement quelques touffes de cheveux ici et là. Son dos était courbé, comme si sa profession l’obligeait à travailler accroupi.

Dès son arrivé, Jones a exigé d’avoir la chambre du grenier. Le jeune Joe Turner, un enfant agé de neuf ans et neveu du propriétaire, monta donc péniblement les lourds bagages du nouvel arrivant jusqu’à sa chambre à l’étage. En échange, Mr. Jones lui fit un clin d’œil avant de lui claqué la porte au nez.

Cette semaine là, un évènement des plus étranges se produisit dans la ville. Par un après-midi, plusieurs témoins virent un immense oiseau noir, ressemblant à un corbeau mais avec les ailes d’une envergure de 5 mètres, volant au-dessus du port de la ville.

 


Les gens sur les quais regardaient, médusé, cette impressionnante créature tourner en cercle au-dessus d’eux avant de rapidement plongé et d’agripper, dans ses serres, une créature qui se trouvait au sol. Certains témoins affirmaient que c’était un enfant, mais pour la plupartla victime semblait bel et bien être un petit chien. La nouvelle fit rapidement le tour de la ville, car pour plusieurs, cela s’annonçait être un mauvais présage.


Deux jours plus tard, tôt le matin, Paddy aperçu Mr. Jones sortant silencieusement de sa chambre avec un sac de toile en jute. Il descendit dans la cour pour en vider son contenu directement dans la poubelle extérieur, en prenant bien soin de soigneusement recouvrir ses déchets avec de vieux journaux. Il n’en fallait pas plus pour réveillé les soupcons du garçon, et plus tard, il descendit jeter un œil à la poubelle. Ce qu’il y vit lui glaça le sang. À travers les papiers froissé, se trouvaient plusieurs tête de poisson et les restes d’un petit chien.

 

« Bon, tu suis les clients maintenant ? » demanda son oncle après que le garçon lui ai fait part de sa macabre découverte.


« Il est bizarre cet monsieur ! Je suis certain qu’il garde le grand oiseau noir dont tout le monde parle, j’entend gratté la nuit, il y a des bruits bizarres ! »


« Où pourrait-il garder cet oiseau géant ? » demande Joe Turner en allumant sa pipe.


« Dans sa grosse malle ! Ça expliquerait pourquoi elle était si lourde ! » répondit Paddy.


Joe sourit avec condescendance et caresse la tête de son neveu. Tout cela était absurde mais cette conversation le fit réfléchir à son mystérieux locataire. En effet, il n’avait jamais vu manger Mr. Jones, il n’avait jamais descendu du grenier pour prendre le petit déjeuner. Peut-être avait-il besoin d’un menu spécial. Il sorti dans la cour afin de vérifier les dires de Paddy et, comme ce dernier l’avait prévenu, il trouva les restes d’un chien et six têtes de poissons dans les poubelles. Le spectacle était dégoutant et Joe eu un mouvement de recul, son mouchoir à sa bouche.


Quelque soit l’explication, Joe voulait en savoir plus sur ces déchets. Il se rendit immédiatement à l’étage pour discuter de tout cela avec Mr. Jones, mais lorsqu’il frappa à la porte, il n’eut pas de réponse.


« Je sais que vous êtes là Mr. Jones, je souhaite seulement discuter ! » lança Joe qui ne souhaitait pas investiguer la chambre sans l’accord de son client.


Cet appel obtint finalement une réponse, son locataire cria quelque chose d’incompréhensible dans sa langue étrangère, suivie d’un grand silence.


Joe décida de ne pas insister et retourna rejoindre Paddy qui l’attendait au salon.


« Je vous l’avais bien dit qu’il était déplaisant, n’est-ce pas mon Oncle ? Je suis certain qu’il garde le gros oiseau noir dont tout le monde parle. C’est l’oiseau noir qui a rammener ce chien ici ! »


« Écoute Paddy, lui dépondit son oncle. Un gros oiseau noir n’a pas mangé ce chien, c’est le fou qui est au grenier qui l’a mangé.  Ils ont des goûts bizarres au pays d’où il vient, qui sait si les chiens ne sont pas un met apprécié là-bas ! Soit prudent avec des étrangers comme le monsieur qui dort en haut, tu ne sais pas sur qui tu peux tomber… »


« Vous savez je suis toujours prudent mon oncle… ! » répondit le garçon en fixant l’escalier.


