Gascon Monbars : l'Exterminateur

Biographie et anecdotes sur ce pirate légendaire


 

Monbars est un gentilhomme du Languedoc, dans le sud de la France. Adolescent, Monbars dévorait les livres du père jésuite Las Casas, le défenseur des Indiens d'Amérique, et on dit qu'à chaque page il s'écriait : maudits Espagnols ! À l'école, jouant dans une comédie, il passe près d'étrangler un confrère de classe qui tenait le rôle d'un noble Espagnol.

 

Un peu plus tard, la guerre éclate entre la France et l'Espagne, Monbars obtient d'un oncle capitaine corsaire qu'il le prenne à son bord. Et le voilà en route pour les Antilles ! A chaque voile aperçue, Monbars s'excite : «Est-ce un Espagnol ?». Quand enfin on finit par en rencontrer un, son oncle fait enfermer Monbars dans une cabine: «Il se ferait tuer! Il est complètement fou!» se dit l'oncle. Dès l'abordage, Monbars enfonce la porte et se jette dans la mêlée, comme un furieux. Il massacre tellement d'ennemis que les matelots s'exclament : «C'est l'ange exterminateur.»

Il ne faut pas imaginer le joli teint rose d'un ange blond. Oexmelin décrit Monbars comme un colosse, brun de poils, avec d'énormes sourcils broussailleux. Monbars descend à l'île de la Tortue, où son oncle fait escale pour écouler son butin.

 


«Nos affaires ne vont pas du tout, disaient ces hommes. Les Espagnols viennent de plus en plus souvent du centre de l'île, ils profitent de ce que nous sommes à la chasse pour dévaster nos boucans. Il faudrait organiser une expédition contre eux.»

À ce moment, Monbars a dix-sept ou dix-huit ans. On peut imaginer que les boucaniers commencent par le regarder de travers quand il propose de diriger une expédition punitive envers les ennemis des boucaniers. Monbars obtient quand même ce qu'il veut. Il se rend avec les boucaniers à Hispaniola, combat avec eux, tue des Espagnols, délivre leurs esclaves indiens, se fait acclamer par les boucaniers étonnés de s'être trouvés un chef aussi terrible. Son rêve d'adolescent est réalisé : il venge le génocide des Indiens d'Amérique. Il s'est fait justicier.

Par la suite, Monbars devient capitaine d'un navire pourvu d'un équipage d'Indiens et d'esclaves évadés, dévoués jusqu'à la mort. Quand il capture un navire espagnol, il jette tout ce qu'il porte à la mer. Pas de quartier pas de butin, et il en sera ainsi dans tous ses combats, terrestres ou maritimes. Il devient vraiment Monbars l'exterminateur.

Monbars n'est vraiment pas un tendre avec ses ennemis. Il rivalise avec l'Olonnais dans l'invention des tortures les plus horribles. C'est lui qui aurait eu l'idée d'ouvrir le ventre à des prisonniers, d'en tirer l'extrémité de l'intestin, qu'on cloue à un arbre. Puis, en mettant une torche aux fesses du prisonnier déjà très mal en point, on l'oblige à reculer, dévidant ses tripes. Une façon de mourir vraiment horrible qui amusait beaucoup les flibustiers de Monbars. Faut dire qu'à l'époque, les pauvres flibustiers n'avaient ni télévision, ni radio, pas même de walkman, et qu'il leur fallait bien se désennuyer.

Disons aussi que la description, souvent méticuleuse, des atrocités soi-disant inventées par Monbars sont les mêmes qu'on pratiquait en Europe et ailleurs, selon les chroniqueurs espagnols des XVIIe et XVIIIe siècles. Ce sont peut-être des exagérations visant à justifier la haine des pirates. Les récits ou dessins de cette époque marquée de nombreuses guerres nationales et religieuses ont souvent pour but de montrer à quel point les autres sont abominables. Il est bien difficile aujourd'hui de trancher entre vérité et propagande.

Quand même, nombre de faits rapportés sur Monbars sont sûrement très réels, mais tout le personnage baigne dans une chronologie imprécise, jusqu'au jour inconnu où, on ne sait même pas l'année exacte, appareillant une dernière fois de La Tortue avec son équipage d'Indiens fidèles, il disparaît à jamais, corps et biens.

