Le chalet hanté

Une histoire racontée par Danielle Goyette



 



Nous sommes en plein cœur du mois d’août. Diane se fait une joie de partir enfin en vacances en famille. Ils ont loué un superbe chalet lové dans un lieu isolé et féerique en montagne, non loin d’un petit village charlevoisien. La paix. La sainte paix!

 

À leur arrivée, Diane remarque sans trop en faire de cas qu’un cimetière désaffecté se trouve tout à côté du chalet. À vrai dire, pour accéder au chalet, il faut carrément contourner ce lieu de sépultures. Étrange quand même… La famille va bientôt découvrir que, lorsqu’ils pataugent dans la piscine hors terre, ils ont même vue sur les pierres tombales qui ponctuent l’endroit. Plutôt troublant… Mais bon, Diane ne s’en formalise pas plus que cela. Pourtant, elle le devrait peut-être…

« J’ai eu l’impression que les autorités avaient même déplacé des pierres tombales situées trop près du site du chalet. Mais bon… je me disais que ce ne devait être qu’une impression. »

Au moment de la visite initiale du chalet qui s’était conclue par la location, la jeune dame avait aussi remarqué un détail étonnant.

« Nous connaissions un peu le propriétaire du chalet et je me doutais qu’il ne devait pas être un catholique pratiquant. Pourtant, en pénétrant dans la chambre à coucher des maîtres, j’ai constaté l’étrange présence d’un gros crucifix accroché au miroir de la commode. Ça m’a bien surprise. Mais j’ai vite oublié cela, car on a tout de suite eu un coup de cœur pour les lieux. Le chalet était superbe, bâti sur pilotis avec de grandes fenêtres. Sa construction ronde faisait en sorte qu’une galerie l’enserrait tout le tour. C’était si beau, on avait une très belle vue sur le fleuve et on était tout seuls dans ce bois. On a tout de suite décidé de le louer pour les vacances d’été. »

 

 

Une sensation insupportable

 

Dès son arrivée, après s’être installée, la famille de Diane décide de partir à la découverte des lieux. Un petit bâtiment à 30 mètres derrière le chalet attire leur attention.

« C’était comme un petit chalet d’enfant. On est donc entrés à l’intérieur. C’était mignon, il y avait une petite table, deux petits lits… Mais soudain, instantanément, j’ai eu un malaise. Je ne me sentais vraiment pas bien. Mon conjoint a lancé sur un ton enjoué : "Hé les gars, vous pourriez même avoir votre propre chalet…" Mais les gars lui ont répliqué aussitôt, mal à l’aise : "Non papa, on n’a pas envie de coucher ici." Je me suis alors dit dans mon for intérieur qu’ils avaient probablement perçu la même chose que moi. »

Les vacances démarrent joyeusement. Il fait beau, tout le monde est heureux, on s’amuse. La première journée se déroule dans la bonne humeur. La jeune famille se couche comblée ce soir-là, contente de ce super début de vacances. Mais pour Diane, la première nuit ne sera pas de tout repos.

 

Des pas étranges

 

Le couple dort dans la chambre fermée au rez-de-chaussée, les deux adolescents dans des lits aménagés sur la mezzanine et le plus jeune sur le canapé-lit du salon. Pour Diane, le sommeil ne vient pas. Elle nous raconte.

« Les premières nuits où je dors ailleurs, j’ai toujours du mal à trouver le sommeil. J’écoute les bruits, je tourne dans le lit. Le sommeil ne vient pas comme d’habitude. Cette nuit-là n’a pas fait exception. Ça faisait quand même un bout de temps que nous étions couchés, j’étais certaine que tout le monde dormait, sauf moi. Le réveil marquait 23 h 30. Puis, soudain, j’ai entendu des pas sur la galerie extérieure. Les pas de plus d’une personne. J’étais certaine que c’étaient des bruits de pas faits par des talons de chaussures et non par des pattes d’animaux car le son n’est pas le même. Ils semblaient être plusieurs. Comme s’ils faisaient le tour de la maison sur la galerie.

Plus ils s’approchaient de notre fenêtre de chambre, plus le son s’amplifiait.

De mon lit, j’ai soulevé le rideau pour voir à l’extérieur, mais il faisait tellement noir que je n’y voyais absolument rien. Puis, les sons se sont estompés comme ils étaient venus. Malgré tout, je ne me suis pas levée pour aller voir. Je n’avais pas peur, cela ne m’a pas inquiétée. Je me souviens même m’être dit que ce devait être des esprits du cimetière juste à côté. Et je suis tombée endormie. Le lendemain, je n’en ai pas parlé à mon conjoint, sachant très bien qu’il ne me prendrait pas au sérieux.»

