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konsstrukt Initié

Inscrit le: 03 Fév 2008 Messages: 117
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Posté le: Lun Oct 20, 2008 1:48 am Sujet du message: holocauste - roman à suivre |
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prologue
L’hypothèse finalement retenue : l’univers aurait interrompu son mouvement, ensuite son mouvement aurait repris. Dans l’intervalle, qu’on peut difficilement quantifier en durée étant donné que le temps également était supposé avoir cessé, une espèce issue d’une autre dimension se serait infiltrée. Sa présence aurait bloqué les ondes de longueur comprise entre neuf kilohertz et trois mille gigahertz. Cette espèce aurait été porteuse d’un virus.
13 juin
Vers quinze heures, alors que Sarah s’apprêtait à regarder un épisode de la série Un cas pour deux sur France 2, l’image et le son disparurent d’un coup. Il n’y avait plus que de la neige et le chuintement de l’appareil. Avec la télécommande, elle vérifia les autres chaînes. Le chuintement devint un bourdonnement électronique et monotone qui prenait au ventre. Son poste ne recevait plus rien. Après s’être déchaînée verbalement sur l’appareil et l’avoir traité de chiure de boche plusieurs fois, Sarah téléphona à son beau-fils pour lui demander de l’aide, mais un message automatique l’informa que le numéro de son correspondant n’était pas attribué. Elle raccrocha en gueulant après la voix enregistrée, recommença, aboutit au même résultat.
Elle s’acharna à éteindre et rallumer le téléviseur sans jamais retrouver l’image ni le son. Il n’y avait que l’oppressant bourdonnement. Au bout d’une vingtaine de minutes d’efforts elle abandonna, tenta en maugréant de lire le dernier numéro de Voici, renonça, incapable de se concentrer, au bout de quelques pages. Elle quitta l’appartement pour interroger ses voisins qui lui apprirent que chez eux c’était pareil.
Rosie dépassa le pressing et s’engagea dans l’impasse au fond de laquelle vivait son amie Josée. Comme à chaque fois, elle regarda la vitrine du pressing. La dame qui tenait le comptoir avait l’habitude de lui sourire mais cette fois elle lui tournait le dos. Elle était occupée à manipuler les boutons de son vieux Radiola.
Depuis deux heures plus rien ne marchait. Carla ne parvenait pas à se connecter à Internet ni au réseau SFR, la télévision et la radio ne captaient plus que des parasites, seuls les téléphones fixes fonctionnaient. Tous les voisins subissaient la même chose.
Josée était chez elle. Elles se firent la bise et préparèrent ensemble le thé. Chez elle aussi tous les réseaux étaient indisponibles. Elles discutèrent des causes possibles à cet événement. D’après des rumeurs entendues dans la rue ça pouvait être une attaque terroriste. Vers dix-huit heures, un coup de feu fut tiré quelque part dans le quartier. Les deux femmes tressaillirent. En plaisantant sur la possibilité de se prendre une balle perdue, Josée alla fermer la fenêtre.
Ses mains tremblaient légèrement. Ses yeux reflétaient de la frayeur. Carla parut moins affectée que son amie.
Il n’y avait plus de radio ni de télévision, plus d’Internet, plus de téléphone portable, plus de talkie-walkie. Partout dans le monde, des trains, des métros se percutèrent, des avions incapables de communiquer avec le sol s’écrasèrent ; les banques, les machines à carte bleue et tout ce qui était connecté en réseau cessa de fonctionner. Des milliers d’anecdotes barbares, grotesques et tragiques se produisirent. Des foules se soulevèrent. Les gares, aéroports, universités, hôpitaux, casernes devinrent en quelques minutes des lieux de chaos et de violence. Les standards des téléphones fixes sautèrent. La police débordée s’en remit à l’armée. Personne ne comprenait rien. Toute l’existence humaine s’était paralysée d’un coup et l’onde de choc détruisait chaque structure de la société.
