Le Bonhomme Sept Heures

Il guette les enfants à la tombée de la nuit



 

 

De tous les monstres et autres créatures ayant terrorisé l’imaginaire des jeunes Québécois, le Bonhomme Sept Heures est sans aucun doute le plus célèbre. Pendant longtemps, certains parents du Québec utilisaient la crainte du Bonhomme Sept Heures pour garder un certain contrôle sur leurs enfants. Dans la plupart des cas, l’enfant devait être à la maison avant 19h00, sinon cet être maléfique risquait de venir l’enlever. Dans une autre variante, l’enfant devait être au lit à 19h00, sinon le Bonhomme Sept Heures pouvait s’introduire dans sa chambre à coucher pour venir le chercher jusque dans son lit. En fait, le Bonhomme Sept Heures est au Québec ce que le Croque-Mitaine est à la France, un ogre assoiffé de sang qui cherche constamment des enfants. Il existe également beaucoup de similitudes entre ce personnage et le Boogie Man (ou Bogeyman), un monstre terrorisant les enfants anglo-saxons partout à travers le monde.

 

Le Bonhomme Sept Heures - Peinture à l'huile représentant le Bonhomme Sept Heures


Le Bonhomme Sept Heures est donc un monstre maléfique et avide de chair fraîche qui guette les enfants désobéissants, spécialement ceux qui errent loin de la maison. On le présente comme un homme à démoniaque, pas tout à fait humain, capable d’utiliser des ruses étonnantes pour s’introduire là où se trouve l’enfant qu’il a ciblé.


On le décrit de plusieurs manières, tout dépendamment de la région du Québec. Pour certains, cet être redoutable prend l’apparence d’un vieil homme vêtu comme un vagabond. Il aurait une longue barbe noire, les cheveux sales, s’habillant de plusieurs manteaux et de vêtement délabré. Vivant dans une caverne perdue dans les montagnes ou dans une cabane isolée en pleine forêt, il flâne près des routes, une fois la nuit tombée, en cherchant une jeune victime. Dans certaines versions, il porterait toujours près de lui une canne ou un grand sac, qu’il utiliserait pour emmener les enfants. Ce sac contiendrait également du sable, qu’il lancerait dans les yeux de ses victimes afin de les attraper plus facilement.


Un monstre utilisé par les parents


« Vous devez être à la maison pour 18h30, sinon le Bonhomme Sept Heures viendra vous prendre ! »

Cette phrase typique était utilisée par les parents afin de garder leurs enfants obéissants. La peur de ce dangereux ogre suffisait, à l’époque, pour garder les enfants à l’intérieur, et ce, particulièrement de l’automne à la venue du printemps. Durant cette période de l’année, les jours sont courts et que la nuit tombe vers 19h00.


« Dépêchez-vous ! Le Bonhomme Sept Heures s’en vient ! »

Il n’en fallait pas plus pour que les enfants délaissent leurs jeux et entrent à la maison à toute vitesse. Ce sinistre personnage représentait pour les parents tout ce qui pouvait être un danger pour leurs enfants. Croire que le mal était omniprésent les empêchait de s’éloigner de la maison et de s’exposer à de réels dangers. Il motivait aussi les enfants à se méfier des inconnus, particulièrement ceux qui semblaient louches et qui avaient l’apparence de vagabonds.



Les origines du Bonhomme Sept Heures


Il existe plusieurs théories sur les provenances de ce redoutable personnage.



1- Déformation du nom « Bone Setter »


Selon un mythe présenté par une majorité de sites internet, le terme « Bonhomme Sept Heures » serait une déformation provenant d’un anglicisme, le « Bone setter ». Ce dernier était un « ramancheur » ou « rebouteux », un médecin / guérisseur de campagne qui soignait généralement les gens à domicile, avec les trucs de l’époque. Les hommes, travaillant souvent physiquement et se blessant au cours de leurs durs labeurs, avaient recours à son service et l’invitaient dans leurs demeures. Il est possible que les enfants, entendant les hurlements de leur père se faisant « ramancher » un bras cassé ou une épaule disloquée, aient eu peur de ce mystérieux personnage. Les parents auraient alors utilisé cette peur en menaçant leurs enfants de les laisser au soin du Bone Setter. Avec les années, cet anglicisme et son histoire auraient été déformés pour finalement devenir le Bonhomme Sept Heures. Bien que populaire, ce mythe ne tient pas vraiment la route, car le terme « Bone Setter » ne fut pas réellement utilisé au Québec. Ces médecins de campagne étaient surtout connus sous le nom de « ramancheur ».


2- Déformation du nom « Bomb setter »


Un « Bomb setter » était le responsable de l’éclairage dans les rues de Montréal, aux environs de 1890. À l’aide d’une grande perche, il allumait les bombes des lampadaires, qui fonctionnaient au gaz ou à l’huile. Son rôle était de s’assurer que les rues étaient bien éclairées, il devait donc les allumer avant 19h00. Il n’est donc pas impossible que cet homme, arpentant les rues à la tombée de la nuit, soit au cœur du mythe qu’est devenu le Bonhomme Sept Heures.


3- Déformation du nom « Boom setter »


Il serait également possible que l’expression Bonhomme Sept Heures provienne de l’expression anglaise « Boom Setter » qui désignait un homme fort qui travaillant sous la direction du "Boom master", le maître des estacades. Les estacades étaient des barrières flottantes, utilisées sur les rivières afin d’acheminer le bois jusqu’aux usines afin de le transformer en papier. Cependant, cette expression ne fut utilisée qu'aux XIXe et XXe siècles, dans les seuls villages et villes où la drave, les scieries et, plus tard, les pulperies se développèrent.


4- Un monstre d'origine française ?


Une autre théorie, et la plus intéressante, propose que le terme Bonhomme Sept Heures provienne de France. Les termes "bonhomme basse heure""bonhomme basse hour", "bonhomme la nuit" et "Couche huit-heures" étaient en effet utilisé dans certaines régions en France, telle la Bretagne, pour désigné les ouvriers chargés d’allumer les lampadaires le soir et de les éteindre une fois le jour venu. Le terme Basse-heure désigne la tombée du jour.  Selon une enquête linguistique menée au cours des années 1960, en Franche-Comté, on appelait encore « Couche Huit-Heures » un personnage fantastique qui faisait peur aux enfants afin qu'ils se couchent tôt.

 

Ce monstre serait-il l'ancêtre du Bonhomme Sept Heures québécois ?

Peut-être bien… Et comme la théorie précédente, les parents auraient utilisé un employé de la ville afin de faire craindre le pire à leurs enfants et de s’assurer qu’ils rentrent tôt. Une chose est sûre, si le Bonhomme Sept Heures n’est plus l’ogre célèbre qu’il fut jadis, il aura marqué à tout jamais l’imaginaire collectif des Québécois.

 

 

David Magny © Dark-Stories.com - Lundi 21 Août 2013
Reproduction totale ou partielle interdite sur quelque support que ce soit sans l'autorisation de l'auteur.

Références et liens utiles:

Contes et légendes populaires du Québec (Marc Lavallé) 1985
Anne-Marie Beaudoin-Bégin - http://www.entouscas.ca/
Critique de film : Boogeyman de Jefferey Scott Lando (2012)

 

Quelques histoires sélectionnées au hasard