Memphré, le monstre du lac Memphrémagog

Un dossier de Christian R. Page



 


Magog (Québec), 18 mai 2003.

Ce matin-là, Jean Grenier, un résident de Magog — une ville située sur les rives du Lac Memphrémagog — monte à bord de son embarcation et se dirige vers le centre du lac.

Il fait un temps magnifique et la surface de l’eau est à peine agitée par la brise légère. Vers 8 h 30, alors qu’il s’apprête à « jeter sa ligne », Grenier remarque à quelque 250 mètres de sa chaloupe des reflets insolites, comme si l’eau était agitée par un remous. Soudain, une forme sombre brise la surface sans provoquer d’éclaboussures.


Le pêcheur, qui a longtemps vécu sur la Côte-Nord, pense aussitôt à une baleine. Il ne voit ni la queue ni la tête de l’animal — parce que pour lui il n’y a aucun doute qu’il s’agit bel et bien d’un animal — seulement cette « bosse » qui sort de l’eau comme le ferait un cétacé.


Mais le pêcheur sait bien qu’il n’y a pas de baleines dans le lac Memphrémagog. À elle seule, la « bosse » fait 9 mètres de long. Pendant près de trois minutes Jean Grenier va observer la « chose » avant que celle-ci ne plonge en soulevant de fortes vagues.

 

 

 

Le pêcheur de Magog n’oubliera jamais cette matinée ; ce jour où il a vu Memphré, le légendaire monstre du lac Memphrémagog… 1

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Situé en Estrie (Québec), le lac Memphrémagog fait 52 kilomètres de long, dont 22 kilomètres se trouvent au Vermont, en territoire américain.2  Sa profondeur maximale est de 107 mètres, pour une profondeur moyenne de 30 mètres.3  Depuis deux siècles on raconte qu’une bête étrange habiterait ses eaux. Déjà au tout début de la colonie les Amérindiens racontaient qu’ils ne se baignaient jamais dans le lac à cause des Anacondas, ce qui signifie « serpents géants ». Aujourd’hui, c’est quelque 200 observations du monstre lacustre qui ont dûment été répertoriées, pour une moyenne de huit nouvelles apparitions par année. Marc Grenier et sa compagne Marguerite McCullouch peuvent témoigner de l’une d’entre elles. 4

Le 31 juillet 1999, le couple était assis à une table à pique-nique à la pointe Merry (plage municipale de Magog). Vers 22 h 30, ils ont aperçu à la surface du lac deux ou trois bosses grises, presque noires.

 

« Il devait être à peu près 20 h 30, ont-ils raconté. Le lac était très calme. En jetant un coup d’œil vers la baie, nous avons aperçu un petit peu à l'est de l'auberge La Brise, donc à une distance de 150 à 200 mètres de l'endroit où nous nous trouvions, quelque chose qui sortait de l'eau puis y entrait avant d'en sortir puis y entrer à nouveau. Ça se déplaçait très lentement. Non pas comme un poisson qui avance en faisant onduler sa queue de droite à gauche et de gauche à droite. Plutôt par des bonds, à la manière d'une baleine, mais sans faire d'éclaboussures. Tout ce qui montrait que quelque chose se déplaçait, c'était un sillage.

« Jusque-là, nous étions persuadés que Memphré, c'était un attrape-touristes, pas autre chose. Maintenant, nous sommes convaincus qu'il y a quelque chose. Nous ne savons pas si c'est aquatique ou autres choses mais nous savons que ce n'est pas une fable. » 5

 

Quelques mois plus tard, presque au même endroit, c’est au tour d’Adrien Rompré de voir la « bête du lac».

Le 5 mai 2000, ce retraité de la police de Montréal, observe depuis sa maison en bordure du lac un sillage qui se déplace rapidement à la surface de l’eau. Sur le coup, l’octogénaire pense au sillage d’un canot à moteur, mais il n’y a aucune embarcation dans les parages. Il court aussitôt chercher ses jumelles, tout en criant à sa femme de venir le rejoindre. Pendant plusieurs minutes les Rompré vont observer les manœuvres de la bête. Cette dernière, qui se trouve à une centaine de mètres de la rive, se déplace assez lentement en s’éloignant vers le centre du lac. Vue à travers les binoculaires, la tête de l’animal est aussi grosse qu’une tête humaine avec de grands yeux noirs. D’où ils se trouvent, les Rompré ont l’impression qu’il s’agit d’une créature au corps trapu. 6


« L’observation a duré au moins cinq minutes, raconte Adrien Rompré. Nous pouvions voir cette chose qui se déplaçait en plongeant et en remontant à la surface. Arrivée près de l’Hermitage, la créature a plongé et dernière fois et nous ne l’avons pas revu. C’était très étrange. D’où je me trouvais, la bête ressemblait à une espèce de loutre géante.

