OVNI à Falcon Lake

Un dossier de Christian R. Page



 

Falcon Lake (Manitoba), 28 juillet 1967.

Depuis de longues minutes déjà, les hommes ont quitté le sentier pour s’enfoncer dans la forêt. En ce milieu d’après-midi, la chaleur y est suffocante. Ils sont neuf personnes à suivre un solide gaillard qui, malgré ses 50 ans, impressionne par sa vigueur. Les hommes transportent avec eux tout un attirail d’appareils de mesures et de détecteurs de métaux. Soudain leur « guide » s’arrête. Il regarde autour de lui ; scrute les arbres comme s’il cherchait un indiscernable repère.

- Je crois que c’est par-là, laisse-t-il tomber en pointant un bouquet de conifères.

 

Sans mot dire, les hommes reprennent leur progression. Le terrain est très accidenté ce qui ralentit leur avance. Puis, au détour d’un gros rocher en forme de menhir, « l’endroit » apparaît enfin. Il s’agit d’une sorte de plateau rocheux d’une dizaine de mètres de diamètre. À plusieurs endroits la mousse montre de curieuses marques de frottage, bien visibles. Au centre, une surface de trois mètres est complètement dégarnie de végétation, comme si une tornade s’y était abattue. Et à la verticale, des branches ont été brisées.
 

 

À la hâte, un des hommes tire de son sac un compteur Geiger et entreprend de « balayer » l’endroit. Aussitôt l’aiguille fait des bonds anormaux. Il y définitivement des résidus de radiation dans l’air. « Et si c’était vrai ?», commencent à penser les hommes.

Il y a quelques semaines, leur guide, Stefan Michalak, affirme avoir vu se poser sur ce plateau… une soucoupe volante.1

 

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Le 20 mai 1967, vers 5 h 30, Stefan Michalak quitte son motel en bordure de l’autoroute transcanadienne dans le secteur boisé du parc provincial de Whiteshell, au Manitoba.2  Né en Pologne en 1916, Michalak a émigré au Canada en 1949.3  Marié et père de trois enfants, il travaille comme mécanicien pour une compagnie de Winnipeg. Mais sa véritable passion c’est la prospection minière. En ce magnifique samedi matin, il compte marcher jusqu’à Falcon Lake, près de la frontière ontarienne, pour y faire un peu d’exploration.4

En début d’avant-midi, il localise plusieurs rochers qui lui semblent riches en quartz. Il s’y arrête et commence ses investigations. Vers 12 h 15, alors qu’il se restaure à l’ombre d’un sapin, il entend un bourdonnement strident. Il lève la tête et aperçoit deux objets de forme oblongue surmontés d’un dôme. Ceux-ci se rapprochent rapidement. Ils irradient d’une étrange lumière rouge qui leur donne l’aspect du métal chauffé. Vu de plus près, les objets ressemblent davantage à des disques volants qu’à des cigares. Arrivés à peu près à la verticale de Michalak, ils s’immobilisent, puis l’un d’eux amorce une lente descente pour se poser sur un rocher à moins de 45 mètres du prospecteur. Pendant un bref instant, l’autre objet reste suspendu en l’air avant de s’éloigner vers l’Ouest où il disparaît dans les nuages.5  Dissimulé derrière un rocher, Michalak peut à loisir détailler l’objet au sol.

L’engin, qui émet un ronronnent semblable au moteur d’une génératrice, n’a plus cet aspect rouge incandescent qu’il avait en vol, mais semble fait d’un métal poli.6  Sur son dôme, qui fait à peu près 1,5 mètre de diamètre, le témoin remarque des fentes d’environ 30 cm d’où émane une lumière violette. Cette même lumière est perceptible à travers des ouvertures — comme une trappe d’aération — situées sur le corps principal de l’objet.7 

Pendant près d’une demi-heure, Michalak reste bien à l’abri derrière son rocher. Il en profite pour dessiner l’objet qu’il croit être un prototype militaire secret. Soudain, un peu à la manière de l’iris d’une caméra, une porte s’ouvre sur le côté de l’engin d’où s’échappe encore cette vive lumière violette. Michalak juge qu’il est temps d’en savoir davantage.8

Très lentement, comme s’il craignait d’être repéré, il s’approche. Il est aussitôt frappé par cette étrange odeur de souffre qui nimbe l’engin. Il entend également des voix, mais rien de très distinctif. De plus en plus convaincu d’avoir affaire à un véhicule militaire il crie en anglais :

Okay, Yankee boys, having trouble ? 9

Mais comme il n’obtient aucune réponse, il repose la question en russe, en italien, en allemand, en français et en ukrainien. Mais ses talents de polyglotte n’ont guère plus de succès. De plus en plus intrigué, il met ses lunettes de protection — qu’il utilise pour se protéger des éclats de pierre — et glisse sa tête dans l’ouverture.10