Trois personnes courraient. Précédées de leur vacarme, elles déboulèrent un peu après une heure du matin en haut de la rue et la dévalèrent en direction de la place du Capitole, d’abord le fuyard, un adolescent en jogging bleu marine, Nike et Khéfier, et puis deux ou trois secondes après ses poursuivants, deux militaires en tenue de combat. On n’entendait rien d’autre que le claquement des rangers et des baskets sur les pavés.
Au premier étage d’un immeuble qui donnait sur la rue, un jeune homme prit sa DV et filma.
Les militaires gagnaient du terrain. Au milieu de la rue l’un d’eux poussa l’adolescent d’un coup du plat de la main au milieu du dos. L’adolescent perdit l’équilibre, roula au sol, les deux militaires se jetèrent sur lui. Ils l’encerclèrent en l’insultant et le frappant à coups de pieds tandis qu’il protégeait son ventre et ses parties génitales avec ses genoux et parait avec ses avants-bras les coups qui visaient la tête. Ses mains présentaient de nombreuses blessures défensives. Il criait et pleurait et tournait sur lui-même dans un effort inutile. Les ombres projetées par la lumière ajoutaient de la confusion. Après trente ou quarante secondes de la sorte un des soldats s’agenouilla sur lui et lui desserra les bras de force. L’autre le saisit des deux mains par les cheveux. Il le relevèrent et son Khéfier tomba, révélant son visage. Il se débattit et appela à l’aide. Ils le giflèrent, l’écrasèrent contre un mur, le frappèrent dans les reins avec la crosse de leurs FAMAS. Ils le menottèrent. L’éclat très jaune des lampes au sodium assombrissait le sang jusqu’au noir.
Ils remarquèrent le jeune homme.
– Hé ! Enculé ! Donne ça ! Descend ! Donne ça !
Le lycéen blêmit et recula vivement. Il claqua la porte-fenêtre et éteignit la lumière. Dans sa panique, il renversa un verre à Coca-cola qui roula sur le tapis.
Un militaire resta avec le captif, l’autre ouvrit la porte avec le même passe qu’utilisent les facteurs. Il pénétra dans l’immeuble, grimpa jusqu’au deuxième étage, cogna à la porte.
– Ouvre ! Ouvre, enculé !
Il répéta :
– Ouvre, enculé, ou je défonce ta porte de merde ! Ouvre, connard !
Donatien, prostré sur le canapé, semblait incapable de parler. Son visage exprimait une incrédulité terrifiée.
Le soldat utilisa la baïonnette de son fusil d’assaut comme un pied de biche pour briser la serrure, qui céda au bout de vingt secondes en produisant un bruit sec là où le métal s’arrachait au bois. Donatien sursauta, la porte s’ouvrit à la volée, le soldat chargea. L’adolescent cria « non, non » d’une voix aiguë et enfantine tout en reculant au fond du canapé et en essayant dans le même temps de se lever pour fuir. Le soldat fut sur lui en un instant et lui fractura la mâchoire avec le canon en acier de son FAMAS, qu’il utilisa comme une matraque. Donatien, choqué et désorienté, du sang plein la bouche, glissa du canapé en lançant le bras pour se rattraper à quelque chose, échoua par terre. Il gargouillait et crachait de la bave sanglante. Le militaire lui écrasa la poitrine avec sa botte. Il glissa le bout de son arme dans la hanse de la caméra et la fit tomber dans son autre main. Il la projeta contre un mur. Elle éclata. Des morceaux de plastique et des composantes électroniques se dispersèrent.
Il releva le jeune homme en le soulevant par le cou et dans le même mouvement le plaqua contre un mur. Il écarta ses jambes à coups de pieds, le fouilla, le menotta. Donatien gémissait d’une voix aiguë. Il tentait de parler mais n’articulait rien. Ses yeux étaient écarquillés et vitreux de terreur. Tout en le menaçant avec son pistolet automatique Sig-Sauer SP 2022 le soldat fouilla la pièce et empocha un portefeuille. Il fit aussi tomber la chaîne au sol. La musique s’interrompit. Ensuite, il quitta l’appartement avec son prisonnier.
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painfrette Senior


