La ferme maléfique

Un endroit qui n'avait vraiment rien pour plaire



 

 

Dany n’avait pas envie de déménager. Passager dans la vieille voiture de sa mère, il regardait défiler le paysage au fur et à mesure que la route les guidait vers leur nouvelle vie. Quitter cette ville qu’il aimait et détestait tant à fois, ses quelques amis et les nombreux connards qui lui faisait la vie dure à l’école. Mais à 16 ans et sans-emploi, il n’avait pas vraiment le choix. Sa mère venait à peine de se séparer de son petit ami et, plutôt que de se louer un appartement, elle avait trouvé cette fermette à louer, disponible immédiatement. Une semaine plus tard, ils quittaient la ville pour la campagne.

 

La vue de sa nouvelle demeure ne devait pas changer son opinion. La maison n’avait vraiment rien pour plaire. Perdu au milieu d’un grand terrain mal entretenu, c’était une vieille et petite maison blanche à deux étages, avec de vieilles fenêtres et des portes qui grincent. Les planchers étaient usés et les chambres, minuscules.

« M’man, c’est de la merde cet endroit ! » s’exclama Dany.

« Cesse de toujours dire que tout est de la merde ! Si tu avais fait un effort pour t’entendre avec Pierre nous ne serions peut-être pas ici ! » rétorqua sa mère.


 


Dany se retint de répondre, une autre dispute sur ce sujet n’était pas nécessaire. Il monta à l’étage et s’installa dans l’une des chambres. De sa petite fenêtre, il pouvait voir le vieux puits, la grange et les arbres immenses qui dominaient la cour. Ces arbres dont les troncs étaient larges comme deux hommes.


« Je vais faire un tour ! » cria Dany en sortant de la maison, sans attendre la réponse de sa mère qui lui aurait certainement trouvé quelques travaux à effectuer. Ce terrain était si vieux qu’il y avait certainement quelque chose d’intéressant à découvrir. Il n’en pouvait plus de suivre sa mère. Les dernières journées avaient été pénibles et il se devait se divertir un peu. La vieille grange l’intriguait, peut-être y découvrait-il quelque chose.


L’endroit était encore rempli de vieux outils rouillés et de foin. Les derniers occupants n’avaient rien apporté avec eux. La bâtisse de deux étages était en ruine, tellement que Dany dut prendre ses précautions pour monter en haut de l’escalier en piteux état. À peine avait-il commencé à explorer la mezzanine lorsque soudainement, des battements d’ailes vinrent déchirer le silence qui régnait dans l’endroit. Dany fit volte-face et trébucha sur de vieux matériaux qui jonchaient le sol. Des pigeons, qui avaient élu domicile sur la mezzanine, volèrent en panique autour de l’adolescent avant d’aller se poser en hauteur, sur une poutre du toit.


Dany, se sentant un peu ridicule, se releva promptement, il avait eu bien peur. Mais la nervosité ne le quitta pas, il sentait la colère monter en lui. Il souhaitait quitter cet endroit, quitter cette grange, partir de cette fermette hideuse. Alors qu’il marmonnait sa haine envers sa nouvelle vie, un courant d’air froid envahit brusquement l’endroit. Dany eut d’étranges frissons dans le dos, tellement qu’il regarda derrière lui pour s’assurer qu’il était bien seul.


Alors qu’il s’agrippait prudemment à la rampe et entrepris de descendre le piteux escalier, cette sensation de froid revint à nouveau. Mais cette fois, il entendit quelque chose. Une voix sépulcrale venue des abysses, qui lui murmurait..

« Dany… »

Il n’en fallait pas plus pour que le jeune homme soit saisi d’une panique incontrôlable. Il dévala l’escalier en quelques pas et courut hors de la grange. Regardant derrière lui, il vit une forme noire, humanoïde, qui se dressait dans les pénombres du bâtiment. Il courut rejoindre sa mère, mais s’arrêta avant de pénétrer dans la maison. Il savait trop bien que, s’il y racontait sa mésaventure, sa mère ne le croirait pas et qu’elle l’accuserait encore d’inventer des histoires pour lui compliquer la vie.


