Les énigmatiques lignes de Nazca

Tracés il y a plus de 2000 ans, ces immenses symboles
ne peuvent être vus qu'à plus de 1000 pieds d'altitude


 

Avant Christophe Colomb et avant même les Incas, les habitants de la région de Nazca, au sud du Pérou, traçaient d’étranges lignes sur le sol de la pampa. Entre les vagues de l’océan Pacifique et des premiers reliefs des Andes, ils nous ont laissé le témoignage de connaissances géométriques et astronomiques d’autant plus inexpliquées que ces figures ne sont visibles que du ciel. Selon la datation au carbone 14, cette civilisation aurait vécu probablement entre 300 av. J.-C. et 800 après J.-C. Les Nazcans savaient-ils se déplacer dans les airs ? De qui tenait-il leur savoir cosmique ? Un autre formidable mystère de la civilisation.

 

Le condor de Nazca

 


Quand les premiers conquistadores forcent les portes de l’Empire inca, ils ont un instant l’illusion que ces terres plates seront faciles à conquérir. Ils déchantent vite : sous leurs yeux se dresse bientôt une des plus imposantes chaînes de montagnes du monde, la cordillère des Andes.


Sur notre planète, cette chaîne n’est surpassée que par celle de l’Himalaya. Et tout l’Empire inca habite ce contraste entre une plaine côtière plate et semi-désertique et des sommets qui défient l’entendement humain. Là est bien le royaume de la démesure, et l’homme à dû lutter pendant des millénaires avant d’apprivoiser un tel paysage. Les Incas ne sont que le dernier maillon d’un immense effort humain pour survivre dans cette contrée.


Le souvenir des premiers habitants s’est perdu dans la nuit des temps. On a seulement retrouvé les signes que les ancêtres des Incas gravaient dans la pierre, leurs poteries et, parfois, des traces de leur architecture. Ces marques se nomment Chimu ou Chanchan au nord du Pérou, Pachacamac (près de Lima), Ica et Nazca au sud du pays.


C’est dans la région de Nazca, bien connue des archéologues, qu’ont été découvertes les plus belles poteries polychromes des cultures préincaïques ; ainsi que des tissus et des motifs de broderies qui forcent encore notre admiration, tant leur technique est élaborée et tant les dessins sont originaux. Aujourd’hui, les historiens se penchent avec passion sur la culture nazca et cherchent à la reconstituer, tout en lui reconnaissant d’étranges parentés avec celle de Tihuanaco, sur l’altiplano bolivien, non loin de la Paz.

 

Les dessins de Nazca  Étrange symbole de Nazca

 


Faire ressurgir ici une histoire oubliée n’est pas chose facile. Les pampas sont d’immenses étendues désertiques de sable et de cailloux, battues toute l’année par des vents qui empêchent la faune et la flore de prospérer. Il est également difficile de croire que des hommes aient pu vivre sur ces terres désolées, y croître et se multiplier. Résumée à quelques éléments, la culture nazca ne passait, jusque très récemment, que pour une culture comme les autres, très semblables aux autres cultures de la bande côtière. Pourtant, les certitudes à son sujet ont fait place au doute.


En 1927, Toribio Mexta Xesspe, un pilote de l’armée de l’air péruvienne, survole la région de Nazca. Il aperçoit soudain, sur le sol, d’incroyables lignes droites et courbes, qui s’enchevêtrent sur des kilomètres. Encore plus incroyable, parmi ces lignes, il distingue nettement des figures qui représentent des animaux, des oiseaux et même des hommes ! En plein désert !


L’aventure mystérieuse de Nazca ne fait que commencer. En 1929, Duncan Masson, un ingénieur écossais qui travaille dans la région, remarque d’étranges sillons sur le sol. Intrigué, il loue un avion et effectue une nouvelle reconnaissance aérienne du site. À son tour, il est stupéfait par le complexe réseau de lignes et de figures couvrant le sol…


Voici une remarquable énigme. Scientifiques et historiens se disputent le droit de la résoudre. En 1939, le professeur américain Paul Kosok, venu sur place avec John Kosok, son assistant, et une équipe de chercheurs, relève toutes les figures géométriques de Nazca, non sans difficulté, tant elles sont nombreuses et mêlées. Les dessins apparaissent disséminés principalement entre l’océan Pacifique et la cordillère des Andes, sur une surface d’environ 500 km², dans les pampas de Villacuri, au sud des villes de Pisco, de Los Castillos, de Huayuri, de Colorada et de Los Corados. La plus forte concentration se trouve entre Palpa et Nazca, à proximité du rio Ingenio.