Inscrit le: 01 Déc 2007 Messages: 840 Localisation: Lac-Saint-Jean,Québec
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Posté le: Lun Oct 20, 2008 3:07 pm Sujet du message: |
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| très intéressant konsstrukt |
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Sebangel Angel of Earth


Inscrit le: 01 Juil 2008 Messages: 2172 Localisation: France _ Alsace
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Posté le: Mar Oct 21, 2008 1:41 am Sujet du message: |
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| painfrette a écrit: |
| très intéressant konsstrukt |
Yes ! Vivement la suite !!!! _________________ Un ange veille ! |
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konsstrukt Initié

Inscrit le: 03 Fév 2008 Messages: 117
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Posté le: Mar Oct 21, 2008 1:51 am Sujet du message: |
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| merci ! |
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konsstrukt Initié

Inscrit le: 03 Fév 2008 Messages: 117
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Posté le: Lun Oct 27, 2008 2:36 am Sujet du message: |
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quelques extraits de la lecture du 12 octobre à strasbourg sont disponibles sur youtube. pour les visionner, cliquer ici :
http://www.youtube.com/watch?v=iyTpH3bo038
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A dix heures trente il y eut des tirs en rafales courtes et des ordres criés dans un hygiaphone ; des tirs isolés et puissants répondirent aux premiers, puis le silence s’installa et dura une minute, après quoi les coups de feu recommencèrent, fusils d’assauts d’un côté et fusils de chasse ou à pompe de l’autre, cela continua une minute de plus et cela cessa complètement
Carla, assise dans le bureau du Père Philippe Durieux, l’attendait. Il pénétra dans son bureau en ouvrant la porte avec le coude et en la refermant avec les fesses. Il portait à deux mains un plateau en aluminium décoré d’une tête de chaton sur lequel se trouvaient deux tasses en porcelaine blanche, une cafetière en verre remplie et fumante, un sucrier, une pince à sucre et deux petites cuillères en fer, une soucoupe en cuivre piqueté de vert contenant un amoncellement de gâteaux secs bons marchés. Il posa le plateau sur son bureau encombré de livres et de papiers. Quelques gouttes giclèrent hors du récipient. Il s’excusa pour son retard, remplit les tasses et en tendit une à Carla. Elle sourit et remercia.
– Les journaux ont cessé de paraître. Vous saviez ça, Carla ? Par ordre de l’armée.
– Ordre de l’armée ?
– Il paraît. La rumeur. Enfin, ce qui est certain en tout cas, c’est qu’il n’y a plus d’autre source d’information que ces horribles camions qui circulent nuit et jour.
– Oui, c’est une vraie plaie.
Ils avaient tous les deux le même âge. Philippe Durieux portait l’habit de sa fonction. Ses cheveux gris, sa coiffure et ses lunettes carrées lui donnaient l’air d’un personnage de Cote Ouest. Il parlait lentement, d’une voix réfléchie, avec des pauses entre les phrases.
Carla expliqua le but sa visite. Elle voulait transformer l’église en dispensaire et accueillir les jeunes marginaux, les prostituées et les toxicomanes afin de leur offrir des soins, un lieu où dormir et dans la mesure du possible de la nourriture. Elle comptait sur la solidarité et le volontariat des paroissiens. Le prêtre hocha la tête, garda le silence, affirma qu’il était d’accord, hocha encore la tête, énuméra les difficultés qu’il faudrait résoudre : obtenir de l’armée l’autorisation de se regrouper à plus de trois, le droit de se déplacer après le couvre-feu, des laissers-passer pour les bénévoles, etc.
– Sans parler, continua-t-il, de l’accord qu’il faudra négocier pour que les soldats nous remettent ceux qui pourraient avoir besoin de nous au lieu de les arrêter et de les jeter en prison...
