L’arracheuse de dents de Huyton

Cette vieille femme veut vos dents...

 

Par une pluvieuse nuit d’avril 2007, une fille de 17 ans nommée Amanda fut tirée de son sommeil en sursaut par un étrange bruit qui résonna dans sa chambre d’une maison de Dinas Lane, dans la banlieue de Huyton en Angleterre. L’adolescente, qui était gothique, s’assit au bord de son lit et scruta la pièce plongée dans le noir. L’obscurité de la chambre était d’autant plus accentuée par le fait qu’Amanda avait récemment repeint les murs de la pièce en noir. Elle ne vit personne, mais elle entendait quelque chose semblable à un murmure accompagné d’un grincement sinistre à la droite de son lit, comme si quelqu’un se tenait debout sur une des lattes du vieux plancher de sa chambre. Amanda tressaillit quand la douleur à sa canine gauche se manifesta. La douleur à cette dent l’avait accompagnée la journée durant, c’est pourquoi l’adolescente avait décidé de se coucher plus tôt ce soir-là, aux alentours des 22 heures, pensant ainsi que la douleur lancinante cesserait. Une fois assurée que personne ne se cachait dans sa chambre – que la jeune gothique avait baptisée son « sanctuaire » - Amanda se lova confortablement dans son duvet moelleux et se laissa doucement sombrer dans le royaume des rêves.


Mais, même dans ses rêves, Amanda pouvait sentir sa dent lui faire mal. Elle rêvait maintenant qu’elle se trouvait au fond d’une épaisse forêt et qu’elle était poursuivie par une vieille femme bossue, entièrement vêtue de noir avec de longs cheveux gris coiffés en chignon.


La vieille femme tenait à la main une paire de pinces et Amanda savait que l’horrible vieillarde difforme en voulait à sa dent cariée. Nue, elle voulut prendre ses jambes à son cou, mais quand elle se mit à courir, le paysage autour d’elle défilait au ralenti. De temps à autre, elle pouvait voir d’étranges visages grotesques l’épier de derrière les arbres. A ce moment précis du rêve, l’une de ces silhouettes surnaturelles jaillit devant Amanda, prête à lui fondre dessus, quand l’adolescente se réveilla en gémissant pour être confrontée à quelque chose d’encore bien plus effrayant que les créatures de son rêve, quelque chose qui défiait toutes les lois du rationnel.


Une vieille femme au visage sévère et anguleux, un nez crochu, des yeux d’une noirceur impénétrable et un menton pointu était penchée au dessus du lit d’Amanda. Elle tenait dans sa main une paire de pinces qui serraient une dent maculée de sang. L’adolescente ressentit une douleur abominable dans sa bouche. Elle fit glisser le bout de sa langue dans tous les recoins de sa bouche et sentit le goût salé du sang quand sa langue passa sur le trou dans sa gencive bouffie qu’avait laissé la dent qui la faisait souffrir auparavant qui venait de lui être arraché. La vieille femme, qui avait une bosse dans le dos, laissa alors échapper un gloussement strident et Amanda, choquée et terrassée par la douleur buccale, envoya son poing frapper la vieillarde en plein visage qui, surprise, poussa un petit glapissement tout en regardant l’adolescente avec des yeux étonnés.

« MAMAN !!! » cria Amanda. « PAPA !!! » hurla-t-elle encore en sautant de son lit et en commençant à jeter ce qui lui tombait sous la main à la vieille femme.

Le premier missile que lui jeta l’adolescente était un vieux radioréveil qui rebondit sur la tête de l’énigmatique intruse toute fripée. La vieille femme cria quelque chose puis courut se cacher dans un coin de la pièce peinte en noir, trouvant refuge dans un petit espace entre le mur et la garde-robe. Au même instant, la porte de la chambre s’ouvrit avec fracas et le père d’Amanda fit irruption dans la chambre en allumant la lumière. L’adolescente raconta à son père ce qui lui était arrivé et exhorta ce dernier de regarder dans l’espace entre le mur et la garde-robe. Le père s’exécuta précautionneusement, mais ne trouva rien à l’endroit indiqué par sa fille.

