Le spectre de Noël

Une étrange histoire provenant de Liverpool, racontée par Tom Slemen


 

Il y a une vieille maison sur la rue Clarence Street, à Liverpool, qui est le théâtre d’évènements surnaturels chaque année à l’approche du temps des fêtes. D'étranges coups frappés sur les portes et une voix mécontente se fait entendre. Cette voix semble maudire un certain Charles; un homme mort il y a bien longtemps déjà. Ces étranges évènements atteignent leur paroxysme à l’approche de Noël, alors qu’un fantôme ébouriffé fait son apparition. C’est un homme d’environ 50 ans, qui porte un long manteau de velours pourpre, une chemise grise et un pantalon étroit.

 

 


Depuis 1910, il a été aperçu à maintes reprises. Tant de témoins terrifiés ayant témoigné avoir vu le spectre de Noël, de la rue Clarence, fumant la pipe et portant une paire de lunettes métalliques, qu’il serait difficile de prétendre à un canular. Cet homme, si l’on peut l’appeler ainsi, fait les cent pas devant la cheminée de fonte du salon de la vieille maison. Il semble prisonnier de son passé, vivant perpétuellement dans ses propres limbes, apparaissant chaque nuit de Noël à 22h50. Le spectre termine toujours sa performance en sanglotant, la tête reposant sur la cheminée. Il disparaît ensuite, laissant une brume aromatique de tabac à pipe en suspension dans l’air.


Au début des années 2000, lors du temps des fêtes, le matou de la famille qui séjournait dans la maison fut tellement terrifié qu’il sauta par la fenêtre du premier étage, passant bien près de trépasser sous une voiture. Pendant des générations, les résidents de la maison hantée se sont penchées sur l’identité du fantôme mais en vain. Jusqu’à il y a quelques années, un chasseur de fantôme résolu finalement le mystère du spectre de Noël. Voici l’histoire qu’il a découverte.


À cette adresse de la rue Clarence, à l’époque victorienne, vivait un médecin nommé Humphrey Brooke. Ce dernier tomba amoureux d’une jeune fille qui faisait moins que la moitié de son âge. Elle était la fille d’un riche homme d’affaires de la rue Duke et se nommait Felicia Clayton. Elle était âgée de 20 ans, avait de beaux cheveux blonds et un superbe visage. Chaque homme qui la rencontrait semblait tombé en amour avec elle et Felicia recevait des dizaines de lettres d’amour et d’invitations pour chaque bal ou soirée de danse qui était organisé dans la ville. Humphrey Brooke était âgé d’environ 50 ans et il savait bien qu’il n’était pas bel homme. Il avait le nez crochu, une vue défaillante, le dos courbé parce qu’il était toujours penché par-dessus ses livres et une vilaine toux asthmatique parce qu’il fumait beaucoup trop la pipe. En plus de tous ces maux, il avait souffert de rhumatisme qui endommageait ses articulations. Malgré tout, il était follement amoureux de Felicia, qui semblait pour lui d’une beauté intouchable.


Tout avait commencé à l’automne de cette même année, quand Brooke a assisté aux funérailles de Jesse Hartley, un éminent ingénieur, qui avait transformé le port de Liverpool avec ses magnifiques quais et entrepôts. Felicia et son père ont également assisté aux funérailles, et Dr Brooke fut brièvement présenté à la jeune beauté. Il embrassa sa main et lui sourit à plusieurs reprises au cours de ce sombre après-midi.


Ensuite, il avait vu Mlle Clayton à deux reprises. Une fois sur la rue Rodney, alors qu’elle descendait d’un fiacre pour se rendre dans Abercromby Scare et à une autre occasion elle avait fait signe au médecin sur la rue Bold Street, alors qu’elle marchait main dans la main avec un riche prétendant, le colonel Burns. Dr Brooke avait été sidéré de voir qu’elle l’avait reconnu et qu’elle le saluait. La jeune fille et celui qui l’accompagnait se dirigeaient vers Bold Place, mais elle se retourna et lui sourit à deux reprises, rendant le colonel rouge de jalousie. Le docteur retourna chez lui et écrit les détails de sa rencontre avec Felicia dans son petit carnet noir. Il y avait également écrit ses projets extravagants par lesquels il aurait souhaité gagner le cœur de la jolie demoiselle. Le plan le plus réaliste était assez simple. Une fête de Noël devait avoir lieu dans la prestigieuse demeure d’un magistrat de Rodney Street. Le docteur avait déjà reçu une invitation pour le bal et avait, bien sûr, le droit de venir accompagner. Sur la carte d’invitation, il avait inscrit Felicia Clayton comme étant son accompagnatrice. À ses yeux, cette femme était la lumière de sa vie qui éclairait son existence durant les sombres journées de décembre.