 

« À l’intérieur il y avait beaucoup de lumière, racontera plus tard Michalak. Il y avait des faisceaux qui allaient à l’horizontal et d’autres verticaux. Il y avait aussi des lumières qui clignotaient de manière désordonnée. »11

 

Michalak fait un pas en arrière. Il note que la paroi de l’engin est épaisse d’au moins 45 cm à cet endroit. Il entend alors un déclic et trois panneaux d’acier se mettent en place pour refermer l’ouverture.12  Il n’a jamais rien vu de pareil. Il détaille l’objet : celui-ci doit faire 10 mètres de large par 3 mètres de haut, de la base au sommet de la coupole.13  On dirait qu’il a été fait d’un seul bloc ; il n’y voit aucun joint, rivet ou soudure. De sa main gantée, Michalak touche la surface de l’engin. Les embouts en caoutchouc de ses doigts fondent littéralement au contact du métal.14  Puis, la base de l’objet pivote sur elle-même et la grille — cette espèce de « trappe d’aération » observée plus tôt — se place juste devant lui et laisse échapper un souffle d’air chaud. Les gaz sont si brûlants qu’ils enflamment ses vêtements et les arbrisseaux tout près. Michalak doit se rouler dans l’herbe pour éviter d’être brûlé vif. Lorsqu’il se relève, l’objet a déjà commencé à s’élever. Il grimpe rapidement dans le ciel puis s’éloigne vers l’Ouest.15

Presque aussitôt, Michalak est pris de nausées. Il a des vertiges et une migraine carabinée lui embrouille les sens. Il vomit. 16

Chancelant, il récupère ses outils et se remet en marche vers le motel. Il doit s’arrêter plusieurs fois pour reprendre des forces et pour éviter de perdre conscience. Il met deux heures pour rejoindre l’autoroute et sa destination. Mais craignant d’avoir été « contaminé », il hésite un moment avant d’entrer dans le motel. Enfin, vers 16 h, il se présente à la cafétéria où il demande à quel endroit il peut trouver un médecin. On l’informe que la clinique la plus proche se trouve à Kenora, en Ontario, à quelque 70 kilomètres plus à l’ouest. Pour Michalak cela signifie s’éloigner encore plus de Winnipeg, ce qu’il se refuse à faire. Il préfère téléphoner à sa femme lui expliquant qu’il a eu « un petit accident ». Il lui demande d’appeler leur fils aîné, Mark, pour qu’il vienne le chercher au terminus de Winnipeg à 22 h 15. Sur ce, Michalak regagne sa chambre où il s’allonge quelques heures. À 20 h 45 il monte dans l’autobus qui le ramène dans la capitale où il arrive un peu après 22 h. Comme prévu, son fils l’attend à l’arrêt. En le voyant, ce dernier comprend aussitôt que quelque chose ne va pas. Son paternel paraît épuisé. Il tremble et il est couvert de sueur. Mark décide de le conduire sans plus tarder au Misericordia Hospital. Au médecin de garde, Michalak explique qu’il a été brûlé par les gaz d’échappement d’un avion. On constate alors que son abdomen présente en effet des marques en forme de damier. Le médecin lui prescrit des calmants et lui conseille de prendre quelques jours du repos… 17

Dans les semaines qui suivent, la vie de Stefan Michalak tourne au cauchemar. Son état de santé ne s’améliore pas. Il perd 10 kilos. Il consulte son médecin personnel qui le réfère à un dermatologue, puis à un allergologiste. En désespoir de cause Michalak payera lui-même pour être suivi par des spécialistes de la célèbre clinique Mayo de Rochester au Minnesota (É.-U.). Ceux-ci lui diagnostiqueront d’ailleurs une irradiation de nature « inconnue ». 18

Sur le plan « civique », les choses ne sont guère plus enviables. Après avoir confié son extraordinaire histoire à un journaliste du Winnipeg Tribune, Stefan Michalak devient « l’homme qui a touché à une soucoupe volante ». Des journalistes de monde entier l’appellent à toute heure du jour et de la nuit. Même l’armée canadienne n’est pas indifférente à son histoire. L’officier Paul Bissky est chargé de faire la lumière sur cette « rencontre » pour le moins inusitée.19  En compagnie de Michalak, le militaire — qui avoue ne pas croire un traître mot de toute cette histoire — se rend quand même sur les lieux de l’atterrissage. Sur le rocher, Bissky note que sur une surface d’environ 4 mètres « la mousse et la terre ont été enlevées comme sous l’effet d’une force, semblable à celle qu’aurait pu faire un vent de très grande vélocité ». Dans son rapport, il souligne également qu’en dépit de son scepticisme il est incapable d’expliquer les brûlures abdominales du témoin ni la source de ces lésions.20