Il rentra et vint voir sa mère. Elle continuait à déballer ses boîtes de déménagement. Dany lui donna un coup de main, ils soupèrent ensemble et, plus tard, regagna dans sa chambre sans lui parler de sa mésaventure. Depuis sa fenêtre, il ne pouvait cesser de fixer la grange. Le vent s’était levé et les branches des arbres créaient des ombres inquiétantes qui semblaient danser dans la cour. Les arbres, si majestueux pendant la journée ensoleillée, avaient soudainement un air étrange, une apparence terrifiante. Dany aperçu, pendant un instant, la silhouette bien définie d’un homme qui rôdait alentour de la grange. C’en était trop ! Il alla voir sa mère.

« M’man ! Il y a quelqu’un dans la cour ! Je viens de voir quelqu’un dans la cour ! » cria-t-il en entrant dans la chambre de sa mère.

« Mais voyons… ! »

Sa mère et lui observèrent la cour pendant de longs instants, mais il n’y avait personne. Craintive, elle fit le tour de la maison et vérifia que toutes les portes étaient bien verrouillées.

« Ce ne sont probablement que les ombrages des arbres Dany, il n’y a pas à s’inquiéter. Retourne dormir. »

« M’man, il y a quelque chose de pas net dans la grange. Je crois qu’elle est hantée. »


Sa mère lui sourit en lui caressant la tête. Ne croyant pas aux fantômes, elle le rassura en lui disant qu’ils iraient jeter un coup d’œil à cette grange le lendemain.


Cette nuit-là, Dany eut beaucoup de difficultés à s’endormir, se relevant parfois pour regarder par sa fenêtre. La maison craquait de partout et cela angoissait l’adolescent. Un moment il crut entendre quelqu’un marcher sur le perron… ou était-ce peut-être que le vent. Il parvint finalement à s’endormir, fatigué des émotions de la journée.


Le lendemain matin, Dany tenait mordicus à montrer l’étrange grange à sa mère, mais alors qu’ils se retrouvèrent devant, il s’arrêta net. L’aspect lugubre de l’endroit, même éclairé par les rayons du soleil, lui glaçait le sang.


« Laisse faire M’man, je ne veux pas y retourner. Il y a quelque chose de malsain dans cette grange. Je ne veux pas y retourner. »


« D’accord Dany. Tu sais, de toute façon, c’est dangereux comme endroit. J’aime aussi bien que tu n’y ailles pas » répondit-elle en bifurquant tout naturellement vers le puits.


« Pourquoi tu dis cela ? » rétorqua Dany


« Parce que c’est un endroit dangereux, c’est une vieille bâtisse et je ne veux pas qu’il t’arrive un accident. C’est probablement rempli de vieux clous rouillés… »


« Tu ne me cacherais pas quelque chose m’man ? » demanda Dany sur un ton inquisiteur.


« Bien sûr que non !  répliqua la dame en s’asseyant sur un muret près du puits. Il n’y a rien à cacher Dany, tu te fais encore des idées. Nous allons être bien ici, c’est une nouvelle vie qui commence pour nous ! »


Dany se tut, il connaissait par cœur le discours que sa mère était sur le point d’entreprendre. Il détourna les yeux et s’attarda au vieux puits qui décorait la cour. Lorsqu’il regarda à l’intérieur, il eut brusquement un recul et un haut-le-cœur. Il n’y avait pas d’eau dans le puits et, tout au fond, le squelette d’un animal s’y trouvait. Sa mère y jeta immédiatement un coup d’œil.


« On dirait une biche… probablement qu’elle y est tombée et que, incapable d’en sortir elle est morte de ses blessures… C’est vraiment triste. » dit sa mère.