Dès le lendemain matin, un ami du Dr Brooke, un marchand de coton du nom de Charles Wilson, vint lui rendre visite à sa clinique. Wilson était de cinq ans plus jeune que Humphrey Brooke, et il était connu comme ayant un charme fou auprès des dames. Wilson demanda à Brooke s’il avait quelque chose de prévu pour Noël, comme lui n’en avait pas, il se cherchait un peu de compagnie pour aller festoyer dans les tavernes de Liverpool. Dr Brooke lui répondit qu’il avait des plans pour la veille de Noël, et que ses plans impliquaient une belle jeune femme.


« Ce n’est pas un fantasme impliquant une certaine Miss Clayton, cette demoiselle qui est assez jeune pour être votre fille n’est-ce pas ? »


Avant même qu’il ne puisse répondre, une femme se précipita dans sa clinique, implorant le docteur de venir traiter son père qui venait de s’effondrer, en pleine crise. Brooke connaissait bien cet homme. Il saisit sa trousse médicale et se précipita chez l’homme, laissant Wilson derrière, seul dans la clinique. Wilson était un homme curieux, en flânant dans la clinique il jeta un œil au bureau du docteur et trouva ce petit carnet noir. Il riait en lisant les passages que son ami avait écrit sur Felicia.

« Ah, il n’y a pas plus sot qu’un vieux fou. » Murmura-t-il.

Wilson trouva un brouillon de la lettre d’invitation que le docteur avait envoyée à Felicia, ainsi que la carte d’invitation avec les deux noms inscrit dessus.


Intrigué par ce coup de foudre que semblait avoir son ami pour la jeune demoiselle, Wilson revint le lendemain pour le taquiner un peu. Avec un petit rire, il demanda au médecin si la belle Felicia avait accepté son invitation. Brooke fut fort indigné d’apprendre que son vieil ami avait fouillé dans ses affaires et lu son carnet secret.

« Comment oses-tu fouiller dans ma vie personnelle ? »

Mais Brooke avait une surprise pour son ami fouineur, quelque chose pour lui effacer son sourire moqueur. Il lui présenta une lettre qu’il avait reçue le matin même et lui tendit.

« Qu’est-ce que c’est? Un décret de convocations pour les gens indiscrets? »

Le sourire de Wilson s’effaçait dès qu’il commença à lire la lettre, c’était la réponse de Felicia Clayton. Elle avait accepté l’invitation du Dr Brooke pour le bal de Noël. Wilson était dévoré de jalousie. Il jeta la lettre sur le bureau en disant : « C’est vraiment n’importe quoi! Vieillesse et jeunesse sont comme huile et eau, ils ne se mélangent pas! »


Donc, pour cette veille de Noël, le Dr Brooke portait une élégante veste de velours pourpre et une chemise brodée de soie grise. Il se tenait devant la cheminée, à faire les cent pas, avec des papillons dans l’estomac. Un sentiment qu’il n’avait pas connut depuis l’époque de sa jeunesse, donc depuis plusieurs décennies. Soudain, quelqu’un cogna à la porte, ce qui fit sursauter le médecin. Il répondit, pensant que peut-être Felicia avait décidé de venir le voir plus tôt que prévu. Mais c’était un coursier qui se tenait devant lui et qui remit au docteur une enveloppe scellée.


Lorsque Brooke lut la lettre, son cœur se brisa. La lettre était écrite par le père de Felicia, et déclarait que cette dernière avait changé d’idée et qu’elle n’accompagnerait pas le médecin au bal, mais bien le colonel Burns. Dans cette lettre, le père de Felicia avertissait aussi Brooke de se tenir loin de sa fille et d’agir comme quelqu’un de son âge.

C’est son soi-disant ami, Charles Wilson, qui avait envoyé un message anonyme au père de Felicia pour l’avertir des plans scandaleux et odieux du docteur qui souhaitait vivre une relation amoureuse avec sa fille. Ironie du sort, cette dernière avait une forte tête, elle désobéit aux instructions de son père et se rendit au bal de Noël seule, où elle chercha désespérément le médecin… mais il n’était nulle part. Felicia savait bien que le médecin n’était pas bien beau et qu’il y avait, pour elle, plus joli prétendant. Mais les lettres romantiques qu’il lui avait écrites lui plaisaient beaucoup. En fin de compte, Felicia Clayton rentra chez elle, à la grande déception des autres hommes qui étaient au bal.


Mais le Dr Brooke fut dévasté par la lettre, et, en cette veille de Noël, il est décédé de ce qui semble avoir été une crise cardiaque, sans doute provoqué par un profond bouleversement émotionnel. Le sentiment de rejet de la femme qui éclairait ses rêves et l’humiliation que vivait le médecin l’ont profondément troublé. Brooke frappa l’horloge qui était sur le foyer avant de tomber sur le sol. Alors que son corps reposait sur le tapis du salon, l’horloge s’était arrêtée à l’heure du décès, précisément 22h50.





Copyright © 2004 par Slemen Tom. Tous droits réservés.
Cette histoire reproduite avec la permission de Tom Slemen et traduite de l'anglais par David Magny.

Source: http://www.slemen.com

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