Ils continuèrent leur bavardage banal et entrecoupé de silences. Philippe Durieux resservit du café. Un voile de tristesse assombrissait le regard de Carla. Elle remua lentement la cuillère pour dissoudre le sucre. Ce fut le seul bruit pendant un moment et puis il y eut des cris dehors. Des militaires ordonnaient à quelqu’un de s’arrêter. Dans le bureau, tous les deux avaient une posture d’attente. Leurs corps et leur regard exprimaient une tension. Il n’y eut pas de coup de feu mais les bruits habituels d’une arrestation violente.
Des pillards attaquaient les centres commerciaux, les boutiques, les automobilistes. Des gens réglaient leurs comptes. Ca déraillait. Les gyrophares et les coups de feu rythmaient la fin d’après-midi. Privés d’ordres et de radio, les policiers, les pompiers, les ambulanciers improvisaient. Le chaos gagnait les hôpitaux, les casernes de pompiers et de gendarmerie, les commissariats. Chaque groupe d’homme devenait un îlot. Les rencontres entre porteurs d’un même uniforme permettaient d’échanger informations et inquiétudes.
Florence avait passé une partie de la journée à affronter les militaires. Le combat se jouait à une vingtaine de soldats contre cinquante émeutiers équipés de foulards, casques de moto, pistolets à grenaille, cocktails Molotov et feux d’artifices. L’armée tua six personnes et en blessa trente-deux. Deux soldats touchés par les feux d’artifices brûlèrent vif. L’odeur saisit tout le monde à la gorge. Après divers replis et escarmouches, tout le groupe fut dispersé ou arrêté. Florence reçut une balle de 7.62 à la clavicule. Elle souffrait d’une fracture, saignait beaucoup, avait de la fièvre et semblait en état de choc.
La police et l’armée patrouillaient. De temps en temps des coups de feu claquaient et renvoyaient leurs échos d’un immeuble à l’autre, puis le calme revenait, traversé sans trêve par les instructions que diffusaient les camions équipés des haut-parleurs, proches ou lointains et toujours en mouvement ; ça évoquait, en plus menaçant, les stations balnéaires sillonnées de long en large par les voitures publicitaires vantant un cirque ou un taureau piscine. Les informations changeaient parfois, dernière répercussion d’une décision prise dans un ministère réuni en cellule de crise et descendant la hiérarchie avec méthode.
Il y avait des vitrines brisées et des voitures encastrées dans des rideaux de fer, des rues entières couvertes de tessons de verre qui craquaient sous ses pas, des traces d’essence et des traces de sang, des véhicules accidentés et d’autres calcinés. Partout flottait la même odeur de gaz carbonique et d’huile de moteur. Des impacts de balles grêlaient des façades, d’importantes plaques de suie en forme de cône inversé en noircissaient d’autres. Il n’y avait plus de cadavre dans les rues mais leurs empreintes. Une chaussure poisseuse et déchiquetée, une éclaboussure bistre sur un trottoir ou plus vive sur un panneau publicitaire à la vitrine explosée, une piste de gouttes brunes menant au paillasson gorgé de sang d’une cage d’escalier déserte. Il y avait peu de monde, des personnes isolées qui allaient au supermarché ou qui en revenaient, des couples qui erraient avec au visage une expression hébétée, des enfants à l’air choqués, et puis les patrouilles.
Le soir tombant, il y avait de moins en moins de civils dans les rues et ne restaient que les CRS, qui tentaient de reprendre le contrôle de la ville petite zone par petite zone, et les bandes, qui les affrontaient selon une tactique de guérilla, provoquant des escarmouches et se dispersant après avoir causé un maximum de dégâts dans un minimum de temps. Des CRS mourraient. Des émeutiers aussi. Les forces de l’ordre utilisaient désormais systématiquement les armes à feu. De plus en plus, ils visaient le torse ou la tête au lieu des membres. Personne ne contrôlait la situation, personne ne donnait d’instruction à personne, la chaîne de commandement était rompue. Il n’y avait plus de vision d’ensemble et chaque unité agissait aliénée à toutes les autres. |
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painfrette Senior


Inscrit le: 01 Déc 2007 Messages: 840 Localisation: Lac-Saint-Jean,Québec
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Posté le: Lun Oct 27, 2008 10:58 am Sujet du message: |
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| très belle suite sa konsstrukt |
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konsstrukt Initié