Diane garde donc cette mésaventure nocturne pour elle, pour ne pas alarmer ses fils et ne pas embêter son conjoint qui risque fort de se moquer d’elle de toute façon. Elle décide de tenir ça… mort, se disant que c’est du passé, que ça ne risque pas de se reproduire et que les prochaines nuits, elle va certainement dormir à poings fermés.

 

« Ils » récidivent

 

Le soir suivant, Diane se glisse à nouveau au lit, convaincue de s’endormir rapidement. Pourtant, alors que tout le monde dort, elle a toujours les yeux grands ouverts. La tranquillité ne dure pas longtemps. Ses visiteurs nocturnes se manifestent encore et de façon plutôt inquiétante cette fois-ci.

« Vers minuit, de violents coups sont frappés sur le mur intérieur du garde-robe de notre chambre. C’était subit et intense! Mon conjoint endormi avait les mains autour de ma taille. Je ne voulais pas bouger, car je pensais qu’il dormait. J‘ai quand même dit tout haut :

"Mais  qu’est-ce  qui  se  passe  encore?"  Les  coups,  eux,  redoublaient  d’ardeur.

C’étaient vraiment comme de gros coups de poing sur le mur. Mon conjoint m’a secouée légèrement pour voir si je dormais. J’ai répliqué tout de suite : "Tu ne dors pas, toi non plus?" "Non…" Et il m’a demandé aussitôt : "Qu’est-ce qu’on entend?" Je lui ai répondu : "Je n’en ai aucune idée." Il entendait les coups lui aussi! Au même moment, les coups se sont rapprochés de nous, résonnant sur le mur entre la chambre et le salon, au pied de notre lit. Le mur vibrait tellement, c’était impressionnant et les coups s’amplifiaient de plus en plus. Mon conjoint s’est levé brusquement en lançant : "Mais c’est quoi cette affaire-là?"

Il a aussitôt allumé la lumière dans la chambre et tout s’est arrêté sur-le-champ. On s’est regardés, intrigués, en s’interrogeant du regard. Je lui ai alors parlé des pas entendus la veille autour du chalet. On s’est entendus pour ne pas en souffler mot aux garçons pour ne pas les effrayer pour rien. Quant à moi, étrangement, je ne ressentais toujours pas de peur. J’étais plutôt curieuse de savoir ce que ce pouvait bien être. Mon mari, lui, ne voulait plus en parler. On allait oublier ça, tout simplement. Allez! Au lit et bonne nuit. »


De lugubres regards

 

Les soirées d’août sont douces. Le lendemain soir, la famille en profite pour se faire un beau feu de camp. Mais Diane ressent toujours quelque chose.

« Assise dehors près du feu, je peux dire que je me sentais vraiment mal à l’aise. J’avais beau me dire de ne pas m’en faire, que tout ça n’était rien de grave, j’avais le troublant sentiment que des yeux nous observaient dans la nuit. Des yeux tout autour de nous. C’était lourd. Je me souviens avoir même dit à mon conjoint : "Rentrons dans le chalet, je ne suis pas bien dehors en pleine noirceur." Je nous sentais vraiment épiés, c’était désagréable. Mais je n’ai toujours rien aux garçons. J’ai prétexté qu’il était temps de rentrer et on a terminé la soirée à l’intérieur du chalet. »

 

Les ombres de la nuit

 

En vacances en famille, le couple respecte toujours un certain rituel amoureux. Ils s’offrent une soirée en tête-à-tête dans un restaurant des environs, alors que le plus grand garde les deux plus jeunes. Ils ont déjà planifié faire de même au cours de ces vacances. Mais bon… Une certaine inquiétude envahit soudain Diane à l’idée de laisser ses fils seuls au chalet. Et si les phénomènes reprenaient de plus belle? Mais comme ils ne se manifestent qu’à la nuit tombée, Diane se rassure.

« Je me suis dit, nous n’avons qu’à revenir au chalet avant la nuit et tout sera ok. J’ai donc informé le plus vieux de notre heure de retour, lui rappelant que, s’il y avait quoi que ce soit, il avait notre cellulaire et le numéro de téléphone du restaurant. Je n’avais donc pas de crainte à avoir. En tout cas, j’essayais de m’en convaincre. Le restaurant n’était situé qu’au village voisin, à quelques minutes du chalet, et nous nous étions promis de revenir avant 21 heures. Quant aux gars, ils étaient particulièrement contents d’avoir une soirée juste à eux. Je suis donc partie presque sans inquiétude. »

 

Drame au chalet

 

De part et d’autre, la soirée se déroule bien au départ. L’aîné met le plus jeune au lit vers 20 h. Il joue aux cartes avec son autre frère, ils s’amusent. De leur côté, Diane et son conjoint apprécient aussi cette belle soirée en amoureux. La table est délicieuse, tout est parfait… jusqu’à ce que Diane commence à se sentir mal.