« Il y a beaucoup d’animaux par ici, reprit-elle. Je vais parler au propriétaire pour savoir ce qu’il va en faire. Même si le puits n’est plus utilisable, probablement qu’il ne la laissera pas là! »


Dany lui avait des frissons. Il avait un mauvais pressentiment et les choses allaient de mal en pis. Il anticipait déjà sa prochaine nuit d’horreur dans ce lieu maudit. Ils passèrent le restant de la journée à déballer tranquillement ce qu’il restait du déménagement. Avec un peu de décoration, l’endroit paraissait un peu moins lugubre, mais Dany sursautait à chaque craquement, chaque petit bruit. Cette maison semblait craquer en permanence.


La nuit vint et le jeune homme gagna finalement son lit. Fatigué de sa journée et du manque de sommeil de la veille, il crut pendant un moment être capable de s’endormir, quand un grattement se fit soudainement entendre. De petits coups irréguliers à sa fenêtre. Dany se leva et jeta prudemment un coup d’œil. Ce n’était qu’une branche d’arbre qui frappait la vitre de sa fenêtre.


« Mais cet arbre n’était pas là hier ! » réalisa soudainement Dany.


Depuis sa chambre il ne pouvait plus voir la grange, les arbres semblaient s’être déplacés ! Dany regagna son lit, il tremblait de tout son corps. Il ne comprenait plus rien, comment cela était-il possible ? C’était de la folie. Alors que l’angoisse l’envahissait, il ressentit soudainement, encore une fois, cette brise froide qui pénétra sa chambre. Il eut cet étrange picotement à la nuque. Paralysé par la peur, il ne fit rien et resta silencieux. Peut-être cette chose partirait d'elle-même ? Des sueurs froides perlaient sur son front, et alors qu’il tentait de reprendre son souffle, cette voix sépulcrale s’élevait de nouveau derrière lui, comme un murmure à son oreille.

« Bonsoir Dany… »

Dany fut pris de panique, se libérant soudainement de cette paralysie et il cria de toutes ses forces.


« Mais laissez-moi tranquille ! Foutez-moi la paix ! » hurla Dany en se précipitant hors de sa chambre.


Il dévala les escaliers et se mis à rassembler plein de choses dans un sac à dos qu’il trouva à la cuisine. Alertée par tout ce boucan, sa mère vint le rejoindre. Consternée, elle regardait Dany courir dans toutes les directions pour rassembler quelques-unes de ses choses. Tremblotante, elle s’assit dans son fauteuil, de peur que ses jambes cessent de la soutenir.


« Que… que fais-tu Dany ? » dit-elle la voix pleine d’émotions.


« Nous devons partir immédiatement ! Allez ! Lève-toi ! Cette foutue baraque est maudite. Nous devons aller à la voiture ! » lui cria Dany.


« De quoi parles-tu Dany ? Reste calme, vient t’asseoir… »


« Tu ne vois donc pas ? Reprit brusquement Dany. Il y a une présence malfaisante ici ! Elle m’a parlé deux fois ! Elle n’est plus seulement dans la grange, mais dans la maison aussi ! Tu ne vois pas ? Les arbres se déplacent !!! Les arbres se rapprochent de la maison ! Ils bougent ! Cet endroit est démoniaque ! Viens à la voiture ! »


Dany sortit de la maison en trombe, courant jusqu’à la voiture et sans fermer la porte derrière lui. Sa mère était pétrifiée. Assise dans son fauteuil, elle était paralysée par la peur. Le corps raidi, elle se leva néanmoins et se dirigea vers le comptoir de la cuisine. Elle saisit alors le téléphone et composa, d'une main tremblante, un numéro qu'elle ne connaissait que trop bien.


« Docteur Martin ? C'est Dauphine... Je suis vraiment désolée de vous appeler à une heure pareille… ! »


« Oui, madame Desbiens, j'attendais votre appel. Alors, les choses se passent comme elles devraient ? »


« Non docteur, cette fois ce sont les arbres qui lui cours après, je... je ne sais plus quoi faire ! Il me fait peur ! Je vais encore devoir appeler la police, il est complètement hystérique ! »


« Je sais bien madame, nous allons devoir envisager une autre solution. »

 

 

David Magny pour Dark-Stories.com - Mercredi 23 octobre 2013
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N.B. "La ferme maléfique" est une histoire de peur sans fondement dont le seul but est de vous divertir.

 

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