Également dépêchés sur les lieux, des experts du ministère de la Santé notent un niveau élevé de radiation, tant et si bien qu’ils déclarent pendant quelques jours l’endroit « zone interdite ».21   On trouve également sur place des lamelles d’argent d’environ 10 cm.22  Selon toute vraisemblance, celles-ci ont volontairement été planquées sur les lieux pour discréditer Michalak. Mais par qui et pourquoi ? L’ufologue canadien Chris Rutkowski est l’expert incontesté de l’affaire Michalak, il en connaît tous les détails et tous les aspects.

 

« Ces lamelles d’argent étaient de très haute qualité, raconte Rutkowski. Elles étaient également radioactives, comme si quelqu’un les avait enduites d’une substance appelée pechblende [oxyde d’uranium]. C’est un procédé très complexe. Si quelqu’un a volontairement planqué ces morceaux, je me demande quels étaient ses motifs ? Au moment de leur découverte, les enquêteurs avaient déjà conclu que l’affaire Michalak était "inexplicable". Pourquoi vouloir la discréditer de cette façon, je l’ignore. » 23

 

Jusqu’à sa mort, en 1999, Stefan Michalak ne variera jamais d’un iota dans sa description des événements. Si cette histoire l’a rendu célèbre, il n’en a jamais tiré profit, que ce soit au plan personnel ou financier. Au contraire. Pendant des années il a été ridiculisé, victime de tous les quolibets imaginables. Il a payé de ses propres deniers les onéreux soins médicaux de la clinique Mayo.24  Et pourquoi ? Pour avoir son nom dans les journaux ?

 

« Après sa rencontre, Michalak est demeuré très discret, de reprendre Rutkowski. Pendant un temps, les gens ont continué à se rendre chez lui, espérant y rencontrer "l’homme qui avait vu une soucoupe volante". Mais lui s’est toujours tenu loin de la publicité. Il n’a jamais participé à des conférences et n’a jamais discuté de son histoire à la télévision nationale. Il n’a pas non plus écrit de livre. I

« En revanche, il a souffert de nombreux effets secondaires. Les marques sur son abdomen sont réapparues de façon cyclique, provoquant des démangeaisons épouvantables et des problèmes de peau qui ont mis longtemps à guérir. Il a traversé des périodes d’épuisement et même des problèmes cardiaques. À ses propres frais il s’est rendu à la célèbre clinique Mayo, aux États-Unis, où les médecins lui ont fait un bilan psychologique et physique. Ils n’ont trouvé aucune explication à ses problèmes. Les psychologues, entre autres, ont écrit qu’il [Michalak] n’était pas du genre à monter des histoires et qu’il était, au contraire, un homme tout à fait terre-à-terre et sincère. » 25

 

L’affaire Michalak est unique dans les annales canadiennes. Aucun incident OVNI n’aura déclenché autant de réactions officielles : du ministère fédéral de la Défense à la Gendarmerie royale. En 1968, l’affaire Michalak a même rebondit à l’assemblée nationale lorsque le député néo-démocrate Barry Mather a demandé à ce que toutes les informations relatives à l’affaire Michalak soient rendues publiques. Ce qui a été refusé… 26

Aujourd’hui, l’incident de Falcon Lake est considéré comme un « classique » du genre. Certains le classent même parmi les 10 meilleures histoires d’OVNIs de tous les temps. Pourtant quelques inconsistances n’ont jamais été résolues. Comment expliquer, par exemple, que Michalak ait été le seul à voir ces engins au beau milieu de l’après-midi ?

« Stefan Michalak a été le seul témoin de cette affaire, explique Chris Rutkowski. On a bien colligé un autre témoignage : celui d’un homme qui a raconté avoir vu lui-aussi des engins semblables près d’un terrain de golf, mais ce récit a été connu beaucoup plus tard. Cela dit, il faut bien reconnaître que l’absence de témoins rend difficile l’évaluation de cette affaire. Le parc provincial de Whiteshell est un endroit très populaire et — même s’il est vrai que le mois de mai se situe au tout début de la saison touristique — les témoins auraient dû être beaucoup plus nombreux. Il y avait aussi, tout près, une tour occupée par des gardes forestiers. Un objet aussi brillant que celui décrit par Michalak aurait dû attirer leur attention ou à tout le moins la fumée dégagée par le feu de broussailles déclenché au départ de l’engin. Mais rien du genre n’a jamais été rapporté. Sur la foi de ces informations il est légitime de s’interroger. Mais en revanche il ne faudrait pas perdre de vue les éléments enquêtés et les preuves physiques associées à cette histoire ; des preuves qui démontrent que Michalak a bel et bien été témoin d’une rencontre tout à fait extraordinaire. »27

 

Encore aujourd’hui, une soixantaine de page du « Dossiers Stefan Michalak », conservé aux archives nationales à Ottawa, demeurent toujours interdites au public. 