 

La fiancé de Gascon Monbars, dit l'Exterminateur

 

Pour les Frères de la Côte, comme les boucaniers et les pirates s'appelaient eux-mêmes, l'argent était vite gagné et vite dépensé. Le butin allait au jeu, à la taverne et aux prostituées. L'une des belles de nuit les plus célèbres était alors Lisette Sucre. D'une part ses faveurs étaient les plus recherchées, de l'autre elle était la maîtresse du célèbre Gascon Montbars, surnommé l'« Exterminateur» pour sa cruauté et ses méthodes sanguinaires. Au combat, il ne faisait jamais de quartier. Bien souvent, sa seule apparition suffisait à lui assurer la victoire avant même que la bataille ne s'engage. Son visage était en partie caché par d'énormes moustaches et par des sourcils dont chacun était aussi fourni que les moustaches elles-mêmes.

 

Lorsque Montbars était parti en opérations, le commerce de Lisette était prospère. Elle portait au cou, au bout d'une chaîne d'or, la clef d'un lourd coffre de fer qu'elle cachait chez elle, bardé de chaînes et de barres de fer pour plus de sûreté. On disait que ce coffre contenait une petite fortune en or et en argent. Lisette, qui avait été déportée de France pour avoir exercé la prostitution, espérait y rentrer un jour la tête haute, fortune faite. Pendant les absences de Montbars, Lisette grossissait son magot, mais, lorsque 1'« Exterminateur » revenait dans l'île, tous ses clients s'éloignaient. Et malheur à celui que Montbars trouvait avec Lisette s'il rentrait à Tortuga sans crier gare.


Un soir qu'il revenait ainsi à l'improviste, son navire se trouva encalminé à plusieurs milles au large. Montbars regagna la terre à la rame, sans être signalé. Ignorant que son amant était de retour, Lisette recevait deux canailles, Pied-de-Lièvre, ainsi surnommé pour sa vivacité dans la fuite en cas d'urgence, et Cœur-d'Andouille, connu lui aussi pour son courage très relatif.


En pleine nuit, et sans être annoncé, Montbars fit une entrée fracassante dans le boudoir de sa maîtresse. Il y trouva les deux vauriens avec elle, et dans une position sans équivoque. Il fut saisi d'une telle colère que Lisette et ses deux clients s'enfuirent chacun dans une direction, tout nus tous les trois, à l'exception de Lisette, vêtue de sa chaîne d'or et de sa clef.


On ignore lequel des trois le boucanier à moustaches choisit de poursuivre. Quoi qu'il en soit, le lendemain matin, Lisette fut retrouvée pendue à un palmier. La clef avait disparu de son cou et l'on pensa d'abord que Montbars avait exécuté sa maîtresse - ce qui causait bien du regret à ses clients -, mais l'enquête démentit cette première hypothèse.


Ses deux clients, s'estimant volés de leur nuit de plaisir, revinrent la soirée suivante chez Lisette pour récupérer leur mise de fonds. Avec intérêts, puisqu'ils emportèrent le coffre de fer où Lisette enfermait ses gains. Ils traînèrent le coffre jusqu'à la mer, le hissèrent dans un canot et ramèrent jusqu'à Haïti. Là, avec un équipage de complices, ils s'emparèrent d'un vaisseau à l'ancre et mirent le cap au large. Ils se dirigeaient vers Nassau, dans les Bahamas, qui était alors un autre repaire de pirates. Mais les deux complices et leur équipage de forbans ne devaient jamais y arriver. Le navire disparut avec tous les hommes à bord, quelque part entre Haïti et Nassau, probablement dans le passage de Crooked Island, en plein Triangle des Bermudes.

 

Cette histoire est tirée des mémoires de Louis Adhémar Timothée Le Golif, capitaine de boucaniers

 

 

 

Winer, Richard, 1975. Le nouveau dossier du Triangle des Bermudes. Editions Select.
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Sources et autres références:

en.wikipedia.org

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