legras Senior


Inscrit le: 18 Nov 2008 Messages: 573 Localisation: est du Québec!
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Posté le: Mar Aoû 25, 2009 8:11 pm Sujet du message: La justice expéditive au Québec; le cas d'Eugène Poitras |
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D'aucuns au Québec ont entendu parler de l'affaire Coffin, l'assassin présumé de trois chasseurs américains en Gaspésie, dans les année 50, et qui fut condamné à la potence. Un procès bâclé, des preuves douteuses et des avocats frauduleux avaient mené à la condamnation expéditive d'un suspect dont la culpabilité n'avait pas été démontrée. Cependant, ce n'était pas une première. Eugène Poitras, avait, lui aussi, subis les frais d'une terrible mascarade. Lui aussi termina ses jours sur la potence, sa culpabilité jamais démontrée.
Voilà, transportons nous sur la Côte-Nord, tous près de Port-Cartier, sur un bout de côte que l'on nomme "les Îles-de-Mai". En 1869, les aventuriers qui sillonnaient alors l'endroit arrivait tôt au printemps, afin de ne rien manquer à la chasse ou à la pêche. En cette froide soirée de printemps donc, il n'est pas surprenant de trouver Luc et Agapit Gagnon, qui se sont arrêté dans le secteur pour la nuit. Au petit matin donc, nos deux pêcheurs sont sur le point de repartir lorsqu'il font une macabre découverte. Le corps d'un homme, un petit homme. Un cadavre partiellement enterré, le dégel l'avait découvert à moitié. Triste fin pour un homme que l'on disait bon; le corps en putréfaction sur une lointaine berge de la Côte-Nord.
Le sort du petit (5 pieds et demi, 1 mètre 60) Jean-Baptiste Ouellet éclate au grand jour. Porté disparu depuis l'automne 1868, il avait été vu pour la dernière fois quittant le port de Matane avec sa barge. Il avait pour compagnon un homme bien connu de cette région, Eugène Poitras. Un géant pour l'époque, 6 pieds 1 pouce (plus de 2 mètres). Il était bien connu pour sont mauvais caractère, son ton et ses actions vindicatives et sa force. On le disait "fort comme un turc". En somme, le coupable idéal.
Donc les deux hommes partirent en début d'automne 1868 et Poitras revint seul, avec une autre embarcation, vers le milieu de l'automne 1868. À la découverte du corps, printemps 1869, Poitras fut immédiatement reconnu comme suspect. Rien de bien étonnant et tout à fait normal. Il est donc transférer au poste de La Malbaie (en Charlevoix) qui à l'époque desservait le Saguenay, la Côte-Nord et le Bas-Saint-Laurent élargi.
Le procès fut court. Les avocats de M. Poitras ne purent citer aucun témoin et n'avaient aucune preuve à faire valoir à la cour que le témoignage de leur client. Concis, le principal intéressé disait s'être fait déposer aux Sept-Îles, qu'il avait chassé pendant près d'un mois, qu'il avait acheté une barque puis s'en était revenu chez lui. La défense, quant à elle, fit valoir que la brutalité du meurtre de Ouellet (assommé avec sa propre barre de gouvernail puis égorgé avec un couteau, ensuite partiellement enterré aux Iles-de-Mai) n'avait que d'égal que le caractère violent de Poitras. Puis elle cita à la barre un dénommé Joseph Maloney. Ce dernier affirma avoir vu Poitras à sont retour de voyage avec des effets personnel de Ouellet et portant les vêtements de la victime. Le juge David Roy ne cru pas bon de questionner le témoin pour savoir comment il avait pu reconnaître les effets personnel de la victime puisqu'il n'avait jamais connu ni même vu cette dernière. Puis son honneur ne cru pas bon non plus de se questionner pour savoir comment un Géant pouvait porter les vêtements d'un homme qui était, même à l'époque, qualifié de très petit.
Il n'en fallait pas plus. La Potence attendait son dernier amant. À l'époque, pendre quelqu'un était un spectacle public. Afin que la foule n'ait pas à subir la vue d'une décapitation ou d'une longue suffocation, le bourreau devait calculer, en fonction du poids de l'accusé, la longueur de corde voulue pour que le malheureux se casse le cou à la fin de sa course. Se jour là, le bourreau se trompa. La trappe s'ouvrit, mais Poitras ne se cassa pas le cou, il suffoquait. Afin de couper court au spectacle, le bourreau, sous les huées dans le foule, mit sont poids sur les épaules du prévenu jusqu'à ce que l'on entende le bruit distinctif de cou qui se brise. La foule vit en cette erreur, le signe ultime de la non-culpabilité de l'accusé. Trop tard. C'est ainsi que Eugène Poitras, présumé assassin de Jean-Baptiste Ouellet fut pendu haut et court le 20 Septembre 1869.
Cette histoire a beaucoup touché mon imaginaire. En effet, j'avais pour habitude de passer mes vacances d'été aux Iles-de-Mai. Me baignant, batifolant parfois à quelques mètres de l'endroit où fut fait la macabre découverte.
Quant au gens de Charlevoix, endroit où le prévenu fut pendu, lorsqu'ils chantent leurs hymnes folkloriques, ont peut encore parfois entendre un macabre couplet:
“ Quand Poitras a été pendu
gigotait des pattes gigotait des pattes
quand Poitras a été pendu
gigotait des pattes il n’en pouvait plus ”
Ce ne fut pas là, le dernier cas de ce genre au Québec.
legras!
P.S. Pour les intéressés, j'ai réussi grâce à mon GPS à vous dénicher les coordonnées de l'endroit ou fut retrouvé le cadavre.
49¤53'51.53 N
66¤56'04.76 O
P.P.S. Nous travaillons, moi et certains amis, à ériger un monument à la mémoire de Jean-Baptiste Ouellet, afin que l'on se souvienne de cette histoire trop souvent oubliée. _________________ Prendre un p'tit coup c'est agréable. Prendre un p'tit coup c'est doux. Prendre un gros coup, sa rend l'esprit malade, prendre un p'tit coup c'est agréable. |
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