« Tu as de toute évidence fait un cauchemar ma chérie » lui dit-il pour l’apaiser, mais Amanda lui rétorqua que ce ne pouvait absolument pas être le cas et elle ouvrit grand la bouche pour montrer à son père le trou laissé par la dent manquante. La mère de l’adolescente fit son entrée dans la chambre et, à l’écoute de la lugubre histoire de sa fille, elle suggéra qu’Amanda s’était elle-même arraché la dent dans son sommeil sans s’en rendre compte. L’adolescente était furieuse en écoutant les explications de sa mère. « Ce n’est pas moi ! » protesta-t-elle en montrant son duvet maculé de taches de sang. Le père examina le sol, mais il ne trouva aucune trace de la dent manquante de sa fille. La dent ne fut jamais retrouvée et, quelques semaines plus tard, Amanda se rendit chez le dentiste qui lui implanta une fausse canine pour combler le trou dans sa dentition.

Ce qu’Amanda et ses parents ignoraient, c’est que des incidents similaires où des dents avaient été arrachées s’étaient déjà produits dans le quartier de Huyton dans les années 1930 et, plus récemment, deux faits répertoriés s’étaient produits sur Lincombe Road, une rue voisine de Dinas Lane, en 1978.

 

 
L'arracheuse de dents : [estampe] / Jean Veber - Bibliothèque Nationale de France

 

D'autres victimes de la mystérieuse femme


Un jour de mars 1978, une dame se réveilla une nuit et trouva une vieille femme aux cheveux blancs et habillés d’une longue robe noire penchée sur le lit de sa petite fille âgée de 4 ans. L’enfant pleurait et quand la mère poussa un hurlement à l’attention de la vieille femme, cette dernière se volatilisa. Quand la mère alluma la lumière, elle vit la petite fille sangloter avec sa main dans la bouche. Une de ses dents avait disparu.

Il y a des siècles de cela, certaines sorcières utilisaient les dents de lait des enfants pour leurs sortilèges.

Au mois de septembre de cette même année, toujours à Lincombe Road, le grand-père d’un jeune homme dont on fêtait les 21 ans, était de visite chez la famille à cette occasion. Il n’avait plus qu’une seule dent qui tenait encore à sa mâchoire, raison pour laquelle on se moquait volontiers de lui. Le vieil homme, qui se prénommait Jeffrey, avait un peu trop arrosé l’événement et s’était retiré dans la chambre d’ami vers les 3 heures du matin.  Son ex-épouse lui avait maintes fois demandé de faire arracher cette dent et de porter un dentier, mais Jeffrey était terrorisé par les dentistes, et les aiguilles en particulier. Ce soir-là, Jeffrey était tellement ivre qu’il se laissa choir sur le lit sans prendre la peine de se déshabiller et il sombra presque aussitôt dans un sommeil salvateur.


À peine un quart d’heure plus tard, il fut réveillé par la sensation d’une main glacée sur son torse et que des doigts squelettiques et tout aussi froids tiraient sur son unique dent.


Alors qu’il plissait les yeux dans l’obscurité de la chambre, il devina la silhouette d’une vieille femme aux cheveux blancs occupée à tirer sur sa dent solitaire. Jeffrey tenta de se redresser, mais la vieille femme semblait dotée d’une force surhumaine qui maintenait le grand-père cloué au lit d’une main pendant que l’autre était aux prises avec la fameuse dent. Jeffrey tenta de hurler, mais ses cris s’étouffèrent dans les doigts décharnés de la vieille femme dans sa bouche. Jeffrey ressentit alors une violente douleur en même temps qu’il sentait sa dernière dent prête à se détacher de sa mâchoire. Sous le coup de la douleur, Joffrey réussit à pousser la vieille femme qui tomba au pied du lit en poussant un cri perçant. La vieille souriait dans une abominable grimace, révélant au passage qu’elle aussi n’avait qu’une seule dent à la mâchoire. Jeffrey cracha au visage de la mégère et il remarqua alors que sa salive était en grande partie du sang. Quelques instants plus tard, la porte de la chambre s’ouvrit en trombe et Jeffrey vit y entrer son fils et son neveu.