Cette nuit là, Paddy ne trouvait pas le sommeil. Alors que son oncle ronflais sur son fauteuil, il décida d’aller voir à l’étage et de jeter un coup d’œil à la chambre de Mr. Jones. En regardant par le trou de la serrure, Paddy espérait voir ce que faisait leur invité. Dans un premier temps, il ne vit rien, mais il eut ensuite la peur de sa vie lorsqu’il entendit le locataire crier. Il répétait une succession de mots inconnus et faisait un terrifiant son de crécelle inhumain qui résonnait au plus profond de sa gorge. Il s’ensuivit alors un moment de silence, pendant lequel Paddy osait à peine respirer, terrifié à l’idée d’être découvert par l’effrayant locataire.


Le spectacle qui suivit n’avait rien pour dissiper sa crainte. Un oiseau noir géant se tenait dans l’appartement, ses griffes grattaient le plancher et il semblait avoir de la difficulté à contenir ses ailes dans la pièce. L’étrange créature avait une tête effrayante, composé d’un immense bec et une tête étonnamment chauve. Il avait la même tête que Mr. Jones ! De toute évidence le locataire s’était métamorphoser en cette créature grotesque, un hybride entre un homme et un oiseau. Ses mains avaient été transformer en serre et il se tenait à la fenêtre, prêt à s’envoler.


Paddy ne pu contenir son soupir d’effroi, l’oiseau sursauta et fit volte-face. Il pencha sa tête, écoutant attentivement les bruits environnants. Paddy trouvait qu’il semblait s’approcher de la porte, quand il vu soudain son gros œil apparaître de l’autre coté du trou de la serrure. À grands coups de bec, il se mit à frapper frénitiquement sur la porte, la transperçant sans peine. En un éclair, Paddy dévala les escaliers en poussant des cris de terreur.


Tout ce boucan ne manqua pas de réveiller Joe, qui vit son neveu apparaître à la course.


« Qu’est-ce qui ne va pas ? Qu’est-qui se passe !? » demanda Joe visiblement ébranler par son réveil brutal.


Mais Paddy se contenta de passer à coté de Joe à toute vitesse, allant directement se réfugier sur une table. L’homme vit clairement que l’enfant tremblait de façon incontrôlable et transpirait la peur.


« Mais qu’est-ce qu’il y a Paddy ? Je ne peut pas d’aider si tu ne me dit rien… »


À mesure que l’enfant reprit sa respiration, il put raconter le terrifiant compte-rendu de sa rencontre avec Mr. Jones, de sa métamorphose en grand oiseau noir et de l’attaque contre la porte. Il décriva comment la créature impie avec démolit la porte à coups de bec. Joe en avait assez entendu, il devait monter à l’étage et faire la lumière sur toute cette histoire.


Joe fut saisi de surprise lorsqu’il constata que la porte avait bel et bien été défoncée et perforé depuis l’intérieur de la chambre. Il pénétra prudemment dans la pièce mal éclairée. Il n’avait aucune place de l’oiseau ou de son locataire, mais les fenêtres du grenier étaient grande ouverte, ce qui laissait un vent froid tourner dans la pièce. Les vêtements de Mr. Jones se trouvaient sur le lit. Il sursauta lorsqu’il entendit le plancher craquer devant la porte, mais c’était seulement le jeune Paddy.


« Retourne en bas Paddy, je dois comprendre ce qui arrive ici! »


Les yeux rougit, l’enfant tentait de balbituber quelques mots lorsque soudainement la pièce s’assombrit, alors qu’une silhouette immense passa devant les fenêtres du bâtiment. Les ailes de la créature effleura les vitres, avant de pénétrer, tête baissée, dans l’ouverture des deux fenêtres. Joe Turner, pétrifié par la peur, réussi néanmoins à reculer jusqu’à la porte, là où Paddy se tenait. L’immense oiseau noir avec une tête presque humaine, mais avec un immense bec, dans lequel quelque chose se débattait frénétiquement. Les ailes de l’oiseau étaient recroquevillées, elle qui ne pouvait les déployer dans cette chambre trop étroite.


Cette créature, qui ressemblait définitivement à Mr. Jones, griffait et déchiquetait mortellement le chat - parce que c’était la proie qu’elle tenait dans son bec - ce qui retenait toute son attention. Il ne remarqua même pas que Joe et Paddy se trouvaient encore dans l’embouchure de la porte. Joe ferma la porte sans faire de bruit, et glacés d’effroi, lui et Paddy descendirent les escaliers pour enfin revenir au salon. Joe se dirigea directement vers sa jarre à biscuit, la saisi et en sorti un revolver chargé à bloc. Au même moment, on cogna à la porte de l’auberge.