Inscrit le: 03 Fév 2008 Messages: 117
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Posté le: Lun Nov 03, 2008 4:46 am Sujet du message: |
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photos : patrice dentard – http:www//daslook.com
15 juin
Vincent arriva chez lui sans encombre. Ici plus qu’ailleurs, les immeubles et les parkings portaient la marque de combats à l’arme automatique et à la grenade. Des appartements ravagés dégorgeaient encore une fumée anthracite. Toutes les voitures avaient brûlé. L’air, saturé de molécules de plastique fondu, de poussière et de suie, provoquait toux et larmoiements. Nadia regardait par la fenêtre. Elle aperçut Vincent. Elle manifesta de la joie.
C’était un bistrot traditionnel. L’enseigne (chez Dédé) n’avait pas été corrigée quand le bar avait changé de main, passant par héritage du père au fils. L’incendie avait calciné la façade depuis le sol jusqu’au premier étage. Il ne restait plus de la vitrine brisée que des éclats polis et noircis. A l’intérieur tout avait brûlé. Les tables, les chaises, le comptoir, le flipper, les bouteilles, les verres, l’alcool, la télévision, les posters, tout était détruit. Le sol était jonché de débris, de cendres, de morceaux de bois et de plastique carbonisés, de verre brisé. A travers la pellicule noire, froide et collante qui couvrait tout on distinguait l’ancienne couleur des choses. Une amère odeur de cendre, de brûlé et d’alcool imprégnait le lieu.
Trois corps allongés grouillaient d’asticots. Deux hommes en civil, un en uniforme de la gendarmerie, aucun n’avait d’arme visible. Un civil reposait sur le dos et une bouillie rose vif remplaçait son visage et la partie supérieure de son crâne, l’autre avait un tee-shirt raide de sang séché et des orifices d’entrée de balle aux bras, le gendarme n’avait plus de tête. Les traces sur le sol indiquaient que l’affrontement s’était déroulé après l’incendie.
La proclamation de l’état d’urgence déclencha des émeutes qui durèrent plusieurs heures et eurent pour conséquence une centaine d’arrestations, plusieurs dizaines de blessés et une vingtaine de morts du côté des émeutiers, et des pertes militaires négligeables. Après avoir pacifié la ville l’armée entreprit de la quadriller de check points, en commençant par les ponts qui traversaient le fleuve. A partir de six heures du matin, des camions de l’armée patrouillèrent. Leurs haut-parleurs diffusaient en boucle les instructions : interdiction de se rassembler à plus de trois personnes ou de conduire un véhicule sans autorisation spéciale à demander à la mairie de son arrondissement de résidence habituelle, application du couvre-feu de dix-huit heures à six heures, obligation de posséder des papiers d’identité et de les présenter à chaque point de contrôle, interdiction de détenir des armes ou des objets dangereux, arrestation des contrevenants et usage de la force en represaille à tout acte de rebellion. La liste des immeubles vidés de leurs habitants et déclarés zone militaire était disponible dans les commissariats et les gendarmeries. Des soldats en tenue de combat encerclaient certains locaux de France Télécom avec ordre d’abattre à vue et sans sommation quiconque tenterait de forcer le périmètre de sécurité matérialisé par des chevaux de frise. Depuis le milieu de la nuit, l’armée avait réquisitionné et sécurisé tous les bâtiments qui abritaient dans leurs sous-sols les nœuds de raccordement d’abonnés et par conséquent contrôlait l’utilisation et la distribution des lignes de téléphonie fixe. Elle détenait le monopole de l’unique mode de transmission qui fonctionnait encore et le répartissait entre les différentes composantes de la sécurité civile, rétablissant ainsi les chaînes de commandement et restaurant les hiérarchies. Plus personne d’autre ne pouvait communiquer à distance.
Partout chacun parvenait à la certitude que tous les autres étaient également touchés ; partout des gens dont c’était le métier tentaient de comprendre les causes de ce dérèglement et des gens dont c’était le métier tentaient de découvrir un remède, aucun ne servant à rien.
Kévin, en caleçon et tee-shirt blancs, accoudé au balcon, regardait devant lui. Sa peau se couvrait de chair de poule. Il fumait une Camel. Les cendres tombaient dans le vide. Il masquait de sa main le rougeoiement de la fraise. Le vent dispersait la fumée. Une bouteille de rhum blanc Saint Dominique aux trois quarts pleine était posée à ses pieds. Carrefour se situait à deux cent mètres à vol d’oiseau de son poste d’observation. Le parking était dégagé de tout piéton et de tout véhicule, à part trois jeeps de l’armée et une dizaine de soldats en tenue de combat entourant un camion citerne garé près de la station essence. Un tuyau et une pompe reliaient la citerne à la cuve qui stockait le carburant. Elle était creusée dans le sol, blindée et aux dimensions d’une piscine domestique. Son niveau baissait lentement.
Kévin lampa une dernière gorgée puis reposa la bouteille sur la terrasse. Il quitta l’appartement, descendit aux caves par l’ascenseur, rencontra trois hommes charpentés comme des amateurs de musculation, joggings sombres, capuches sur le crâne, armés. L’un d’eux tendit un sac de sport contenant trente kilos de matériel à Kévin, qui le remercia et retourna à l’ascenseur. Il en sortit au dernier étage, crocheta une trappe, jeta le sac sur le toit et y grimpa ensuite. Il vit le cadavre d’un militaire reposer sur le ventre. Sous sa tête, une mare de sang s’élargissait à vue d’œil. Courbé en deux, Kévin trotta jusqu’au bord ouest et s’accroupit de sorte à ne pas dépasser le garde-fou. Il sortit du sac les différentes pièces d’un lance-roquettes MILAN. Assembler tous les éléments lui demanda quinze minutes. Il travaillait sans schéma technique. Une fois l’arme opérationnelle et chargée, il s’installa au poste de tir et régla les paramètres de visée. Il enfonça des tampons de cire dans ses oreilles. L’adolescent reproduisait des gestes qu’il avait répétés pour un travail annulé à cause de la catastrophe et remplacé par celui de ce soir.
Il déclencha le tir. La brutalité de la détonation l’étourdit malgré ses bouchons, l’arrière de l’arme cracha une gerbe de feu plus longue que le toit de l’immeuble, une roquette filoguidée de soixante-quinze centimètres de long et cent quinze millimètres de diamètre jaillit vers le camion-citerne en déployant ses ailettes. Les militaires levèrent la tête. Elle percuta sa cible trois quarts de seconde plus tard. L’explosion arracha le camion au sol. Il se disloqua, l’essence s’embrasa en une vaste boule aveuglante, les hommes moururent sur le coup, le feu se propagea aux autres camions, aux pompes et à la cuve, les trois cent mille litres qu’elle contenait s’enflammèrent, tout ça en moins de cinq secondes. Kévin laissa son arme et rampa vers la trappe. Des balles ricochaient assez loin de lui sur le ciment. L’éclat de l’incendie gênait les snipers. Il quitta le toit et retrouva en bas les trois hommes. Ils s’enfermèrent dans une cave.
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Sebangel Angel of Earth