Ils allumèrent la lumière et virent Jeffrey trébucher de son lit, du sang coulant de sa bouche. Le grand-père leur raconta l’histoire confuse d’une vieille femme qui lui aurait arraché sa seule et unique dent, mais le fils de Jeffrey vit que la dent en question était toujours à sa place, bien que menaçant de tomber à tout moment. Puis Jeffrey se gargarisa, prit une aspirine et s’envoya deux verres de whiskey d’une traite pour enrayer la douleur de sa dent disloquée. Il finit par rire de ‘‘l’étrange cauchemar’’ qu’il venait de faire et, une heure plus tard, le grand-père avait rejoint la chambre d’ami où il s’endormit aussitôt grâce aux effets mélangés du whiskey et de l’aspirine.


Vers 5h15 du matin, la sorcière était de retour. Jeffrey ressentit une nouvelle fois la familière sensation d’une main froide sur sa poitrine qui le plaquait contre le matelas pendant que le pouce de l’autre main faisait pression sur sa dent qui, cette fois, fut totalement arrachée. Le grand-père hurla de douleur. Même l’aspirine et le whiskey ne pouvaient anesthésier la douleur virulente d’une extraction aussi brutale. L’effrayante vieille femme se révéla curieusement agile pour son âge canonique puisqu’en l’espace d’un battement de cils elle disparut dans la pénombre de la chambre, mais Jeffrey pouvait encore entendre son ricanement sinistre tout près de lui. Il poussa un hurlement à s’en déchirer les cordes vocales, si bien qu’il était maintenant complètement aphone.


Quelques secondes s’écoulèrent avant que Kerry, la petite-fille de Jeffrey, âgée de 18 ans, n’entra précipitamment dans la chambre et alluma la lumière. Le grand-père, dressé sur son lit et se tenant le visage dans les mains, essaya d’expliquer à sa petite-fille ce qui venait de se produire, mais, pour une raison étrange, Kerry tremblait de tout son corps et tira énergiquement Jeffrey par le bras pour le faire sortir de la chambre. Les autres membres de la famille arrivèrent au moment où Kerry était en train de refermer la porte de la chambre d’ami avec empressement. Quand tout le monde arriva à sa hauteur, elle leur dit :

« Elle est toujours là, je l’ai vue !! »

Le père de Kerry la dévisagea d’un air narquois et voulut ouvrir la porte, mais sa fille l’arrêta dans son élan :

« Non papa ! Ne fait pas ça, elle est horrible !!! »

Son père – le fils de Jeffrey donc – ne tint pas compte de l’avertissement de Kerry et ouvrit tout de même la porte. Il ne trouva aucune « vieille intruse habillée d’une longue robe noire » comme le lui avait dit sa fille, mais il régnait une délicate odeur douceâtre dans la pièce qui resta perceptible les jours qui suivirent. Kerry leur expliqua qu’elle s’était ruée dans la chambre après avoir entendu le hurlement de son grand-père et qu’elle avait alors vu une étrange vieille femme toute de noir vêtue, retranchée dans un coin entre la garde-robe et la bibliothèque. Kerry ne l’avait pas tout de suite remarquée, se n’était qu’en aidant son grand-père à sortir de la chambre que son regard avait croisé celui de l’étrange créature. Quand cette dernière avait réalisé que Kerry l’avait vue, elle avait lancé à la jeune femme un regard menaçant qui habiterait ses cauchemars pour des années.

Comme dans l’étude d’autres cas similaires où m’ont conduit mes recherches pour écrire ce texte, la dent de Jeffrey ne fut jamais retrouvée.

Soit dit en passant, les témoignages du « Syndrôme de la Vieille Sorcière » viennent régulièrement augmenter le nombre d’incidents dans cette région.



Faites de beaux rêves !

 


Copyright © 2010 par Tom Slemen. Tous droits réservés.
Cette histoire reproduite avec la permission de Tom Slemen et traduite de l'anglais par Damien Duroussel

Source: http://www.slemen.com

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