L'effet Hutchison

Un dossier de Christian R. Page



 


Vancouver (Colombie-Britannique), 1979.

Dans son laboratoire, véritable capharnaüm d’appareils hétéroclites, John Kenneth Hutchison jette un dernier coup d’œil sur ses notes. Depuis des années ce scientifique autodidacte s’efforce de mettre en pratique les principes et les énoncés de son maître à penser : le savant serbe Nikola Tesla.

 

Comme ce dernier, Hutchison croit que le contrôle de l’énergie électromagnétique est la voie vers la plus grande révolution énergétique depuis la découverte de la cellule électrique par le comte Volta, il y 200 ans.

Une dernière mise au point pour calibrer un oscilloscope, puis Hutchison met en marche — de façon simultanée — plusieurs appareils capables de générer de forts champs électromagnétiques. Il y a là, entre autres, un générateur d’électricité statique, un générateur de fréquences radio et une « bobine Tesla ». Le scientifique espère que la mise sous tension de tous ces appareils lui permettra de mieux étudier l’interaction des divers champs électromagnétiques ainsi créés.

C’est alors qu’à son grand étonnement il voit une barre d’acier qui était sur le plancher se soulever lentement de plusieurs centimètres, comme si elle était soutenue par une main invisible, avant de retomber bruyamment sur le sol. Hutchison n’en croit pas ses yeux…

 

 

Si cet effet de « lévitation » a été provoqué par le mixage des différents champs électromagnétiques, il est sans contredit l’une des conséquences les plus étonnantes de la physique des ondes… un effet capable de révolutionner le monde.1

 

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C’est à Vancouver, le 19 octobre 1945, que John Kenneth Hutchison voit le jour. Déjà à l’école primaire il manifeste un intérêt pour la science. Mais c’est au début de l’adolescence que sa passion pour la physique prend son envol. Peu à peu, il transforme le sous-sol de la maison de ses parents en laboratoire. Tout l’intéresse : de l’astronomie à la chimie, en passant par l’électronique. Mais sa marotte c’est « l’énergie », sous toutes ses formes. Ses maîtres à penser sont Einstein, Galvani, Faraday et, surtout, Nikola Tesla. Le jeune Hutchison est séduit par l’idée — proposée par Tesla — que l’énergie brute présente dans notre environnement peut être canalisée et retransmise sur de grandes distances sans aucun support, comme les ondes radio par exemple. L’application d’un tel « procédé » pourrait alimenter des milliers de foyers en électricité, sans frais et sans aucun dommage pour l’environnement.2  D’ailleurs, à en croire la légende, Tesla aurait lui-même prouvé la « faisabilité » du principe lors d’une série d’expérimentations tenue entre 1899 et 1902. Durant ces recherches, Tesla aurait réussi à allumer des ampoules électriques en les alimentant par des « faisceaux d’énergie » émis depuis un générateur situé à des kilomètres de là.3  Malheureusement, Tesla, décédé en 1943,4  n’a laissé aucun « plan » de son étonnante machine. C’est ce rêve à la fois humanitaire et philanthropique qui va guider les pas du jeune John Hutchison.

En 1979, lors d’une expérience visant à étudier l’interaction entre les divers champs électromagnétiques, John Hutchison découvre de façon tout à fait fortuite un étrange effet de lévitation, vite baptisé « effet Hutchison ». Mais la sustentation de l’objet ne dure pas…et le scientifique est incapable d’en expliquer le pourquoi. Pendant des jours, il va essayer de reproduire les mêmes conditions expérimentales, mais « l’effet Hutchison » ne se reproduira pas. Puis, un bon matin, en enclenchant pour la énième fois ses appareils, il assiste de nouveau à l’effet de lévitation. Pourquoi ? Mystère ! 5

Au cours des mois qui suivent, John Hutchison va réussir à reproduire de façon sporadique son « effet». Curieusement, celui-ci ne se manifeste pas toujours de la même façon. Parfois il provoque la lévitation d’objets — allant de quelques grammes à plusieurs kilos — parfois il entraînement le bris des matériaux ; des barres d’acier sont tordues, d’autres brisées net. À certains moments, des matériaux hétérogènes — comme le bois et l’acier — se mélangent, comme s’ils avaient été « fondus à froid ». Mais pour le scientifique, la grande question demeure : pourquoi ces « effets » demeurent-ils si aléatoires ? Comment expliquer qu’une expérience menée dans les mêmes conditions puisse se solder par des résultats différents ? C’est justement-là hélas le grand mystère de « l’effet Hutchison ». 6

 

« La grande difficulté de John Hutchison, c’est son incapacité à reproduire à volonté son soit-disant "effet", explique le Dr Andrew Michrowski, président de la Société planétaire pour l'assainissement de l'énergie (PACE). Il faut dire que M. Hutchison expérimente avec tellement d’appareils en même temps que le résultat pourrait bien être généré par quatre ou cinq causes différentes. Par exemple, il peut s’agir d’un générateur statique Vandegraph, un appareil de fréquences radios, d’un isolant de radar… ou simplement des aimants. Malgré sa grande curiosité, Hutchison n’arrive pas à interpréter les résultats de ses expériences avec justesse parce qu’il ne prend pas assez de notes. Voilà le problème ! Il est si enthousiaste et veut tellement expérimenter toutes les idées qui lui passent par la tête que les résultats sont toujours légèrement différents.

