Le Béhémoth

Considéré comme un gigantesque monstre,
il ne peut être dompter que par Dieu




 

 Le Béhémoth, tel que imaginé par Chris Rahn
Le Béhémoth, tel que imaginé par Chris Rahn

 

C'est dans le livre de Job ( 40:15-24 ), l'un des plus anciens livres de la Bible, qu'apparaît le Béhémoth. Cet ouvrage, écrit en prose, est considéré comme « l'un des livres les plus difficiles de la Bible ». Dans ce dernier, Béhémoth est décrit comme étant une gigantesque créature qui ne peut être vaincue que par Dieu. Cette observation vient du fait que le nom Béhémoth, en Hébreu biblique, le présente comme la plus grande et puissante créature terrestre. Cette description a poussé certains créationnistes à prétendre que Béhémoth serait un dinosaure de l'ère biblique. Dans la religion juive, le Béhémoth est représenté comme un monstre primitif de la terre, un symbole de chaos.

Voici l'extrait en question, tiré du livre de Job 40:15-24 :

Regarde donc: voici Béhémoth. Je l'ai créé tout aussi bien que toi.
Comme le bœuf, il se nourrit de l'herbe.

Vois quelle force réside dans sa croupe!
Quelle vigueur dans ses muscles des flancs!

Il plie sa queue, solide comme un cèdre.
Et les tendons sont tressés dans ses cuisses.

Ses os ressemblent à des barreaux de bronze,
son ossature à des tasseaux de fer.

C'est le chef-d'œuvre de Dieu, son créateur
qui lui impose le respect par le glaive.

Des monts entiers produisent son fourrage,
là où s'ébattent les animaux sauvages.

Il dort à l'ombre, caché dans les lotus,
sous le couvert des roseaux du marais.

Il est couvert par l'ombre des lotus,
les peupliers du torrent le protègent.

Si l'eau déborde, il ne s'en émeut pas.
Si le *Jourdain se jette dans sa gueule, il reste calme et en sécurité.

Va-t-on le prendre à face découverte
et l'entraver en lui perçant le mufle?


Plusieurs chercheurs et interprètes, moins imaginatifs, affirment que c'est un hippopotame du Nil qui décrit dans les v.16-24 et ce dans un langage poétique et hyperbolique. Avec les années et les nombreuses traductions, le nom en est venu à désigner toute bête de grande taille et/ou puissante. Un rorqual est donc parfois qualifié de béhémoth marin, ce qui est un contresens au vu de l'origine du nom.

Dans la religion juive, il représente le démon et le mal. Son apparence est imprécise et les descriptions historiques, présentées hors des saintes Écritures, en font un monstre titanesque, un taureau gigantesque, un hippopotame énorme ou un rhinocéros. Dans un livre apocryphe d'Énoch, Béhémoth est un mâle, et sa compagne est le Léviathan, Dieu s'étant repenti de les avoir créés. Selon une tradition rabbinique, Béhémoth et Léviathan sont réservés pour le festin des justes qui aura lieu à la fin du monde.

 


Béhémoth et Léviathan, Lithographie de William Blake (1757–1827)



L'origine mythique du Béhémoth, comme celle du Léviathan, autre monstre de la création originelle, pourrait se trouver dans les légendes babyloniennes où ils représentent les deux monstres marins primordiaux du chaos originel, respectivement nommé Apsû et Tiamat. Le Béhémoth perdra, au seuil de l'ère chrétienne, ses attributs marins et deviendra un monstre terrestre. Dans Baruch syriaque (XXIX, 4), il est dit que les deux monstres, apparus au cinquième jour de la création, seront servis en nourriture aux justes au grand banquet après la fin des temps. La même idée se retrouve dans le 4e Livre d’Esdras (VI, 47).

Dans une carte dessinée en 1706, le cartographe Guillaume de Lisle (1675–1726) affirme que le Béhémoth se pêche dans le golfe du Lens (actuellement le golfe du fleuve Léna), au nord de la Sibérie, en Russie. Il semblerait que dans ce cas-ci, la pratique que de Lisle a observé serait la chasse au morse.