 

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Notes supplémentaires:

I - Stefan Michalak n’a jamais écrit de livre sur son histoire. Il a toutefois signé (à compte d’auteur) une petite monographie de 40 pages intitulée My Encounter with the UFO (Ma rencontre avec un OVNI). On ne lui connaît aussi qu’une seule apparition à la télévision nationale et celle-ci s’est faite dans le cadre de la populaire série américaine (NBC) Unsolved Mysteries (1993). Stan Michalak, le fils de Stefan, m’a raconté que son père avait d’ailleurs longuement hésité avant de donner cette interview.

 

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Christian Robert Page © Dossiers Mystère TOME 2, (Louise Courteau, Éditrice Inc. 2008), p.77-86
Reproduction totale ou partielle interdite sur quelque support que ce soit sans l'autorisation de l'auteur.

Véritable enquêteur du paranormal, Christian R. Page et l’équipe de Dossiers Mystère ont parcouru des milliers de kilomètres en quête d’histoires extraordinaires. Vous pouvez écouter sa chronique "Mythes et complots" avec Benoît Dutrizac, chaque semaine au 98,5 FM .

Références:

01. Rapport de l’agent (RCAF) Paul Bissky daté du 1er septembre 1967
02. John Robert Colombo, Extraordinary Experiences ( Hounslow Press, 1989), p. 269
03. John Robert Colombo, UFOs Over Canada (hounslow Press, 1991), p. 78
04. Jerome Clark, High Strangeness: UFOs from 1960 through 1979 (Omnigraphics, Inc. 1996), p. 191
05- Chris Rutkowski et Geoff Dittman, The Canadian UFO Report (Dundurn Press, 2006), p. 72
06. Chris Rutkowski et Geoff Dittman, The Canadian UFO Report (Dundurn Press, 2006), p. 73
07. Jerome Clark, High Strangeness: UFOs from 1960 through 1979 (Omnigraphics, Inc. 1996), p. 191
08. Chris Rutkowski et Geoff Dittman, The Canadian UFO Report (Dundurn Press, 2006), p. 73
09. Chris Rutkowski et Geoff Dittman, The Canadian UFO Report (Dundurn Press, 2006), p. 73
10. Jerome Clark, High Strangeness: UFOs from 1960 through 1979 (Omnigraphics, Inc. 1996), p. 191
11. John Robert Colombo, Extraordinary Experiences ( Hounslow Press, 1989), p. 272
12. Jerome Clark, High Strangeness: UFOs from 1960 through 1979 (Omnigraphics, Inc. 1996), p. 192
13. Jerome Clark, High Strangeness: UFOs from 1960 through 1979 (Omnigraphics, Inc. 1996), p. 191
14. Chris Rutkowski et Geoff Dittman, The Canadian UFO Report (Dundurn Press, 2006), p. 73Chris
15. Rutkowski et Geoff Dittman, The Canadian UFO Report (Dundurn Press, 2006), p. 73
16. Jerome Clark, High Strangeness: UFOs from 1960 through 1979 (Omnigraphics, Inc. 1996), p. 192
17. Jerome Clark, High Strangeness: UFOs from 1960 through 1979 (Omnigraphics, Inc. 1996), p. 192-193
18. Jerome Clark, High Strangeness: UFOs from 1960 through 1979 (Omnigraphics, Inc. 1996), p. 194-195
19. Chris Rutkowski et Geoff Dittman, The Canadian UFO Report (Dundurn Press, 2006), p. 82
20. Rapport de l’agent (RCAF) Paul Bissky daté du 1er septembre 1967
21. Chris Rutkowski et Geoff Dittman, The Canadian UFO Report (Dundurn Press, 2006), p. 76
22. Lettre de R.J. Traill (Geochemistry, Meneralogy and Economic Geology Division) datée du 13 juin 1968
23. Entrevue avec Chris Rutkowski réalisé le 29 mars 2005
24. Entrevue avec Stan Michalak réalisée le 30 mars 2005
25. Entrevue avec Chris Rutkowski réalisé le 29 mars 2005
26. Transcription des débats à l’Assemblée nationale datée du 6 février 1968
27. Entrevue avec Chris Rutkowski réalisé le 29 mars 2005

 

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