Inscrit le: 01 Juil 2008 Messages: 2172 Localisation: France _ Alsace
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Posté le: Lun Nov 03, 2008 5:25 am Sujet du message: |
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Super !!! _________________ Un ange veille ! |
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konsstrukt Initié

Inscrit le: 03 Fév 2008 Messages: 117
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Posté le: Lun Nov 03, 2008 6:55 am Sujet du message: |
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merci  |
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konsstrukt Initié

Inscrit le: 03 Fév 2008 Messages: 117
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Posté le: Lun Nov 10, 2008 2:33 am Sujet du message: |
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photos : patrice dantard – http:www//daslook.com
16 juin
L’armée, après avoir pacifié la Gare Montparnasse au terme d’une bataille qui dura six heures et eut pour conséquence cent douze arrestation, quarante-trois blessés et dix-neuf morts côté pillards et dix-sept blessés et six morts côté militaire, décida de la réquisitionner dans le but d’y installer son PC.
Des tanks, des rouleaux de fil de fer barbelé et des hommes en arme bloquaient les points d’accès à la gare, les rues y menant, les voies de métro, les voies ferrées. Des militaires transféraient le contenu des boutiques de la galerie commerciale dans des semi-remorques, d’autres transformaient les magasins vidés en dortoirs pour soldats ou officiers. La sécurité, les travaux et l’encadrement occupaient plus de trois cent soldats de tous grades. Le ministre de la défense voulait que le PC soit opérationnel le dix-huit juin.
Le poste de secours n’avait pas changé de fonction et accueillait les militaires blessés au cours des émeutes. Devant la porte, une demi-douzaine de soldats debouts ou assis attendaient leur tour en fumant des clopes et en se faisant tourner une bouteille de Jenlain. L’un d’eux avait un œil bandé, de la gaze couvrait entièrement le visage d’un autre, un troisième était amputé de la main droite et avait un pansement compressif au cou, les trois derniers ne présentaient pas de blessure visible. Ceux-là avaient déjà été soignés et venaient pour leur suivi médical. Un autre poste de secours s’occupait des urgences. L’un des soldats racontait aux autres qu’un émeutier l’avait visé avec une fusée de feu d’artifice ; l’explosion du pétard lui avait arraché le casque et brûlé le visage au second degré. La tête et le haut du corps saisi par les flammes, il avait riposé par réflexe d’un tir de FAMAS. Les trois balles de la rafale courte touchèrent son aggresseur à la poitrine. L’homme racontait l’anecdote avec un mélange d’aggressivité et d’enthousiasme.
L’odeur de la maladie emplissait la chambre d’hôtel. Le mobilier se composait d’un lit à deux places, d’une table posée contre la fenêtre et flanquée d’une chaise, d’une armoire, d’un coin salle de bain isolé du reste par un rideau en angle bleu ciel et d’une télévision qui ne recevait aucune chaîne. Les murs blancs crépis à la goutte portaient les traces de toutes les cigarettes qui avaient été fumées ici.
Lucy vomissait par intermittence à genoux devant les toilettes. Son ventre expulsait par spasmes un liquide gluant et acide constitué de glaires, de bile et de sang. Entre deux crises, le front posé contre l’émail frais, les yeux tournés vers l’eau trouble, elle avalait des goulées d’air en hoquetant comme une noyée et appuyait sur le bouton de la chasse d’eau pour évacuer les déchets et les odeurs. Des embruns échappés du tourbillon ravivaient son visage livide et lui donnaient de l’air frais. Elle était poisseuse de sueur. La robe fleurie qu’elle portait depuis quatre jours était souillée. Son parfum (Elle, d’Yves Saint Laurent) se