« Il était 20 h 30, la pénombre s’installait. J’ai exprimé à mon conjoint mon impression qu’il faut absolument retourner au chalet, là, tout de suite. Je me sentais inquiète et je ne savais pas pourquoi. J’ai demandé l’addition au serveur pendant que mon conjoint, lui, tentait plutôt de me convaincre d’aller flâner un peu sur le quai. Mais pour moi, il n’en était pas question. Je savais, je sentais que nous devions retourner là-bas à l’instant même. Pourquoi? Ça, par contre, je ne le sais pas encore! »

Il est 20 h 45. La nuit tombe ainsi doucement. Diane est toujours animée du même sentiment d’urgence. Elle convainc enfin son conjoint de rentrer. Dès que le chalet est en vue, ils aperçoivent le faisceau d’une lampe de poche qui s’agite à l’intérieur dans tous les sens.

« Mon conjoint a lancé qu’en s’amusant ainsi avec les lampes de poche, les enfants allaient malheureusement mettre les piles à plat. Moi, je sentais bien que ce n’était pas du tout un jeu. En s’approchant de plus près, on a vu clairement le cadet qui se démenait depuis le chalet à éclairer ce qu’il entendait dehors… mais ne voyait pas! Et je me suis soudain rappelé les mystérieux bruits de pas entendus quelques jours auparavant sur la galerie. »

 

Les murs tremblent

 

Diane descend de la voiture en vitesse et se précipite à l’intérieur du chalet. Son fils lui dira plus tard que les sons avaient cessé brusquement dès leur arrivée. Mais pour l’instant, le pauvre a plutôt les yeux pleins de larmes, il tremble comme une feuille, il bafouille des sanglots au téléphone cellulaire et son frère pleure lui aussi, alors que le plus jeune dort encore. Totalement bouleversés, les deux adolescents racontent à leurs parents.

« C’était infernal. On a commencé à jouer aux cartes, quand Pacha [leur chien] qui dormait à nos pieds, s’est levé tout d’un coup et s’est mis à courir d’une fenêtre à l’autre, s’arrêtant devant la porte, retournant aux fenêtres. Nous, au début, on entendait rien. Il est clair que Pacha sentait quelque chose et pas nous.

Puis là, on s’est mis à avoir peur. Surtout quand on s’est mis à entendre des pas sur le balcon. Mais on ne voyait toujours personne. Maman, Papa, c’était tellement paniquant! C’était comme s’il y avait plein de monde sur le patio. Pourtant, on ne voyait toujours rien dehors. On ne les voyait pas! On avait beau utiliser la lampe de poche pour éclairer à l’extérieur, ça ne donnait rien. Puis ensuite, les murs se sont mis à trembler, à trembler tellement, tout tremblait, on avait peur que le chalet s’écroule, ça n’avait pas d’allure… »

Même le plus jeune de cinq ans, maintenant éveillé, va alors demander à sa mère : « Maman, les murs, pourquoi ils ont bougé? » Lui aussi a été témoin du mystérieux phénomène.

 

Ça dérape

 

Diane demande alors à son plus grand à qui il parlait au cellulaire. « J’étais avec la SQ [Sûreté du Québec], mais j’ai perdu la ligne, la ligne a été coupée. Comme vous aviez quitté le restaurant, j’ai appelé Mamie à Québec qui m’a dit d’appeler la SQ. » Oups, là, la jeune mère trouve que ça commence à déraper un peu trop… Elle demande donc tout de suite à ses fils de se calmer et elle donne ensuite un coup de fil à sa mère, super inquiète, pour lui dire que tout est ok, qu’ils sont rentrés au chalet, de ne plus s’en faire. « Puis j’ai rappelé la SQ. L’agente m’a expliqué que la ligne avait soudainement été coupée et qu’ils essayaient de retracer l’appel depuis.

Et elle m’a tout de suite demandé : "Vous n’avez plus peur, tout est ok?" Et en souriant, je lui ai dit que tout était absolument sous contrôle, que ce n’était qu’une fausse alerte et je me suis excusée auprès d’elle. Il fallait absolument apaiser tout ça, totalement, tout de suite.

Puis, après que le calme a été bien rétabli, j’ai dit aux enfants : "Papa et Maman sont là, il ne se passera plus rien cette nuit, je vous le promets. On se couche et on dort."