« Nous vivons sur les rives du lac Memphrémagog depuis longtemps et évidemment j’avais entendu parler de ces histoires du monstre mais je n’y croyais pas du tout. Aujourd’hui, je n’ai plus aucun doute qu’il y a quelque chose de très mystérieux dans ce lac. » 7

 

Entre 1986 et 2006, ces témoignages ont soigneusement été colligés par le magogois Jacques Boisvert (Note 1).  Ce dernier a même créé (en collaboration avec Mme Barbara Malloy) la Société international de dracontologie du lac Memphrémagog.8  C’est à lui aussi que nous devons à la bête son nom de baptême : Memphré. À Magog, le « monstre du lac » fait partie de la couleur locale : le restaurant Memphré, les transports Memphré, le dépanneur Memphré ou l’auberge Memphré, les choix ne manquent pas. En 1996, la ville de Magog a également inauguré sa Place Memphré, un belvédère offrant une vue magnifique sur les eaux du lac…9  Pour la région, la bête lacustre est une curiosité, voire une attraction touristique. Mais au-delà de cette récupération folklorique, il y a les observations, dont certaines restent particulièrement intrigantes.

 

« À l’époque, j’étais guide sur le lac Memphrémagog, raconte Gérard Charland. Le 18 juin 1989, j’accompagnais un client qui souhaitait pêcher de la truite grise, un poisson que l’on retrouve surtout en eau profonde. Nous étions donc dans un secteur où la profondeur est d’à peu près 100 pieds (30 mètres). À un moment donné, mon client m’a dit : "Regardez là-bas, il y quelque chose qui vient de sortir de l’eau". Je me suis retourné et j’ai vu une masse sombre à la surface. Sur le coup, sachant qu’il y avait déjà eu de la drave sur le lac Memphrémagog, j’ai pensé qu’il pouvait s’agir d’un tronc d’arbre à la dérive. J’ai dirigé notre embarcation dans cette direction. En approchant, j’ai vu que ce que j’avais d’abord pris pour un tronc d’arbre était en fait un animal marin. Sa tête rappelait celle d’un cheval et je pouvais voir aussi une partie de sa queue qui devait faire entre 12 et 14 pieds (3,65 m à 4,25 m). Lorsque nous sommes arrivés à 150-200 pieds (45-60 m), il a plongé en faisant un énorme remous dans l’eau.

« Nous avons vite regagné la rive. Je tremblais comme une feuille. Je n’avais jamais rien vu de pareil. Ce n’était pas un poisson, ni même un poisson géant. L’animal avait la taille d’un cheval — sans compter la queue — et sa tête ressemblait à celle d’un dragon ou d’un cheval de mer (hippocampe). Son dos était annelé comme celui d’un esturgeon et sa peau était lisse et luisante.

« Après nous être calmés un peu, nous sommes retournés sur le lac. Nous n’avons pas revu la créature. Par contre, à un moment donné, j’ai vu apparaître sur mon sonar une masse gigantesque qui remontait vers la surface. J’ai dit à mon passager : "Tient-toi bien, nous risquons de chavirer". Mais contre toute attente, l’animal n’est pas réapparu. » 10

 

Gérard Charland tirera éventuellement une image imprimée de sa détection sonar. Une preuve « technique » pour laquelle il n’existe toujours aucune explication.

Si aujourd’hui la présence d’un grand animal aquatique dans les eaux du lac Memphrémagog est à peu près acquise, son identité zoologique est en revanche loin d’être établie. Pour certains le « monstre » ne serait rien d’autre qu’un grand poisson de fond d’une taille peu commune, comme un esturgeon. Pour d’autres Memphré serait une espèce lacustre encore inconnue de la science ou un survivant de l’ère préhistorique.

Jacques Boisvert, qui a partagé sa passion pour le monstre avec celle de la plongée sous-marine, a réalisé plus de 5000 plongées uniquement dans le lac Memphrémagog. Si à son grand regret il n’y a jamais vu le monstre, il n’y a jamais croisé non plus de « poissons géants ».11  Selon les données du ministère provincial des Ressources naturelles, le lac Memphrémagog compterait une dizaine de variétés de poissons, allant de la truite arc-en-ciel à l’achigan.12  Il n’est pas non plus exclu que le lac puisse abriter une colonie d’esturgeons, quoique jusqu’à maintenant aucun poisson de ce genre n’y a jamais été pêché.13  Mis à part l’esturgeon, qui peut atteindre jusqu’à 3 mètres de long, les autres poissons du lac Memphrémagog sont tous beaucoup trop petits pour être des candidats sérieux au monstre lacustre. Alors de quoi s’agit-il ?