perdait parmi les relents de transpiration et de déjections. Une de ses bagues avait glissé de son doigt et était tombée dans les toilettes ; elle avait tiré la chasse sans remarquer l’événement. Ses cheveux n’étaient ni lavés ni coiffés. Il restait sur son visage des traînées de maquillage. Des larmes remplissaient ses yeux gonflés et vitreux, de la morve épaisse s’écoulait de son nez, ses lèvres étaient cyanosées. Un mucus compact et mêlé de sang noir s’accumulait à ses commissures et s’épanchait sur son menton. Dehors, à cinq cent mètres de là, un tank tira sur un bâtiment.
Depuis six heures du matin, une jeep de l’armée garée sur le parvis filtrait l’accès à l’église transformée en dispensaire. Les blessés et les sans-abri devaient faire tamponner leur laisser-passer par deux militaires relevés toutes les six heures, subir une fouille et entrer par une porte latérale gardée par deux autres soldats en tenue de combat.
A dix-sept heures, alors que Carla, l’infirmière-chef, bavardait avec le lieutenant Franchi, deux motos débouchèrent d’une rue et foncèrent sur la place, chacune montée par deux individus casqués. L’homme assis à l’arrière de la première lança une grenade défensive en direction des soldats. Elle explosa sur la jeep qui prit feu aussitôt, deux militaires tombèrent, les autres ripostèrent. Les motards s’abritèrent derrière leurs véhicules et sortirent des revolvers de leurs blousons.
Le lieutenant Franchi était effondré et sanglant. Son œil pendait hors de l’orbite. Carla avait une hémorragie au bras, une autre à la cuisse et le visage couvert de sang. Un éclat avait traversé son ventre et sectionné sa moelle épinière. Elle voyait la voiture en flamme et rien d’autre. Elle entendait les tirs et les cris et aussi l’agonie bruyante du lieutenant. Après une quarantaine de secondes la fusillade cessa, il y eut des exclamations et des rires qui n’étaient pas ceux des soldats puis une nouvelle explosion retentit à une dizaine de mètre. Le lieutenant mourrut à ce moment-là. Carla agonisa encore pendant presque une minute.
Keirah était officier de police judiciaire depuis quatre ans. Elle avait vingt-sept ans. Ce matin elle avait été détachée par le commissaire Liévain auprès des services de renseignements de l’armée. Elle travaillerait désormais sous les ordres directs du lieutenant-colonel Auzier et son rôle consisterait à assiter aux interrogatoires des suspects afin d’en rendre compte au préfet. Après avoir quitté son nouveau supérieur elle déambula dans l’enceinte militarisée du centre commercial. Il s’organisait sur trois niveaux de mezzanine autour d’un puît de lumière central et surplombé par une rosase en verre. La climatisation ne fonctionnait pas. La verrière concentrait la chaleur, qu’aucune aération ne venait troubler, de sorte que la température dépassait les trente-cinq degrés. Elle sortit et resta un moment sur le parvis à observer par terre, presque contre la chenille d’un tank, un pigeon mort que dévoraient des fourmis. Son visage présentait une expression indéchiffrable. Alors qu’elle se relevait et s’étirait, un jeune sergent vint lui proposer de boire un coup. Elle accepta l’invitation et le suivit dans le Quick surchauffé et transformé hâtivement en mess des sous-officiers. Il y régnait une agitation bon enfant. On y buvait de la bière. Keirah était la seule femme. Vers dix-neuf heures on rétablit l’air conditionné. Des cris de joie accueillirent l’événement.
Les parents de Marc profitèrent des heures de libre circulation pour se rendre à pied au commissariat et signaler sa disparition. L’endroit débordait de prisonniers blessés et agressifs. L’armée assistait la police dans ses tâches administratives. Un homme en uniforme et visiblement débordé enregistra une main courante.
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painfrette Senior