« Cela dit, il faut quand même reconnaître que "l’effet Hutchison" a pu être reproduit de façon plus ou moins régulière par de Dr George Hathaway, un physicien attaché à l’Université de Toronto, travaillant comme contractuel pour le gouvernement fédéral du Canada.» 7

 

Au début des années 1980, même s’il reste encore très incompris, « l’effet Hutchison » commence à intéresser de nombreux scientifiques. Si — généré à partir d’appareils nécessitant à peine 110 volts de courant — il peut provoquer la lévitation d’objet de plusieurs kilos et tordre des barres d’acier, quelles pourraient être ses « performances » s’il était déclenché avec des appareils mille fois plus puissants ? Ses applications pourraient être illimitées, particulièrement sur le plan militaire. John Hutchison est bientôt courtisé par des chercheurs des quatre coins du monde. Tous veulent en savoir davantage sur ses travaux.8  En 1983, il est même invité à présenter l’essentiel de ses découvertes devant un comité d’experts militaires réuni au laboratoire de Los Alamos, au Nouveau-Mexique (É.-U.). 9

Pendant près de 10 ans, Hutchison travaille avec divers partenaires financiers, dont l’armée américaine et Boeing aérospatial. Malheureusement, en dépit de ses efforts, il n’arrive pas à reproduire sur une base régulière « l’effet Hutchison ». Devant ces échecs répétés, plusieurs de ses bailleurs de fonds l’abandonnent. En 1989, Hutchison décide de déménager son laboratoire en Allemagne où de nouveaux investisseurs acceptent de financer ses recherches. Dans les coulisses du gouvernement canadien, plusieurs y voient là un acte de pure trahison. Pendant que Hutchison est en Allemagne, ses installations de Vancouver sont « mystérieusement » saccagées. Les autorités canadiennes — sous prétexte d’enquêter sur sa collection d’armes antiques — pénètrent dans ses locaux et saisissent ses documents. L’année suivante, les autorités fédérales font saisir plusieurs de ses appareils alors en transit en Allemagne (des équipements qui ne lui seront jamais restitués, malgré un ordre du tribunal). 10

Au cours des dernières années, le laboratoire de Hutchison a été visité à deux reprises par les agents fédéraux, toujours sous prétexte d’enquêter sur sa collection d’armes à feu. Chaque fois, ses équipements ont aussi fait l’objet d’analyses par des « inspecteurs en électronique ». 11

Il est clair que John Hutchison est depuis des années dans le collimateur des autorités canadiennes. Visiblement « l’effet Hutchison » — même si sa mécanique demeure encore mystérieuse — continue de faire fantasmer quelque fonctionnaire, sinon une poignée de militaires. Imaginez, une machine capable de projeter un rayon  magnétique qui pourrait soulever des chars comme de vulgaires jouets et tordre des cuirassés comme s’ils étaient fait de papier. L’arme absolue…

« Actuellement, je ne crois pas que le gouvernement étudie l’effet Hutchison, du moins pas comme le fait Hutchison lui-même, ajoute le Dr Michrowski. En revanche, la séparation du courant électrique, basée sur la théorie de Hutchison, est étudiée dans certains milieux scientifiques américains top secret. D’un point de vue militaire, les possibilités qu’offre l’effet Hutchison ne sont pas négligeables. Je vous donne un exemple : en séparant un champ électromagnétique, une arme non-mesurable et non-détectable pourrait produire un choc électrique capable de provoquer une crise cardiaque sur un sujet se trouvant à deux kilomètres de distance. Personne ne pourrait soupçonner un assassinat. » 12

 

À la mort de Nikola Tesla, en 1943, la rumeur voulait que le scientifique serbe travaillait alors pour le compte de la défense américaine à la mise au point d’un mystérieux « rayon de la mort ». Personne ne sait exactement de quoi il s’agissait.13   Mais qui sait, peut-être Tesla avait-il découvert qu’en mettant sous tension divers appareils capables de générer des champs électromagnétiques, il était possible de créer un étrange effet de lévitation et de provoquer des fissures dans des barres de métal. Nikola Tesla avait peut-être découvert… « l’effet Hutchison ».

 

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Christian Robert Page © Dossiers Mystère TOME 1, (Louise Courteau, Éditrice Inc. 2008), p.335-342
Reproduction totale ou partielle interdite sur quelque support que ce soit sans l'autorisation de l'auteur.

Véritable enquêteur du paranormal, Christian R. Page et l’équipe de Dossiers Mystère ont parcouru des milliers de kilomètres en quête d’histoires extraordinaires. Vous pouvez écouter sa chronique "Mythes et complots" avec Benoît Dutrizac, chaque semaine au 98,5 FM .

Références:

01. http://www.hutchisoneffect.ca/
02. Gian J. Quasar, Into the Bermuda Triangle (McGraw Hill, 2004), p. 127
03. http://educate-yourself.org/zsl/teslacoils09mar06.shtml
04. http://fr.wikipedia.org/wiki/Nikola_Tesla
05- Gian J. Quasar, Into the Bermuda Triangle (McGraw Hill, 2004), p. 127
06. Gian J. Quasar, Into the Bermuda Triangle (McGraw Hill, 2004), p. 127
07. Entrevue avec Andrew Michrowski réalisée le 12 juillet 2005
08. Gian J. Quasar, Into the Bermuda Triangle (McGraw Hill, 2004), p. 127-128
09. Anonyme, The Hutchison File, p. 2
10. http://www.hutchisoneffect.ca/
11. Gian J. Quasar, Into the Bermuda Triangle (McGraw Hill, 2004), p. 128
12. Entrevue avec Andrew Michrowski réalisée le 12 juillet 2005
13. Anonyme, “Death Ray” for Planes (The New York Times, 22 mars 1940)
 
  

 

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