Moi, de mon côté, je n’avais qu’une idée en tête. Le lendemain, nous allions aller faire un tour au cimetière tous ensemble, pour faire la paix une fois pour toutes avec les résidants de l’endroit! »

Tous les membres de la famille ont fini par s’endormir, la fatigue ayant eu le dessus sur toute cette aventure. Le lendemain matin, dès le petit déjeuner terminé, Diane explique à ses fils que la famille va maintenant aller visiter le cimetière pour apprivoiser les lieux.

« On s’est ainsi promenés entre les pierres tombales, doucement, sans crainte. On regardait les noms sur les vieux monuments, on les lisait tout haut, on se présentait ainsi à eux. Je me disais que ce serait peut-être une certaine façon de faire la paix avec ces êtres. Puis, soudain, je me suis arrêtée devant une pierre dont l’épitaphe a attiré mon attention. C’était le nom d’un ancien écrivain bien connu1. C’était aussi par un curieux hasard le nom de la rue de l’école primaire de mes garçons. J’ai proposé à mes fils de s’approcher de cette pierre et on a salué ensemble cette personne décédée… "Bonjour à vous, on vous connaît, votre nom a été donné à une rue tout près de chez nous, la rue de notre école." Je voulais ainsi que les défunts sachent que nous étions gentils, pas menaçants, qu’on ne leur voulait aucun mal, qu’on ne voulait pas les déranger, ni envahir leur univers… Eh bien… croyez-le ou non, ça a été fini après ça! On n’a plus vécu aucun autre phénomène étrange pour tout le reste de notre semaine de vacances. Néanmoins, quand mon frère et sa conjointe sont venus nous rendre visite le mercredi soir, les deux plus vieux nous ont demandé de repartir à Québec avec eux. Ils n’avaient plus envie de rester là, ils n’avaient plus de plaisir. On les a donc laissés partir. Mais plus rien d’inquiétant n’est survenu par la suite. Je pense qu’on a vraiment réussi à faire la paix avec les esprits des lieux. Ça semblait évident.

Fait amusant, le dernier soir de nos vacances, on est tombés sur une émission de Claire Lamarche intitulée Comment entrer en contact avec les êtres de l’au-delà. Je me suis dit, ben là, c’est vraiment le thème de nos vacances ! On y expliquait que certaines personnes pouvaient être plus sensibles à des manifestations du genre…

Je n’avais vraiment pas besoin d’écouter cette émission pour savoir que je faisais partie de ces gens! Et les jours qu’on venait de vivre me le confirmaient clairement! »

 


Hanté hors de tout doute

 

Dès leur retour, Diane a bien l’intention de glisser un mot de leurs mésaventures au propriétaire. Sans rentrer dans les détails, elle espère bien sonder le terrain. Après tout, il n’a peut-être pas suspendu un crucifix dans la chambre pour rien! Mais le conjoint de la jeune femme préfère qu’ils s’abstiennent, de peur de l’inquiéter ou de passer pour des gens bizarres. Or, trois ans plus tard, alors qu’ils participent à la même soirée, Diane voit l’opportunité de lui en glisser un mot. Elle se dit qu’au pire, il rira d’elle… avec elle! Diane sait aussi qu’il a vendu le chalet depuis et qu’ainsi, il se sentira certainement moins concerné. À dire vrai, étrangement, le lieu a souvent changé de propriétaire. Elle s’approche donc de lui.

« J’aimerais bien vous poser une petite question. Vous permettez? Dites-moi, le chalet que nous vous avions loué en août 2000, avez-vous entendu dire qu’il s’y passait des choses un peu… spéciales? Il me regarde d’un drôle d’air et réplique : "Des choses? Quel genre de choses?"

"Disons des choses qui ne se passent habituellement pas ailleurs…" Et soudain, il s’est levé de sa chaise, c’était évident qu’il tentait d’éviter la question et il m’a lancé:

"Vous savez, tout se peut dans la vie!" Et il m’a tourné le dos et s’en est allé aussitôt sans rien ajouter. Pour moi, pourtant, c’était clair, il venait de me confirmer que ce chalet était vraiment hanté. Je n’avais plus l’ombre d’un doute. Nous avions vécu quelque chose de totalement bizarre dans ce chalet, et j’étais maintenant convaincue que nous n’avions pas été les premiers, et que nous ne serions peut-être pas les derniers!

Quelques mois après notre séjour à ce fameux chalet, mon fils a fait une composition à l’école intitulée Mon chalet hanté. Il faut croire qu’il a été très convaincant, car son professeur lui a donné 95 %! »

 

 


1. Nom anonyme pour éviter que ce cimetière et le site du chalet soient ainsi localisés.

 

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Chapitre extrait du livre « Fantômes et esprits errants» - Collection Québec Insolite de Danielle Goyette, publié Éditions Michel Quintin, 2011, p. 37-49. © Michel Quintin.
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