Mirin Dajo

L'homme qui estomaqua les médecins


 

Les « fakirs» européens n'accomplissent pas, en général, ces folles et inutiles prouesses. Toutefois, l'un d'eux, le Hollandais Mirin Dajo, décédé en 1948, fit aussi bien et peut-être mieux que ses collègues indiens.

Cet illuminé, qui, de son vrai nom, s'appelait A.-G. Henskes, se faisait en effet transpercer le corps par des épées ou par des fleurets non stérilisés. Un opérateur les plaçait soit sur le thorax, soit sur l'abdomen du fakir, pressait de toutes ses forces, et les faisait progresser lentement.

 

Au début de l'expérience, Mirin Dajo pinçait les lèvres, transpirait fortement, rougissait, puis son visage reprenait bientôt son expression ascétique habituelle. Sous la poussée, les instruments émergeaient de 20 à 30 cm. Lorsqu'on les retirait, ils ne portaient aucune trace de sang et les plaies ne saignaient pas.

Un soir, en public, Mirin Dajo se laissa transpercer le milieu du corps et le cœur au moyen de trois épées creuses dans lesquelles on fit passer de l'eau. À la clinique de Zurich, on le vit garder un fleuret à travers l'abdomen pendant vingt minutes, parcourir une salle de malades et gravir un escalier.

La radiographie permit de constater que plus de cinq cents transfixions avaient été faites et, qu'au cours des expériences, le péritoine, les reins, l'estomac, le foie, les poumons et le cœur avaient été traversés de part en part.
 

 

Mirin Dajo se plaçait, pendant ses expériences, sous la protection divine: « La possibilité miraculeuse que je possède, nous écrivait-il en 1947, est la conséquence d'une soumission volontaire à la Puissance Supérieure qui régit le monde. Au moment où la pointe de l'épée touche mon corps, je me remets entre les mains de cette puissance. Je suis convaincu que la science matérialiste actuelle ne trouvera pas l'explication de ce phénomène. Ce sera la tâche de la parapsychologie. »

En réalité et contrairement à cette affirmation, les phénomènes présentés par Mirin Dajo n'étaient pas de nature paranormale et c'est bien la science matérialiste qui semble en avoir donné l'explication correcte.

 

 


En premier lieu, toute idée de truquage fut exclue. C'est donc vers une explication physiologique qu'il convenait de s'orienter tout d'abord. À cet effet, le professeur Bessemans, de la Faculté de médecine de Gand, et avec qui nous étions en relations amicales réalisa les expériences suivantes. Il enfonça lentement, à travers l'abdomen et le thorax de différents animaux: souris, cobayes, lapins et chiens, des tiges métalliques à pointes finement affilées, arrondies ou plates, lisses et sans arêtes coupantes. Il utilisa aussi deux canules à ponction lombaire munies de leur mandrin. Les instruments n'étaient pas désinfectés. Retirés prudemment, ils ne portaient aucune trace de sang et les plaies, sans exception, ne saignèrent pas. L'examen radiologique ou l'autopsie montrèrent que le foie, l'estomac, les poumons et le cœur avaient été traversés, et, cependant, les animaux survécurent sans présenter d'infection. La douleur ne se faisait sentir qu'à l'entrée et à la sortie de l'objet acéré. Ces expériences furent ensuite reprises avec le même succès par le professeur Brunner de Zurich.

Il en résulte évidemment que les transfixions de Mirin Dajo peuvent s'expliquer sans qu'il soit nécessaire de faire intervenir des facteurs paranormaux. L'introduction lente des épées produit une distension progressive des tissus et provoque l'écartement des gros vaisseaux sanguins dont les parois sont très résistantes. « Quant à l'inexistence de complications infectieuses, écrit dans La Presse Médicale le Dr L. Rivet, elle doit tenir à ce que les instruments métalliques, lisses et propres, ne portent couramment que des microbes relativement peu nombreux et en majorité saprophytes, qu'ils abandonnent pendant les transfixions à la surface de la peau et dans l'hypoderme où les frottements les essuient, et que les quelques germes qui pénètrent profondément succombent sous l'action virulicide des humeurs. »


Malheureusement, la carrière de Mirin Dajo s'acheva prématurément et d'une façon assez inattendue puisque notre fakir décéda à la suite d'une intervention chirurgicale. Le 13 mai 1948, Mirin Dajo avale une aiguille d'acier de 35 cm de longueur. Le 15, souffrant de violentes douleurs gastriques, Mirin est opéré par le professeur Brunner. Le processus cicatriciel opératoire est très rapide et l'opéré rentre chez lui. Quelques jours après, pris d'un malaise subite, Dajo tombe en catalepsie et meurt sans avoir repris connaissance. L'autopsie est faite et le médecin diagnostique : « mort consécutive à une infection générale non imputable à l'opération ».

Bien entendu, malgré les explications physiologiques rationnelles qui ont été données des transfixions, il n'en demeure pas moins que les exploits de Mirin Dajo n'étaient pas « ordinaires» au sens propre du mot et qu'il fallait pour les accomplir un grand courage et une confiance absolue dans les forces mystiques invoquées. De plus, un élément psychique (probablement de nature suggestive) se superposait certainement aux facteurs physiologiques de cicatrisation, car la guérison des plaies était extrêmement rapide.

 

 

 

Tocquet, Robert. Hommes phénomènes et personnages d'exception, 1979, 315 p.