Dans la foulée du célèbre monstre du Loch Ness, les amateurs ont beaucoup spéculé sur la possibilité que ces créatures puissent être les descendants de ces grands dinosaures marins de la préhistoire. Le problème avec cette interprétation est double. Primo, tous les grands dinosaures marins respiraient de l’air. Ce qui signifie que si Memphré était l’un d’entre eux, il devrait remonter régulièrement à la surface pour s’oxygéner, comme le font les dauphins et autre cétacé par exemple. Or, si tel était le cas, ce n’est pas une demi-douzaine d’apparitions qui seraient rapportées chaque année, mais des centaines. Secundo, pour survivre au temps, l’animal aurait besoin de se reproduire. Il faudrait donc parler de Memphré au pluriel. Or d’après les spécialistes en biologie marine, pour qu’une espèce puisse être viable il faudrait compter des dizaines, sinon des centaines d’individus. Si déjà un monstre c’est beaucoup, imaginez 300 !14  C’est la quadrature du cercle… Pourtant, il y a bien quelque chose d’insolite dans le lac Memphrémagog. Et certains ont même des images pour le prouver…

Le 12 août 1997, Daniel Long et son épouse Patricia pêchent sur le lac. Tout à coup, la jeune femme remarque des vagues inhabituelles qui se forment près de leur embarcation. Cette agitation est d’autant plus étrange que tout le reste du lac est calme. Les remous semblent provoqués par une « activité sous-marine ».

 

« Le temps était calme et nous avancions plutôt lentement, se rappelle Daniel Long. Comme elle le fait souvent, mon épouse filmait les alentours. Tout à coup, cette "vague" mystérieuse s’est formée et est passée tout près de notre bateau. Je ne sais pas ce que c’était, mais c’était très étrange. Il y plusieurs années, je travaillais dans l’industrie marine. On voyait souvent des baleines, des orques et des loutres. Ce que nous avons vu ce jour-là au lac Memphrémagog m’a fait penser à une loutre nageant juste sous la surface.

« La chose — peu importe ce que c’était — n’est jamais apparu à la surface. Elle n’a fait que provoquer un grand remous dans l’eau. Tout cela s’est passé très vite, 10 à 20 secondes au maximum. » 15

 

Le film du couple sera soumis à des experts qui s’avoueront incapables d’identifier « la bête du lac ». 16

Scientifiquement parlant, le monstre du lac Memphrémagog ne peut pas être un dinosaure échappé du parc Jurassique. Il n’est certainement pas non plus un esturgeon bicentenaire de 10 mètres de long. Quant à l’hypothèse qu’il puisse s’agir d’un représentant d’une espèce lacustre encore inconnue de la science, cette perspective paraît hautement improbable à cause des difficultés de reproduction et du nombre élevé d’individus que nécessiterait une colonie viable. Mais improbable n’est pas impossible.

C’est Sherlock Holmes qui disait : « Une fois que vous avez éliminé l’impossible, ce qui reste, même improbable, doit être la vérité ».

 

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Notes importantes:

1. Jacques Boisvert est décédé subitement chez lui (à Magog), le 4 février 2006

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Christian Robert Page © Dossiers Mystère TOME 2, (Louise Courteau, Éditrice Inc. 2008), p.63-70
Reproduction totale ou partielle interdite sur quelque support que ce soit sans l'autorisation de l'auteur.

Véritable enquêteur du paranormal, Christian R. Page et l’équipe de Dossiers Mystère ont parcouru des milliers de kilomètres en quête d’histoires extraordinaires. Vous pouvez écouter sa chronique "Mythes et complots" avec Benoît Dutrizac, chaque semaine au 98,5 FM .

Références:

01. http://www.memphre.com/0.html
02. Michel Meurger et Claude Gagnon, Monstres des lacs du Québec (Stanké, 1982), p. 79
03. Michel Meurger et Claude Gagnon, Monstres des lacs du Québec (Stanké, 1982), p. 87
04. Anonyme, Le Memphré aperçu dans la baie de Magog (La Tribune [Sherbrooke], 4 août 1999)
05- Anonyme, Le Memphré aperçu dans la baie de Magog (La Tribune [Sherbrooke], 4 août 1999)
06. Entrevue avec Adrien Rompré réalisée le 19 avril 2005
07. Entrevue avec Adrien Rompré réalisée le 19 avril 2005
08. http://www.memphre.com/peintre.html
09. http://www.memphre.com/1a.html
10. Entrevue avec Gérard Charland réalisée le 19 avril 2005
11. Entrevue avec Jacques Boisvert réalisée le 19 avril 2005
12. http://www.ilec.or.jp/database/nam/nam-48.html
13. Entrevue avec Jacques Boisvert réalisée le 19 avril 2005
14. Entrevue avec Michel DiVergilio réalisée le 19 octobre 2006
15. Entrevue avec Daniel Long réalisée le 27 avril 2005
16. http://user.bahnhof.se/~wizard/cryptoworld/index232a.html

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