Inscrit le: 01 Déc 2007 Messages: 840 Localisation: Lac-Saint-Jean,Québec
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Posté le: Lun Nov 10, 2008 12:23 pm Sujet du message: |
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| j'aime bien les photos moi et surtout très interessant |
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Sebangel Angel of Earth


Inscrit le: 01 Juil 2008 Messages: 2172 Localisation: France _ Alsace
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Posté le: Mer Nov 12, 2008 11:40 am Sujet du message: |
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C'est vrai que les photos sont classe !!
Sinon la suite de ton récit toujours aussi bien !!!! Bonne continuation !
Y aura t'il une suite ou c'était la fin ????? _________________ Un ange veille ! |
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Sam Winchester Régulier


Inscrit le: 07 Nov 2008 Messages: 319
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Posté le: Jeu Nov 13, 2008 4:22 am Sujet du message: |
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Intéressant !
Euh question "bête" c'est toi l'auteur ?
Si c'est le cas je tire mon chapeau ! Continu comme ça !  |
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konsstrukt Initié

Inscrit le: 03 Fév 2008 Messages: 117
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Posté le: Ven Nov 14, 2008 3:58 am Sujet du message: |
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y'aura une suite ; chaque semaine pendant environ une trentaine de semaines.
(je transmets vos compliments à l'auteur des photos - et sinon, oui, c'est moi l'auteur de ce roman) |
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Sam Winchester Régulier


Inscrit le: 07 Nov 2008 Messages: 319
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Posté le: Ven Nov 14, 2008 4:46 am Sujet du message: |
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| konsstrukt a écrit: |
y'aura une suite ; chaque semaine pendant environ une trentaine de semaines.
(je transmets vos compliments à l'auteur des photos - et sinon, oui, c'est moi l'auteur de ce roman) |
Cool !!
Tu es vraiment doué ! Bonne continuation! |
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