Joe ouvrit la porte pour trouver un vieil homme vêtu d’un long manteau noir et d’un chapeau mou. L'homme s'est présenté sous le nom de M. Steiner, et a dit qu'il avait observé l'oiseau géant entré par la mansarde et, de plus, il affirmait savoir exactement ce qu’était cet « homme-oiseau ». Il finit même par dire qu'il pourrait le tuer. Il y avait quelque chose d'honnête chez le vieil homme à consonance étrangère. Avec un peu d'appréhension , Joe le fit entrer. Peut-être qu'il pourrait vraiment les aider à se débarrasser de la menace aviaire.

Ayant accepté la boisson qui lui a offert, l'étranger s’est mis à raconter une histoire des plus terrifiantes.

Dans un anglais approximatif, Steiner a raconté comment , au XIIe siècle , une longue tempête de neige historique avait presque enterré un village lituanien près de Vilnius. La neige tombée a rapidement durci et n’a pas dégelé avant des mois. Les villageois étaient incapables de sortir chercher de la nourriture. Après avoir mangé toutes leurs réserves d'hiver et des céréales , ainsi que tous les animaux dans les limites du village , les villageois ont dû affronter la faim. Ils étaient presque prêts à recourir au cannibalisme , quand un étrange oiseau gigantesque a atterri au milieu d'eux . Il avait été vu dans la région depuis de nombreuses années et qu’on dit être la réalisation d'un magicien maléfique transformé en un oiseau des centaines d'années auparavant, comme punition pour infliger des atrocités sur les populations de la région .
Maintenant, les villageois affamés ne voulaient qu'une seule chose : de la nourriture. On a vite tiré et lapidé l’oiseau avant de le ficeler. Cependant, l'oiseau n'a pas fini dans la marmite commune. Au lieu de cela, les nobles de la localité ont utilisé la force brute pour réclamer la créature comme le leur, et il a été rapidement rôti sur leur broche, remplissant tout le village avec de délicieux arômes. Cette odeur de viande a bien failli rendre fous les villageois affamés. Un saint homme avertit la famille de ne pas manger la chair de l’oiseau, prédisant qu'ils seraient tous maudits. Avec impatience, la famille affamée a bien écouté parler le vieil homme, mais a finalement mangé l'oiseau quand même.


Les neiges ont finalement fondu et vint le printemps. La plupart des villageois avaient survécu à la grande famine, mais les gens du château ne furent pas aussi chanceux. Ils ont commencé lentement à se transformer en oiseaux géants, des harpies, ces oiseaux avec un appétit impie pour la chair humaine. Ils se sont nourris des malheureux villageois pendant de nombreuses années, malgré que ces derniers essayaient farouchement de se défendre.


Finalement, il a été découvert que les créatures pouvaient être tuées en utilisant des flèches à pointe d'argent et c’est ainsi de l'abattage commença. Mais certains des oiseaux géants parvinrent à s’échapper, et ont subi une métamorphose secondaire, devenant humains à nouveau pendant un certain temps. M. Jones était le dernier descendant de ce clan maudit. Steiner avait suivi tout son chemin jusqu’à Liverpool – Il était prêt à le tuer et ainsi mettre un terme à la malédiction. Le vieil homme a présenté une arme à feu, expliquant qu'il y avait des balles à pointes d'argent dans le chargeur. Il a ensuite grimpé au grenier, accompagné de Joe Turner et Paddy.


Ils ont constaté Jones encore partiellement transformée en oiseau du diable. Sans hésitation, Steiner lui a tiré trois fois à travers le cœur. Des plumes ont virevolté dans la chambre alors que la créature tombait par-derrière, traversant la lucarne, mais parvint à s'accrocher au cadre de la fenêtre à la dernière seconde. Steiner lui tendit la main, et saisit la main griffue du monstre, avant de la tirer à l’intérieur. Mr. Jones, agonisant, se coucha sur le sol et mourut. Devant leurs yeux le cadavre se changea lentement en homme, avant de se désintégrer en un tas de poussière grise.


Jusqu'à sa mort, à la fin des années 1950, Paddy Turner raconta cette histoire à qui voulait bien l’entendre, affirmant que tout cela s’était réellement déroulé. Qui sait ?

 



Copyright © 2004 par Slemen Tom. Tous droits réservés.
Cette histoire reproduite avec la permission de Tom Slemen et traduite de l'anglais par David Magny.

Source: http://www.slemen.com

Retrouvez tous les livres de Tom Slemen en ligne format papier ou ebook.

Dark-Stories.com est partenaire avec Amazon.fr

Acheter depuis nos annonces ou notre boutique apporte un soutien financier au site, merci !

 









Quelques histoires sélectionnées au hasard