Répertorier ces lignes n’est guère aisé : même d’un avion volant à 2000 mètres d’altitudes, on n’en distingue pas la fin. Cette multitude, cet enchevêtrement et cette apparente confusion peuvent laisser les observateurs pantois. Mais, avec un peu d’attention, on voit soudain ce réseau grouillant s’organiser alentour de quelques lignes dominantes. De sorte que l’on a rapidement l’impression de survoler des pistes d’atterrissage, une sorte d’Orly revu et corrigé par des surréalistes…


Le tout garde un grand aspect de rigueur géométrique. Les figures ne sont pas moins surprenantes. La plus connue, et celle qu’on distingue d’emblée, est une sorte d’araignée géante, longue d’environ 46 mètres de remarquablement stylisée. Les pattes, qui se rattachent à une espèce d’abdomen, paraissent dessinées d’un seul trait. On en compte huit. Plus loin, on distingue un singe d’une centaine de longueurs, dessiné en action, sa longue queue se repliant en spirale.


Plus loin encore, on peut voir ce qui pourrait passer pour un condor, long de 180 mètres, donc les lignes parfaites se détachent sur un fond sombre et uni. Vient ensuite toute une succession de figures plus ou moins énigmatiques : perroquets, chats, oiseaux à quatre pattes, sauriens, poissons, fleurs, serpents à plusieurs têtes ou objets sans forme connue. À 6 km au sud de Palpa, sur la pente d’une colline, on peut distinguer deux personnages à demi effacés, coiffés d’une sorte d’auréole d’où partent des rayons.

 

Le singe de Nazca  Les araignées de Nazca



Quel est donc le message de toutes ces figures? Que faut-il privilégier des dessins ou des lignes? La première évidence, qui est aussi la plus troublante, c’est que ces figures ne sont pour la plupart visibles que du ciel… Un soir de 1940, Paul Kosok a vu les derniers rayons du soleil s’effacer dans le prolongement d’une des lignes. C’était le 22 juin, jour du solstice d’été. Peut-on parler de coïncidence ?


C’est à Maria Reiche, une astronome allemande, que nous devons l’étude la plus poussée et la plus minutieuse sur Nazca. Elle prend, en 1948, la relève du professeur Kosok et répertorie, à son tour, toutes les figures en prenant soin d’en noter tous les détails. Elle découvre aussi des spirales en forme de bouquet d’étoiles, de nouveaux dessins d’animaux, dont une « baleine » longue de 27 mètres. La pureté du trait des figures et leur précision forcent son admiration.

Maria Reiche est vivement intriguée par la figure du « chancelier », qui s’étale sur 183 mètres de long, sur le flanc d’une colline, et dont les deux branches verticales passent très exactement à 100 mètres du sommet de la colline. Un autre fait la trouble : dans leur majorité, les figures à flanc de colline représentent des hommes. Elle se demande si tous ces dessins ne symbolisent pas les constellations visibles dans le ciel, celle de la Grande Ourse en particulier.

Les photos aériennes lui livrent une vue d’ensemble plus large. En bonne mathématicienne, elle en conclut que ces nombres de ces lignes droites sont des arcs de cercle. De plus, l’absence de cassure dans les courbes lui suggère des connaissances géométriques poussées. Une telle rigueur dans les formes dans les formes n’indique-t-elle pas que les Nazcans étaient aptes à une pensée conceptuelle et abstraite? Ce serait un cas isolé parmi les cultures précolombiennes…


Bref, plus l’astronome allemande avance dans ses recherches, plus le mystère de Nazca s’épaissit. Maria Reiche dirige alors ses recherches vers l’analyse géométrique des différentes lignes, et notamment vers la recherche de leur unité de mesure. La plus évidente à ses yeux est l’utilisation de cordes nouées à des intervalles réguliers, qui correspondent aux mesures du corps humain (les deux bras tendus et le tour du torse).


Autre point important : la présence de cercles. Comment les Nazcans n’auraient-ils établi aucun lien entre cette figure et la roue ? D’hypothèse en hypothèse, Maria Reiche a fini par en conclure que l’unité de mesure du site de Nazca était bien inscrite à l’intérieur des figures et des lignes, mais qu’elle était « codée » et, par conséquent, indéchiffrable pour nous. Parallèlement à ces travaux, de nombreux sceptiques viennent se pencher sur Nazca et émettent à leurs tours leurs hypothèses. Le professeur américain Arthur C. Clarke ne voit dans le site aucun mystère, mais le simple désir de l’homme d’inscrire sur le sol des signes qui assumera une sorte d’immortalité.


Contre cet argument, les objections du plus élémentaire bon sens pleuvent. Il y a bien d’autres choses derrière l’énigme de Nazca. Mais quoi ?


Extrait de: L'archéologie du mystère, Éditions Atlas, Jeremy W. Creeks, p 86-89, 1983

 

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